28/09/2007

"7h 58 ce samedi-là" de Sidney Lumet

medium_lumet.jpgLe réalisateur américain de "Serpico" ou du "Crime de l’Orient Express" donne à 84 ans une leçon de cinéma qui fait plaisir à voir. Dans "7h 58 ce samedi-là", Sidney Lumet scotche le spectateur durant 1h 55 par sa mise en scène au cordeau.
C’est encore l’histoire d’un hold-up qui tourne mal. Dans une banlieue sans histoire de New York, un samedi matin, deux frères organisent le casse de la bijouterie familiale. Andy, l’aîné, a rendez-vous lundi avec des agents du fisc. Il a détourné l’argent de son employeur. Ce lundi justement, Andy espère être loin avec le fric de la revente des bijoux. Il a tout prévu, jusqu’au receleur, minuté l’action, sauf que son instable de frère, Hank, délègue une partie du travail, que sa mère, exceptionnellement fait l’ouverture de la bijouterie à la place de l’habituelle employée, que le comparse de Hank décide de se charger lui-même du braquage. Des coups de feu sont tirés à l’intérieur de la bijouterie. A 7h 58 ce samedi, la vie de Andy vient de basculer dans l’horreur…
"7h 58 ce samedi-là" est plus un film noir qu’un classique thriller, avec tous les ingrédients propres au cinéma de Sidney Lumet, cupidité, culpabilité, trahison et vengeance. Ces thèmes qu’énumère le réalisateur de "Serpico" et "Un après-midi de chien", on les retrouve au sein même de la famille Hanson où Andy, personnage central du drame, rasasse de vieilles rancœurs, d’anciennes blessures. Le braquage lui-même compte moins que la destinée des protagonistes. Aussi, Sidney Lumet bouscule la narration classique par une série de flash-back autour de chacun des personnages montrés quelques heures ou quelques jours avec l’heure fatidique. Ainsi des mêmes scènes entre Andy et Hank, par exemple, sont vues sous des angles différents selon que l’on s’intéresse à l’un ou l’autre des personnages. Sidney Lumet maintient ainsi l’intérêt du spectateur en éveil.
Chacun d’eux est responsable du chaos final, le réalisateur en orchestrant la progression dramatique par un effet boule de neige, à la manière de Paul Haggis dans "Collision" ou de "Babel" d’Alejandro Gonzalez Inarritu, film dans lequel le cadeau d’un touriste japonais à un paysan marocain a des répercussions jusqu’en Amérique.
Dans "7h 58 ce samedi-là", rien n’est le fait du hasard. Andy a tout prévu, tout planifié. Il a un gros besoin d’argent, sa cupidité va le perdre, détruire un couple, une famille.
Philip Seymour
Hoffman remarquable
A 84 ans, Sidney Lumet qui a débuté dans la réalisation il y a tout juste cinquante ans avec l’adaptation de la pièce "Douze hommes en colère", est loin d’avoir tout dit puisqu’il prépare un 45e long métrage qui traitera de la réinsertion d’un prisonnier, a-t-il confié au Festival du cinéma américain de Deauville. Il est vrai que la justice est l’un des thèmes chers au réalisateur du "Verdict" ou de "Jugez-moi coupable".
Quand on lui demande quel est de ses films son préféré, une question récurrente chez les journalistes, Sidney Lumet s’en tire d’une pirouette : « Mes autres films pourraient s’en trouver amoindris ». Et puis, ajoute-t-il, « ceux qui vont travailler avec moi doivent penser qu’ils vont faire le meilleur de mes films. Je veux préserver cette fraîcheur-là ».D’où une interprétation exceptionnelle de Philip Seymour Hoffman, oscarisé pour son personnage de "Truman Capote", au côté d’Ethan Hawke (Hank), Albert Finney (le père) et Marisa Tomei.
Il y a chez Philip Seymour Hoffman une intensité de jeu qui rappelle Al Pacino « C’est un acteur qui brûle d’un feu intérieur en permanence, se souvient Sidney Lumet qui lui avait proposé le rôle du flic rebelle dans "Serpico". Il communique cette intensité à tout le monde. S’il sent que quelque chose n’est pas vrai, tout s’éteint en lui. Il agit comme un baromètre. On sent si l’on travaille correctement ou non ».Quant à Sean Connery avec qui il a tourné cinq films, et dont "The offense" sort enfin en France trente-cinq ans après sa réalisation, c’est quelqu’un qui aime le bon vin, la bonne nourriture et aurait bien aimé devenir roi d’Ecosse, selon Sidney Lumet. « Quelqu’un de remarquable en tant qu’homme et en tant qu’acteur ».
Richard Pevny