27/02/2008

"Redacted" de Brian de Palma

bd19c5d35ff8bd6e428e63921f34ea16.jpg"Redacted" est une réflexion sur l'image que les télévisions renvoient de la guerre en Irak, mais ce pourrait être ailleurs ; l'on se souvient du débarquement des GI's dans la corne de l'Afrique mis en scène par le Pentagone à la manière d'un long métrage de Samuel Fuller. C'est surtout ce que ne montrent pas les chaînes d'information, CNN et autre Fox News, de l'Irak qui intéresse le réalisateur du "Dahlia noir" son précédent long métrage. Et l'on voit qu'internet, alimenté par des contributions d'amateurs, est amené à palier cette absence d'information par une autre de manière parfois brute, sans recul, mais aussi sans autocensure. Car les images transmises quotidiennement de la guerre en Irak, donc autorisées par les autorités militaires, sont souvent tronquées ou manipulées. Malgré tout, elles devraient être pour le moins traumatisantes, elles nous sont devenues presque banales au contraire.
Comme le dit l'un des protagonistes du film de Brian de Palma, "tout ce que tu vois autour de toi, c'est la mort et la souffrance"."Redacted, revu et corrigé" se présente comme le journal vidéo d'un jeune GI affecté à un barrage et qui aspire à intégrer dès son retour aux Etats-Unis, une école de cinéma. Ce qu'il filme, c'est juste la barbarie sous uniforme américain. En effet, "Redacted" revient sur le viol et le meurtre d'une adolescente irakienne de quinze ans, par quelques soldats en 2006. Son corps avait été brûlé pour en détruire les preuves et les personnes de sa famille présentes dans la maison le soir du viol, avaient été massacrées.
"Cartonner ces melons c'est comme écraser des cafards", lance le soldat Flake. Un geste, un ordre que l'on ne comprend pas et c'est l'irréparable. En vingt-quatre mois, note Brian de Palma, sur 2 000 Irakiens tués à des barrages, seuls quelque soixante étaient dangereux. La vie d'un Américain vaut-elle plus que celle d'un Vietnamien, d'un Palestinien ou d'un Irakien s'interroge encore le réalisateur de "Redacted".
Ce film milite ouvertement pour un retrait américain d'Irak. Dans son générique, on peut voir de vraies photos de victimes de la guerre dans ce pays, hommes, femmes, enfants en sang, amputés, brûlés, et dont les yeux ont été volontairement masqués. "Ces images existent sur internet, sur Youtube, sur les blogs des soldats et de leurs familles, mais elles ne circulent pas dans les grands médias. J'ai voulu les montrer à un large public", ajoute Brian de Palma.
Cette vraie-fausse fiction a reçu le Lion d'argent de la meilleure réalisation au dernier Festival de Venise.
Richard Pevny
Chronique parue dans l'Indépendant du 20 février 2008.

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