28/01/2008

Il était une fois dans l'Ouest des frères Joël et Ethan Coen

53cb9e44bcd8106e5376bc37c33a2370.jpgebe351e1ed457f67e8733de081b18df2.jpgGrand oublié du palmarès au dernier Festival de Cannes "No country for old men", l'un des meilleurs contes noirs, sanglants et drolatiques des frères Coen, raconte avec des accents de nostalgie une cavale émaillée de meurtres sanglants.
Ce shérif (Tommy Lee Jones), on le sent proche de la retraite, sans doute un peu désabusé, mais honnête, droit en tout, conditionné par des valeurs morales, dans un trou du Texas boudé par les touristes et les investisseurs, quand lui tombe dessus l'affaire de sa carrière, lui qui n'a connu que des voleurs de bétail. Un massacre entre trafiquants de drogue qui ont transformé ce pays de cow-boys en territoire de dealers. La drogue a disparu ne laissant que des cadavres troués de balles autour de quelques véhicules. Quant aux deux millions de dollars, Llewelyn Moss s'en est chargé. Il passait par là avec son fusil à lunettes ; il a juste pris l'argent. Mais il ne sait pas que la mallette cachait un mouchard qui met Anton Chigurh (Javier Bardem), un tueur psychopathe, à ses trousses. Pour lui, tuer c'est aussi jouer. La vie des autres, il la joue toujours à pile ou face. Leur course-poursuite, à la frontière mexicaine, sera jalonnée de cadavres, les motels où ils s'arrêtent transformés en rendez-vous à O.K. Corral.
Entre eux, il y a donc le shérif Bell, un anti-John Wayne, qui compte les douilles dans ce western d'aujourd'hui, grandiose dans l'esprit et la mise en scène, qui magnifie le paysage américain, mais plus à la manière d'un Sergio Leone que d'un John Ford, si l'on avait un tant soit peu l'intention d'inscrire le douzième long métrage des frères Coen dans la mythologie westernienne.
Car la mise en scène est ici signée Joël et Ethan Coen, les réalisateurs de "Blood Simple" et de "Fargo" notamment, connus pour leur absence de compassion pour leurs personnages, mais aussi pour leur sens de l'ironie et leur humour très noir. "C'est certainement le film le plus violent que nous ayons jamais fait", dit Joël Coen que dépasse d'une tête son aîné de deux ans Ethan. Ils sont nés en 1955 et 1957. Joël réalise, Ethan co-écrit et assure les fonctions de producteur. Mais il leur arrive de brouiller les cartes et de se remplacer derrière la caméra, voire de réaliser en alternance, un jour sur deux. Aussi ont-ils des biographies séparées dans les dossiers de presse, même si c'est pour y lire la même chose sur eux. Par exemple, qu'ils ont obtenu la Palme d'or du festival de Cannes pour "Barton Fink" en 1991 et deux fois les prix de la Mise en scène, à "Fargo" (1996) et "The barber" (2001). Ils ont également obtenu l'Oscar du meilleur scénario pour "Fargo".
Adapté d'un roman de Cormac McCarthy, "No country for old men", ("Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme"), dont ils assurent avoir gardé l'esprit, raconte entre autre le déclin du vieil Ouest américain, la résistance comme forme de survie face au chaos général, l'idée de sacrifice quand tout n'est plus que lâcheté. "On peut trouver des similitudes avec "Fargo", mais après coup, expliquait Joël Coen lors du dernier festival de Cannes. Nous avons voulu faire un film de genre, une sorte d'histoire sur la criminalité. Le livre de McCarthy nous a fascinés, et puis on voulait tourner au Texas. Il y avait la matière d'un film prometteur avec des poursuites. S'enfoncer de plus en plus, accumuler la merde, c'est quelque chose qu'on voie beaucoup dans nos films". Le film de genre, les deux frangins savent très bien se l'approprier pour mieux le détourner, avec ce sens de la dérision qui est un peu leur marque de fabrique, tout comme leur humour généralement du plus noir. N'ont-ils pas débuté comme monteur de films d'horreur à petits budgets, été les assistants de Sam Raimi pour qui ils ont écrit "Mort sur le gril"... De la violence, parfois du sang et beaucoup de distance, voilà de quoi sont faits les films de Joël et Ethan Coen. "No country for old men" raconte la fin d'un monde quelque part du côté du Rio Grande sur une terre écrasée de soleil qui a nourri de cavales, de poursuites, de duels sanglants toute une mythologie de l'Ouest, le vrai, dont un shérif sur le déclin se met à regretter le bon vieux temps. Dans cet Ouest des hommes d'honneur, les shérifs Will Kane du "Train sifflera trois fois" n'abandonnaient pas leur ville aux bandits.
Richard Pevny

16:45 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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