29/01/2008

Delon imperator au secours d'Astérix

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Alain Delon est l'une de nos dernières grandes stars. Lui offrir le rôle de César, que cherche à tuer Brutus/Poelvoorde, est sans doute la meilleure trouvaille d'"Astérix aux jeux Olympiques". A côté de lui, le reste de la distribution fait pâle figure. Il est venu, il a vu, il a vaincu, aurait-il dit de lui-même.
Rendons à Delon ce qui lui appartient. S'il n'était pas là, "Astérix aux jeux Olympiques" n'existerait peut-être pas. Alain Delon n'a peut-être jamais su combien il avait été le moteur de ce troisième opus de la saga des deux irréductibles Gaulois, après le fiasco du projet d'un "Astérix en Hispanie" que devait réaliser Gérard Jugnot. Alain Delon en César, parlant de lui à la troisième personne, il y avait de quoi dérider Albert Uderzo le père d'Astérix et Obélix, qui avait dit, après l'échec des pourparlers autour du projet "Astérix en Hispanie", qu'on ne l'y reprendrait pas, que seul désormais comptait pour le duo gaulois, le cinéma d'animation.
Avoir la chance qu'Alain Delon accepte de se laisser mettre en boîte en César, a fini par convaincre Albert Uderzo. Une image : César/Delon se regarde dans un miroir. La scène est tournée dans le sud de l'Espagne, à la Ciudad de la Luz près d'Alicante, dans un studio de 320 000 m2, le plus grand en Europe. Thomas Langmann, sans le dire à Alain Delon, fait diffuser sur le plateau la musique du "Clan des Siciliens" écrite par Ennio Morricone. « Il a marqué une légère surprise et a joué le jeu magnifiquement », témoigne le co-réalisateur d'"Astérix aux jeux Olympiques" (1). Le fils de Claude Berri a longtemps rêvé de porter Astérix et Obélix à l'écran, de lui donner corps et figures humaines. Jusque-là, Obélix avait la voix de Pierre Tornade. Avec "Astérix et Obélix contre César" de Claude Zidi, il aura le tour de taille de Gérard Depardieu. « L'incarnation était évidente », dit l'acteur qui est devenu quasiment irremplaçable dans le rôle. « Je ne connais personne qui pourrait manger autant que moi », souligne-t-il. Ce que confirme Thomas Langmann : « Nous serions dans l'embarras. Je ne vois pas qui d'autre... ». Et Depardieu d'ajouter : « Je me suis arrangé pour que ce soit compliqué... »
De producteur – avec Jérôme Seydoux le patron de Pathé -, Thomas Langmann s'est décidé à passer derrière la caméra avec Frédéric Forestier à qui il avait confié la réalisation du "Boulet" en 2002. Ils ne seront pas trop de deux pour diriger l'un des tournages les plus spectaculaires. Le décor phare en sera le stade olympique, avec sa piste de 265 mètres pour la course de chars, confié à Aline Benetto la décoratrice de Jean-Pierre Jeunet pour qui elle a imaginé les tranchées de "Un long dimanche de fiançailles" qui lui ont valu une nomination à l'Oscar et son deuxième César.
Autre collaboratrice de Jean-Pierre Jeunet, Madeline Fontaine va faire fabriquer au Maroc plus d'un millier de costumes, sans parler des armes, des cuirasses, des casques, boucliers, de 300 perruques, moustaches, barbes en vrais cheveux. Un atelier sera installé dans le studio pour les retouches.
Car la distribution est impressionnante : outre Depardieu et Clovis Cornillac qui succède à Christian Clavier dans le rôle d'Astérix, de Benoît Poelvoorde dans celui de Brutus, on trouve le Canadien Stéphane Rousseau, l'Allemand Michael Herbig, l'Espagnol Santiago Segura, le duo italien Paolo Kessisoglu-Luca Bizzarri – les Eric et Ramzy transalpins -, José Garcia, Franck Dubosc (Assurancetourix), Jean-Pierre Cassel (Panoramix) dont ce fut le dernier rôle, le "Kammelott" Alexandre Astier, Elie Semoun, Sim (Agecanonix), Adriana Karembeu, le barde Francis Lalanne (rassurez-vous il ne chante pas), Dany Brillant, Michaël Schumacher et Jean Todt dans leurs propres rôles, ou Vanessa Hessler la fille de la pub "Alice" égale à elle-même...
Même si les Etats-Unis résistent encore et toujours à l'envahisseur gaulois, le but de ce casting international est de servir la sortie mondiale qui s'étalera du 30 janvier au 6 février sur près de 6 000 écrans de l'Atlantique à l'Oural, puisque la Russie accueillera Astérix sur quelque 600 écrans, contre 950 dans l'Hexagone.
La Russie avait fourni 1,7 million de spectateurs à "Astérix et Obélix : mission Cléopâtre" (2). Le film d'Alain Chabat avait réalisé 24 millions d'entrées mondiales dont une quinzaine en France, un peu mieux que celui de Claude Zidi (10 millions d'entrées France pour 24 millions d'entrées mondiales). « Celui d'Alain Chabat était peut-être le plus drôle », reconnaît Thomas Langmann (2). Il fait allusion à l'humour Canal Plus au niveau duquel ce troisième épisode ne s'élève jamais. « Il fallait un humour qui soit compréhensible par un public européen », souligne Thomas Langmann. L'humour gaulois victime de la mondialisation ? Il est vrai que pas moins de 20 millions d'euros de marketing ont été investis pour sa sortie.
Ajoutons un budget de 78 millions d'euros, le plus gros pour un film en langue française, mais le deuxième derrière "Le cinquième élément" de Luc Besson (tourné en anglais), quand le précédent Astérix n'avait coûté que... 49 millions d'euros. A ce prix, irréductibles ou pas, nos deux Gaulois sont rentrés dans le rang... européen. D'ailleurs ils sont tellement effacés nos Gaulois qu'ils en paraissent fades, à un ou deux gags prêts, Obélix / Depardieu déclamant du "Cyrano"... «Ce que dit Astérix n'est pas passionnant, c'est sa manière de le dire », se justifie Clovis Cornillac.
Reste que s'il n'y avait pas le duel à mort entre César/Delon et Brutus/Poelvoorde, ces olympiades sportives et sentimentales paraîtraient bien ennuyeuses. Ça s'anime un peu lors du banquet final où s'invitent quelques stars du monde sportifs, Tony Parker, Mauresmo ou Zidane une vessie de porc gonflée dans ses pieds que lui dispute Jamel Debbouze revenu en Numérobis. C'est presque une invitation à revoir le film d'Alain Chabat.
Richard Pevny
(1) "Astérix aux jeux Olympiques", le making-of en 365 images. Editions La Martinière. 29 euros.
(2) Le Film français, 21 décembre 2007.


Article paru dans l'Indépendant du samedi 26 janvier 2008.

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