14/08/2007

Babel

medium_68765.jpgAu Maroc, au Japon, au Mexique, des acteurs, des techniciens, des figurants se retrouvent en cercle une rose rouge à la main, mains dans la main avec leur réalisateur. Non, il ne s’agit pas d’une nouvelle secte, et la cérémonie à laquelle ils se livrent peut faire sourire dans le monde impitoyable du cinéma. Ils ne parlent pas la même langue, même si la langue de la mondialisation domine leurs échanges. Un film les réunit. Un film culte, "Babel", du nom de la tour biblique qui a divisé les hommes par la langue (Studio Canal).
Dans le désert marocain le drame se joue à l’intérieur d’un car de touristes américains. Une jeune femme (Cate Blanchett) a été touchée par une balle tirée par deux enfants, deux gardiens de chèvres avec le fusil qu’un touriste japonais a offert à leur oncle. Le car fait demi-tour vers le village le plus proche, où les autres touristes voudraient bien laisser leur compatriote blessée à la garde de son mari (Brad Pitt) et filer le plus rapidement de ce trou à terroristes. La jeune femme est soignée par le vétérinaire du coin, veillée par une vieille femme qui lui marmonne des phrases qu’elle ne comprend pas. A l’autre bout de la planète, cet accident à l’image du battement d’ailes de papillon, va avoir des conséquences inattendues pour les deux enfants du couple gardés par une nourrice mexicaine sans papier qui néanmoins décide de les amener de l’autre côté de la frontière au mariage de son fils.
"Babel" est un film sur l’incompréhension, l’incommunicabilité des êtres dans leurs vies de familles, de couples.
La tristesse dans les yeux de Cate Blanchett témoigne du drame que vit ce couple d’Américains parti en voyage pour ressouder quelque chose qui ne peut plus l’être. Le making of (90 minutes) nous montre la scène dans laquelle Alejandro Gonzalez Inarritu la bombarde à l’oreille d’images tristes pour obtenir la prise voulue, au point que la jeune femme en pleurera longtemps après. Brad Pitt en homme détruit par la mort d’un premier enfant, fait oublier qu’il est "Brad Pitt". Leurs visages reflètent les émotions des rôles, du film.
« C’est un film parlant de nos frontières intérieures, explique le réalisateur adulé de "21 grammes". Mon cinéma est une extension de ma personne, une sorte de témoignage de moi-même ».
Pris de la mise en scène à Cannes, Golden Globe à Hollywood, "Babel" est un film qui parle de nos solitudes intérieures, de nos désaccords, mésententes (entre un père japonais – celui du fusil – et son adolescente de fille muette brisés par la disparition de leur épouse et mère), nous révélant « un peu plus notre condition humaine ».
Richard Pevny
Chronique parue dans l'Indépendant le 8 août 2007.

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