17.05.2012
Cannes, jeudi 17 mai
"De rouille et d'os" le sixième long métrage de Jacques Audiard, m'a rendu particulièrement heureux. Heureux de savoir qu'un réalisateur français - lui-même se qualifie de prototype de la cinéphilie française - poursuit méthodiquement une oeuvre, comme le sculpteur sa composition. Il ne le fait pas avec un ciseau, mais avec sa caméra numérique, lui qui avoue en conférence de presse ne rien connaître à la technique. L'avancée dans le domaine des effets spéciaux lui permet d'amputer Marion Cotillard de ses deux jambes. C'est quand même unoui, mais l'on se souvient qu'Orson Welles avait taillé dans l'abondante chevelure de Rita Hayworth - la Gilda de légende - pour son film "La dame de Shanghaï". Voilà un film français important, ne boudons pas notre plaisir.
Les deux films quotidiens de la compétition sont montrés aux journalistes, l'un la veille à 19h, l'autre le matin même à 8h30. Hier soir, nous avons donc vu le quatrième film de cette compétition, "Paradise : Amour" qui raconte parfois sur un mode humoristique, d'autres fois plus tragique, le tourisme sexuel auquel s'adonnent des Autrichiennes d'un âge mûr au Kenya. Cela ressemble dans la forme au film de Laurent Cantet "Vers le Sud" qui racontait le séjour en Haïti de quelques françaises en quête de sensations fortes. Contre un peu de sexe et et beaucoup de mensonges, de jeunes Africains sveltes et à la sexualité épanouie, apportent un peu d'amour à des femmes sans grâce à l'embonpoint désarmant. La chair n'est pas seulement triste, elle est flasque...
Richard Pevny
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16.05.2012
Cannes mercredi 16 mai
Rejoindre Cannes semblait une tâche difficile toute la journée d'hier. En train s'entend. Deux incidents complètement étrangers l'un à l'autre ont coupé la voie ferrée vers la Croisette durant plusieurs heures. Arrivés dans la cité des stars (pour quelques jours), les naufragés du rail - restons calmes, la clim et l'électricité n'ont jamais été coupées et la jeune fille qui pousse sa voiture ambulante d'un bout à l'autre du Corail, a réalisé sa meilleure recette - à peine arrivés en gare, n'étaient pas au bout de leur peine : rejoindre dans une cohue indescriptible qui, son hôtel, son appart son studio, sa colocation, puis pour les accrédités au festival, ils devaient aller cueillir le précieux sésame (couleur blanche pour les soirées sur les marches, rose, bleu, jaune, en ordre décroissant, qui montre que quel que soit sa conscience politique, on se fait très vite aux privilèges pour peu que l'on en soit le bénéficiaire). A 19 heures, projection du deuxième film de la compétition, "Après la bataille" de l'Egyptien Yousry Nasrallah, réalisateur du brillant "Femmes du Caire" en 2009. "Après la bataille" évoque un épisode de la place Tahrir mêlant fiction et images réelles. Son côté documentaire d'actualité a sans doute valu à ce film, parfois très brouillon, d'être versé dans la compétition.
Richard Pevny
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Henry Chapier : "J'ai vécu une époque où des couples d'amoureux se séparaient à cause de Godard"
Il trouve que le moment n'était peut-être pas bien choisi, vu le nombre de documents politiques qui s'éditent depuis le début de la campagne pour l'élection présidentielle. Et ce n'est pas fini ! "C'est une question d'amour-propre par rapport à mon éditeur et de la confiance qu'il a mise en moi". A soixante dix-neuf ans, après bien d'autres livres, le moment était venu d'écrire celui-ci, plus personnel. En refusant toute chronologie et en se faisant rencontrer deux dates, le 4 avril 1987, première des 327 émissions du "Divan" et le 4 avril 1944 qui marque le bombardement de la ville de Bucarest, la ville de son enfance, par l'aviation allemande. "J’ai un peu appuyé sur l’accélérateur. Je me suis dit que j’allais disparaître, ou perdre ma tête. Cela est arrivé à d'autres à mon âge". Il fallait l'écrire rapidement ce livre, "je me le reproche un peu". Pourtant, son refus de la chronologie rend la lecture de "Version originale" vraiment originale. Et qu'Henry Chapier ne se chagrine pas, tous les amoureux du grand écran trouveront dans ces pages de quoi alimenter leur cinéphilie. Et c'est de plus un antidote à la morosité ambiante.
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