26/07/2006

A bout de souffle, JLG ?

medium_rois_majorque_jardin_plantes_057.4.jpgAvec Jean-Luc Godard on ne sait trop. On ne sait plus trop. Ce type est un génie, c’est sûr. Il l’a été. Parfois, on serait tenté d’en parler au passé. Comme de quelqu’un qui a compté dans le paysage cinématographique. Qui n’a peut-être plus rien à dire ou à filmer. La bonne idée c’était de le faire entrer de son vivant au musée. L’entreprise a tourné court. Par sa faute sans doute. Il a même jeté le commissaire de cette exposition-rétrospective, en détournant le terme même de "commissaire". Car JLG a l’art de la provoc. De ce "Voyage(s) en utopie" (1946-2000) il ne reste plus que trois salles sur les neuf voulues par le réalisateur de "A bout de souffle". Quelque chose comme un bric-à-brac cinématographique, un entortillement de câbles reliés à de mini-postes TV, des maquettes de ce qui devait être le projet Godard posées sur des tréteaux, quelques livres, Bergson, Shopenhauer... cloués au mur, des morceaux de textes, de phrases, des mots : « Je ne marche pas ». Nous non plus. Et cet avertissement avant d’entrer, faussement raturé, nous signalant qu’en raison de difficultés artistiques, techniques et financières, bla bla bla…
Et le Centre Pompidou qui récupère une expo misérabiliste qui sent le bâclée, l’abandon, le chantier sinistré, l’improvisation de dernière minute, quelque chose qui finit par coller à l’image de Godard. Comme si Beaubourg ne pouvait pas faire pour Godard, de son vivant, les frais qu’il avait déboursé pour Cocteau…
Reste que dans ce vide grenier du cinéma, entre "Avant-hier", "hier" et "aujourd’hui", on rencontre parfois le vrai Godard.
Ce train électrique par exemple qui navigue entre les deux salles, entre "Avant-hier" et "Hier", comme un clin d’œil nous prévient-on aux frères Lumière. Avec "Voyages en utopie", vous entrez sur un chantier interrompu, d’aucuns diront abandonné.
Il est vrai qu'un "Godard triomphalis" aurait été inacceptable, ne correspondant pas à l'image qu'il souhaite laisser de lui-même. Certes, il y a les images, ses films, ceux des autres, les cinéastes acceptables, Dovjenko, Bresson, Melville, Renoir, Lang, René Clair, Becker, Guitry, Téchiné…
Et puis l’on s’assied sur un canapé face à un téléviseur qui diffuse en boucle une scène de Don Quichotte, film inachevé d’Orson Welles, avec qui JLG ne peut qu’avoir des sympathies, des accointances de fumeurs de havane. Quichotte et Sancho Pança se retrouvent de nos jours (en 1959) au cœur d’une fête populaire, dans l'Espagne franquiste et catholique. Ils sont accueillis par les gens comme des héros de légende, rencontrent une équipe de tournage, aperçoivent la caméra et s’insurgent contre cet « instrument démoniaque qui rend esclave, qui transforme le vrai en faux et le faux en vrai ». Et si Godard tout entier était là, dans cette simple citation. Dans "La nuit américaine", François Truffaut/Ferrand dit à Jean-Pierre Léaud/Alphonse que les films « sont plus harmonieux que la vie ». Que le faux vrai du cinéma est préférable au vrai faux de la vie.
Richard Pevny
Il n'y a pas que Beaubourg dans la vie, les Inrockuptibles consacrent un hors série (sa vie, son oeuvre) à Godard, tout ce qu'il y a de vrai.

19:09 Publié dans Exposition | Lien permanent | Commentaires (0)

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