14/08/2007

"La fille coupée en deux" de Claude Chabrol

medium_chabrolo.jpgA l’âge de Claude Chabrol, j’en connais qui auraient pris leur retraite depuis belle lurette. A 77 ans, le réalisateur du "Beau Serge" son premier long métrage en 1958, se remet à l’œuvre, à son œuvre avec un film en moyenne tous les deux ans. Là, Chabrol a mis si l’on peut dire – parlant d’un gourmet – les bouchées doubles. A peine en boîte "L’ivresse du pouvoir" qui lui a valu l’inimitié de l’ex-juge Eva Joly, le voilà parti sur les bords du Rhône, et pas juste parce que Lyon figure en bonne place dans le guide Michelin, pour tourner l’une de ces histoires glauques, malsaines, dont il raffole, avec la bourgeoisie locale en tête de gondole, comme aurait dit mon beau-frère ancien chef de rayon à Mammouth.
"La fille coupée en deux", titre qui ne renvoie pas à une de l’Intransigeant dans la France quia peur de l’entre-deux guerres, est un joli titre pour une histoire d’amour vouée au fiasco.
Mademoiselle Gabrielle Deneige a tout pour présenter la météo sur une télé locale lyonnaise, un port, un galbe, que dis-je un sourire angélique à vous désorbiter les pupilles. Son directeur des programmes voudrait bien en profiter en coulisses, mais l’ingénu a plus d’un tour dans son sac pour renvoyer à plus tard les désirs du bonhomme. C’est que Gabrielle en pince pour Charles Saint-Denis, une gloire du monde des lettres, un libertin qui a ses entrées dans un club très privé et très prisé où la haute société lyonnaise masculine s’adonne à des parties fines. Gabrielle veut le grand amour, Charles son aîné de trente ans, juste le plaisir de cette chair fraîche, avant de passer à la suivante. Séduite, abandonnée, elle épouse par dépit, Paul Gaudens, l’héritier d’un laboratoire connu, mordu de Miss Météo et assez timbré sur les bords pour en vouloir à mort à Saint-Denis.
Il y a du suspens et des retournements de situation, bien que nous ne soyons pas dans la veine hitchcockienne du réalisateur de "L’enfer", et même une fois le rideau tombé, un peu de magie, comme si rien n’avait d’importance, tout n’était au fond qu’illusion, comme cette petite bourgeoisie de province qui a l’air de sortir d’un "vieux" film français des années 60 ou 70. Comme le cinéma qui n’est qu’invraisemblance, faux-semblants et trompe l’œil.
Mais ce qui importe, c’est que Claude Chabrol appuie là où ça fait mal – inculture de la télévision, imposture de l’édition -, se montre un critique acerbe de notre société et de ses mœurs.
Entre Berléand en pervers et Magimel en schizo, Ludivine Sagnier illumine de sa blondeur hitchcockienne – car de Miss Kelly elle a la grâce – la partition de Chabrol qui l’a choisie, petit cachottier, après l’avoir vue en fée Clochette dans "Peter Pan".
Richard Pevny

14:15 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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