22/11/2007

Hanna Schygulla : "Ma génération exprimait ce que la vie pourrait être"

dad7e0814b6aa5a1e140f2250feefc9e.jpgElle a été une grande figure du cinéma allemand des années 70, l'égérie de Fassbinder avec qui elle tournera quatre films dont "Lili Marleen". Après Godard, Scola, Ferreri, Wajda ou Wenders, Hanna Schygulla se redécouvre dans une nouvelle génération de cinéastes. Interview.

Comment avez-vous fait la rencontre de Fatih Akin ?
Je l'avais d'abord vu à la télé, ses réactions par rapport au prix qu'il venait de recevoir au Festival de Berlin ("Head-on", Ours d'Or en 2003, NDLR). Cela m'a paru d'une belle exubérance. Voilà un garçon peu coincé, me suis-je dit, qui laisse libre cours à ses émotions. Et puis le hasard a fait le reste. J'ai ouvert un festival à Belgrade en 2004 où il présentait l'un de ses films. On s'est retrouvé dans le même restaurant. Il a foncé droit sur moi. Par la suite, il a dit qu'il avait eu ce jour-là l'impression de me connaître depuis longtemps. Il avait vu, m'a-t-on dit, une photo de moi dans "Le mariage de Maria Braun" et avait été ébloui.
Rien ne vous prédisposait à cette rencontre ?
Les rencontres, c'est quelque chose d'un peu inexplicable. Disons que je commençais un nouveau cinéma, lui aussi, ce sont des raisons qui peuvent l'expliquer. C'est Goethe, je crois, qui parle des affinités électives...
Vous vous étiez faite rare ?
Les rôles se sont faits plus rares. J'appartenais à un certain cinéma. Et puis, je me suis vouée beaucoup à accompagner mes parents jusqu'à la mort.
Quelle impression vous a fait Fatih Akin sur le tournage ?
Il a un rapport très amical avec son équipe. Il n'y a aucun climat de tension psychologique. Il y a, je dirais, de la place pour beaucoup de plaisir, sans cette atmosphère sacro-sainte que l'on trouve ailleurs. Il a un regard très précis, mais ce n'est pas quelqu'un d'obsédé par son art.
Vous avez tourné en partie à Istanbul, comment avez-vous trouvé la ville ?
C'est bouillonnant. Je n'ai jamais vu une ville avec autant de jeunesse, ce que vous ne voyez pas d'ici. Il y a une société qui va avancer à une vitesse incroyable.
Comment vous-même, avez-vous travaillé le rôle ?
Dès qu'on lit un scénario, il y a un travail souterrain qui débute. Dans "De l'autre côté", il y a un rapport entre le corps et l'âme qui va très loin. Très souvent, le plus intéressant se passe dans le silence plus que les mots.
Ou les larmes ?
Il m'a dit : "tu regardes la caméra, tu es seule avec ta douleur". Si vous pensez à quelque chose de très douloureux, les larmes viennent automatiquement. Nous n'avons fait qu'une prise.
Et de votre personnage, qu'en diriez-vous ?
Fatih Akin a voulu faire le portrait d'une femme qui a vécu la révolution de 68, qui ensuite s'est assagie, est devenue mère. Une femme qui a laissé libre cours au développement de sa fille. Or, les enfants de cette génération anti-autoritaire se retrouvent perdus, ont du mal à s'engager. C'est très habilement écrit. Personnellement, je trouve juste quand la jeunesse se révolte, car si elle ne le fait pas, cela veut dire qu'il n'y a plus d'espoir. Quand j'ai lu son scénario, cela m'a impressionné, parce qu'il avait inventé en parallèle une biographie pour chacun des personnages, et cela se reflète dans le film.
S'engager, est-ce important pour vous ?
Vous savez, je n'appartiens à aucun organisme. Mes convictions sont plus humanitaires que politiques. Il faut aider là où il y a moins d'égalité de chances.
Que pensez-vous du cinéma allemand actuel ?
Le cinéma allemand recommence à se poser des questions, à vouloir être un miroir de la société. Le cinéma de ma génération exprimait ce que la vie pourrait être en montrant ce qu'elle n'est pas. J'ai souvent pensé à propos de Fassbinder que dans la réflexion, je n'étais pas à la hauteur de ses films.
Avez-vous des projets ?
J'ai un projet de théâtre avec Jean-Claude Carrière, quelque chose comme un opéra de chambre. Egalement, une adaptation d'une pièce de Nancy Huston.
Et dans le cinéma ?
S'il y a des projets, ce sont les nouveaux réalisateurs qui pourraient en avoir pour moi. Je ne connais pas vraiment les noms de tous les réalisateurs d'aujourd'hui, même ici en France. Est-ce que Godard est toujours vivant ?
Recueilli par Richard Pevny

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