15/06/2013
« The Bling Ring » de Sofia Coppola
« Les suspects portaient des Louboutin » avait titré la presse pour ne pas écrire que les petits diables en question s’habillaient en Prada. Il est vrai que la bande qui visitait les maisons des people en leur absence, était composée de lycéens (cinq filles pour un garçon), même pas glauques, tout ce qu’il y a de propre sur eux, habitant des quartiers plutôt aisés, qu’importe si leurs parents étaient plus souvent en voyage qu’à la maison, ou inexistants, ou déconnectés. « Ils avaient l’air de penser qu’ils n’avaient rien fait de mal, et ils s’intéressaient surtout à la notoriété que leur avait apportée les vols », dira Sofia Coppola qui se documenta d’entrée sur ce « Bling Ring », peut-être parce qu’il y était question d’adolescence un domaine qui la fascine depuis « Virgin suicides », son premier long métrage en 2000, et que le tout se déroulait dans la fascinante Los Angeles dont elle avait donné une image un peu décalée dans son dernier opus « Somewhere », vue du Château Marmont.
Tout débute banalement par le vol d’une voiture garée dans une rue des beaux quartiers, même pas fermée, avec portefeuille, clés, argent abandonnés sur le siège avant. C’est TROP facile se disent Marc et Sam, aussi quitte à partir au volant de belles cylindrées, pourquoi pas une Porsche !... Ils s’en vantent entre copines de lycées, investissent les pages perso des people, notent leurs adresses, leurs absences et vont faire leur
Shopping la nuit venue dans des dressings débordant de fringues de marques et d’accessoires de luxe. Les systèmes d’alarme sont inexistants, les portes-fenêtres s’ouvrent sans problème. Nuit après nuit, les Bling Ring pillent les maisons d’Orlando Bloom, Rachel Bilson, Lindsay Lohan ou Paris Hilton qui a accepté que Sofia Coppola tourne chez elle avec ses murs tapissés de son image en couverture des magazines les plus branchés, ses tonnes de fringues, ses dizaines de paires de chaussures occupant des pièces entières… Il y a cette scène extraordinaire dans une villa de verre où les cambrioleurs sont filmés de loin en long plan séquence, leurs silhouettes passant d’une pièce à l’autre, d’un étage à l’autre, alors que l’on entend au loin un hélico, normal on est à Los Angeles. Et puis, il y a l’adresse de trop, où des caméras de surveillance donnent un visage à l’un des membres du gang. Le film est mis en ligne, c’est la fin. Presque. En s’introduisant dans l’intimité de celles et ceux qui ont fait de leur image, via le web, un business, nos lycéens ont acquis une célébrité qui ne durera peut-être que le quart d’heure promis pour tous par Andy Warhol, mais cela en dit beaucoup sur les réseaux sociaux qui diluent vie privée et vie publique, et c’est ce qui visiblement a fasciné Sofia Coppola. On notera que le garçon de la bande paraît on fine bien seul dans sa tenue orange de prisonnier, loin de ses amies, mais devant fréquenter pour quatre ans des types à l'air patibulaire, pas vraiment fréquentables.
La cinéaste n’en reste pas moins à bonne distance. Elle ne condamne pas, la justice s’en charge seule. Certes, il n’y a pas eu de morts, nous ne sommes pas dans le jusqu’au-boutiste « Bonnie and Clyde », seulement quelques vols de vêtements et accessoires dont l’utilité reste à prouver. La plupart ont été retrouvés, soigneusement rangés dans des malles ou valises cachées sous les lits. Il n’est même pas dit que toutes les victimes de ces vols s’en soient aperçues… Sofia, adolescente célèbre à cause des films de son père, connaît bien le Los Angeles des stars, des people, des Kisrten Dunst qu’elle a fait débuter, Paris Hilton et Lindsay Lohan qui défrayent la chronique judiciaire. Hors, Emma Watson, l’Hermione de Harry Potter, tous ses jeunes acteurs sont pour l’instant des inconnus, en attente de célébrité, comme le fut célèbre Alexis Neiers qui a servi de modèle au personnage interprété par Emma Watson. Alexis était membre du vrai Bling Ring, le film de Sofia Coppola l’a remise en lumière sur internet où la jeune fille tient un blog, au point qu’elle s’est décidée à écrire à 21 ans ses mémoires de monte-en-l’air.
Elle en fera peut-être rêver d’autres, la starisation d‘une poignée d’individus est un juteux marché pour la presse people. On veut les approcher – les toucher telles des reliques -, vivre en leur compagnie ces quelques pas qu’elles font de la limousine aux marches du Palais des festivals. Durant le festival de Cannes, des centaines de personnes s‘agglutinent chaque jour autour de ces marches pour voir passer des étoiles devant leurs yeux incroyablement rêveurs. Ça crée des vocations, reste qu'il est plus facile d'être Nabila que Keith Harring.
Richard Pevny
07:34 Publié dans Critique, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
24/04/2013
La cage dorée
José et Maria occupent l’espace exigu de la loge de concierge d’un immeuble de rapport à Paris. Cela fait trente ans qu’ils ont quitté leur Portugal. Ils ont deux enfants, deux grands adolescents qui étudient dans la capitale et ne connaissent pratiquement rien du pays natal de leurs parents. Maria et José sont deux bonnes pâtes comme on en fait peu, au point de s’être rendus indispensables auprès d’un certain nombre de gens, elle (Rita Blanco) vis-à-vis des copropriétaires de l’immeuble qu’elle gère sous la férule de Mme Reichert (Nicole Croisille épatante), lui (Joaquim de Almeida) en tant que chef de chantier de l’entreprise de BTP de Francis Caillaux (Roland Giraud). « Trop bons, trop cons », dit souvent la sœur de Maria qui pourtant n’a pas été mise dans le secret. En effet, une lettre arrivée de Porto leur a appris le décès du frère de José qui, après l’avoir spolié de leur héritage, lui lègue ses vignes à la condition qu’il vienne les gérer sur place. Après avoir tant rêvé d’un retour au Portugal, voilà Maria et José qui doutent, culpabilisent même : que va-t-on faire sans eux ? Malgré eux, leur secret est éventé, et dès lors tout est fait pour les retenir, même d’encourager l’idylle entre la fille Ribeiro et le fils Caillaux…
C’est une gentille comédie, au scénario un peu convenu qui ne déroge pas aux canons de la comédie à la française, premier long métrage du franco-portugais Ruben Alves, acteur dans plusieurs séries (« Empreintes criminelles », « Maison close », « Clara Sheller »…). « La cage dorée » entend surfer sur la vague du succès des « Femmes du 6e étage » qui racontait le quotidien des bonnes espagnoles à Paris, manque la profondeur du scénario de Philippe Le Guay, le grain de folie d’un Fabrice Luchini que n’atteint pas Chantal Lauby. Quand Solange Caillaux confond le général Salazar, l’ancien dictateur portugais, avec le général Alcazar, son fils est obligé de préciser que ce dernier est un personnage de Tintin au cas où l’on n’aurait pas saisi ( !). Reste que « La cage dorée », qui concourrait au dernier Festival du film de comédie de l’Alpe d’Huez, est reparti avec le Prix du public, un bon signe pour la carrière de ce film en salles.
Richard Pevny
15:47 Publié dans Critique, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10/04/2013
« La belle endormie » de Marco Bellochio
Ce que l’on aime dans ce cinéma italien-là, celui de Marco Bellochio entre autre, c’est qu’il mêle avec intelligence réalité et fiction. Qu’il fait entrer dans son imaginaire la télé-réalité celle des journaux télévisés, en imaginant des histoires qui viennent se télescoper à l'actualité. Il est vrai que « La belle endormie » s’inspire d’une histoire vraie, celle d’une jeune femme plongée pendant plusieurs années dans un coma végétatif, irréversible, et alors que sa famille s'apprête à débrancher le respirateur qui la maintient en vie, défenseurs et opposants à l’euthanasie se déchirent autour de son corps inerte, l’Eglise et la politique italienne s’en mêlant, Berlusconi, alors président du Conseil, tentant de faire passer en urgence une loi qui stopperait le processus d’euthanasie engagé par le père de la jeune femme.
Ce qui intéresse Marco Bellochio, ce n’est plus tellement l’histoire d’Eluada qui mourra avant le vote des sénateurs, mais d’autres histoires qui viennent se greffer autour de cette actualité. Un sénateur (Toni Servillo grande figure des films de Paolo Sorrentino) du parti de Berlusconi, en conflit avec sa fille Maria autour de cette question, qui a aidé sa propre femme à mourir et s’apprête à voter contre le projet de loi. « La souffrance n’ennoblit pas l’homme, dit-il, elle l’humilie, elle le brise ». Une actrice (Isabelle Huppert en madone survoltée), enfermée dans cette même souffrance, ne vit pour que pour sa fille, yeux ouverts dans le vide, plongée dans un coma identique à celui d’Eluada, autour de laquelle elle organise une vie de prières. Enfin, une droguée (la voluptueuse Maya Sansa qui ébranlait les certitudes de Luchini dans « Alceste à bicyclette ») qui veut en finir avec la vie et qu’un jeune médecin sauve malgré elle.
Réalisateur du « Saut dans le vide », du « Diable au corps » d’après Radiguet qui avait enflammé le festival de Cannes pour une scène de fellation, du pirandellien « Henri IV le roi fou » avec Mastroianni et Cardinale, de « Buongiorno, notte » sur l’assassinat d’Aldo Moro, du « Sourire de ma mère » qui suscita une polémique avec le Vatican, enfin de « Vincere » qui racontait comment le socialiste Mussolini s’était mué en dictateur, le septuagénaire Marco Bellochio travaille en prise directe avec la société italienne. Dans ce nouveau film, le cinéaste italien mène une réflexion sur le droit de mourir dans la dignité, sur la morale en politique (extraordinaire scène où les sénateurs vont aux bains comme dans la Rome impériale), sur la société du spectacle (des médecins parient sur le cas d’Eluada), sur l’art en général, le cinéaste déclarant que « l’impartialité n’existe pas dans l’art ». Marco Bellochio prend position, c’est devenu rare dans un cinéma aux scénarios étrangers au monde extérieur.
Richard Pevny
09:58 Publié dans Critique, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note












