11/08/2006

Même pas morte

Elle aurait toujours ce petit nez droit, si parfait, si mignon, ce sourire franc et ces yeux mélancoliques, parfois rieurs, et tant craquants quand elle bat des cils, ou que sa robe se soulève jusqu’aux hanches sur une bouche d’aération du métro sur la 60e rue Est.
Cette blonde avait quelque chose, de sexy, d’insolent, de séduidant, d’ensorcelant. Il avait suffi qu’elle apparaisse cinq minutes dans "Asphalt jungle" de John Huston pour que désormais elle ne puisse descendre la 5e Avenue à New York sans provoquer l’un de ces mouvements de foules réservées aux aviateurs vainqueurs de la traversée de l’Atlantique. Pour Di Maggio c’était une épreuve. Quand on pense que même Albert Einstein lui avait envoyé sa photo dédicacée. Elle qui n’avait rien lu avant de connaître Arthur Miller et appellerait son chien Hugo
Darryl Zanuck ce producteur qui fumait des barreaux de chaise de La Havane, dirigeait la production de la Fox qui avait engagé ce concentré de sex-appeal, repêchait douze ans plus tard la star adulée dans la piscine de "Something’s go to give", où visiblement elle se noyait dans sa flamboyante nudité. Mais il était trop tard. Quatre jours après avoir signé un nouveau contrat, Marilyn s’envoyait un cocktail, de trop de Dom Pérignon et barbituriques après avoir appelé vainement un certain nombre de proches à commencer par les frères Kennedy.
«Tout ce que nous voulions était notre droit à scintiller», télégraphiait-elle quelques jours plus tôt à Robert qui avait mis de la distance entre son frère et la sulfureuse actrice.
Elle n’était plus qu’un corps inerte enfermé pour toujours dans un cercueil de bronze derrière une plaque de marbre du Westwood Memorial ParK. Pendant que Marilyn croyait-on reposait à l’angle de Welshire et Westwood Boulevard, des tonnes de bouquins sortaient sur le pourquoi et le comment de sa mort mystérieuse. Marilyn avait été assassinée pêle-mêle sur l’ordre des Kennedy pour lesquels elle était devenue gênante voire dangereuse, de la CIA, cet Etat dans l’Etat, afin de mettre les Kennedy dans l’embarras, les Cubains, la mafia, je ne sais qui encore.
Et si Marilyn n’était pas morte? Elle aurait 80 ans et coulerait des jours paisibles sur la Côte d’Azur sous la protection de la CIA. Et si Marilyn n’était pas morte, Kennedy n’aurait pas été assassiné et Armstrong n’aurait jamais posé sur le pied sur la Lune. Si Marilyn n’était pas morte… Mais les rêves ne meurent jamais. Et le rêve de Marilyn de briller parmi les étoiles de Hollywood avait été le plus fort.
Marilyn n’est pas morte et seul Patrick Besson le sait qui lui consacre un petit - par le nombre de pages - roman, paru l'été 2002 sous forme de feuilleton dans Le Point. Marilyn n'avait pas alors 80 ans, ce qui ne change rien à son propos. "Marilyn n'est pas morte" (Editions Mille et une nuits. 111 p., 10 euros) est l'un des six cents et quelque bouquins de la rentrée littéraire. Les jours en librairie de bon nombre d'entre eux sont d'ores et déjà comptés, certains même condamnés à ne jamais être déballés. Mais "Marilyn n'est pas morte", malgré sa petitesse, son étroitesse (de format), trouvera sa place, juste parce que la mythique star fait vendre toujours. En plus de quarante ans, il s'est publié plus de livres sur Marilyn que sur n'importe quel Terrien connu de la presse people. Marilyn a -t-elle été assassinée ou s'est-elle à l'insu de son plein gré envoyée dans l'autre monde ?, telle est la question qui passionne encore la plupart de nos contemporains.
Richard Pevny
Une partie de cet article a paru dans L'indépendant du 2 août 2006.

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