22/11/2007

Hollywood s'en va-t-en guerre

8d0617978aeb7e432c91ed5dadeaa1cf.jpgLa guerre en Irak, ce n'est pas de la fiction. Les images chaque jour transmises par satellites de l'ancienne Mésopotamie sont pour le moins choquantes. Ce n'est pas de la fiction, et pourtant les premiers films évoquant ce nouveau bourbier, trente-deux ans après le retrait américain du Vietnam, arrivent sur les écrans.
"Dans la vallée d'Elah" de Paul Haggis s'intéresse à l'assassinat d'un jeune soldat rentré d'Irak en permission. Il montre que les blessures ne sont pas seulement physiques, qu'il en est de plus profondes, que les traumatismes endurés à Bagdad ou à Samarra par de jeunes soldats mal préparés, engendrent des comportements pour le moins inhabituels, et qu'il leur faut désormais vivre avec ce déséquilibre.
Dans le film de Paul Haggis, le caporal Mike Deerfield filmait avec son téléphone portable chacune des sorties de son unité. Des gosses qui jouent au football dans un terrain vague, des adolescentes qui tous les jours passent le même point de contrôle pour aller à l'école, sont aux yeux de GI's inexpérimentés, des menaces potentielles.
Un geste, un ordre que l'on ne comprend pas et c'est l'irréparable. En vingt-quatre mois, note Brian de Palma, réalisateur de "Redacted" (sortie prévue le 20 février 2008), sur 2 000 Irakiens tués à des barrages, seuls quelque soixante étaient dangereux.
Des soldats américains meurent aussi en Irak. C'est le propos de "Grace is Gone" (16 avril 2008) premier film de James C. Strouse, prix de la critique internationale au dernier festival du cinéma américain de Deauville.
Le sergent Grace Phililips a été tué en Irak. Son mari, Stanley doit l'annoncer à ses deux petites filles de huit et douze ans. Il en diffère la terrible annonce et les conduit en Floride dans un parc d'attraction. Loin du front, "Grace is gone", réflexion sur l'engagement américain en Irak, nous parle de la souffrance des proches.
Mais la vie d'un Américain vaut-elle plus que celle d'un Vietnamien, d'un Palestinien ou d'un Irakien, s'interroge "Redacted" qui se présente comme une réflexion sur l'image, ce que montrent les télévisions de la guerre en Irak, ce qu'elles ne montrent pas mais que l'on trouve de plus en plus sur internet, la manipulation de l'information, l'autocensure des journalistes, ce qui est patriotique ou ne l'est pas au regard du Pentagone.
« C'est trop facile de dire que c'est la faute de George W. Bush. Nous y étions nous aussi », souligne Paul Haggis qui croit à la responsabilité personnelle de chaque Américain.
Des enfants se font tuer tous les jours en Irak parce qu'ils ne parlent pas la langue de la mondialisation, parce qu'un blindé américain n'a pas voulu s'arrêter pour les éviter. C'est ce qu'a filmé le caporal Deerfield. Et chaque spectateur de se demander derrière Paul Haggis – il a été en 2006 le scénariste de "Mémoires de nos pères" et "Lettres d'Iwo Jima" de Clint Eastwood – ce qui est arrivé à l'Amérique. « Je ne pense pas que les films sont porteurs de messages mais ils posent un certain nombre de questions, dit-il. Vous ne sortirez pas divertis, mais vous aurez vécu quelque chose de fort ».
« Tirons-nous de là tout de suite », lance le caporal Deerfield dans son téléphone portable. Le film de Paul Haggis milite ouvertement pour un retrait des forces américaines d'Irak.
« Aujourd'hui, on nous dit que ce n'est pas patriotique de montrer la mort de soldats américains, dit encore Paul Haggis. Un grand pays démocrate doit regarder sa vérité en face. Et moi je suis fier d'être américain, donc je pose des questions ».
Richard Pevny

21:45 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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