27/02/2008

Vieux canardeur

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Ce type qui était capable de vous faire sauter un pâté de maisons parce qu'il ne trouvait pas ses clés de bagnole est dans le civil un gentil paquet de muscles dans un jean noir, le t-shirt kaki mouillé, sans doute à cause de la chaleur ambiante du Ritz. Preuve que c'est l'arc et le couteau qui font Rambo, et non le reste. Il vous serre la main sans vous l'écraser, ce qui est aussi un signe. Il a pourtant débuté en jouant les tueurs à la solde de Capone dans "Bananas" de Woody Allen, dansé avec Travolta pour "Staying alive", interprété Johnny Hoffa le patron du syndicat des camionneurs, chanté avec Dolly Parton, reprit le rôle de Louis de Funès dans le remake de "Oscar", s'est emmêlé les pieds dans "Arrête ou maman va tirer", et tapé le ballon dans "A nous la victoire" d'un John Huston vieillissant.
Mais c'est en boxeur italo-américain que Sylvester Stallone, dit Sly, s'est révélé. Au point de donner l'an dernier un ultime (?) "Rocky Balboa" à ses fans inconsolables. Il s'était écrit lui-même le rôle de ce boxeur en qui les studios ne croyaient pas.
Il est né deux jours avant la fête de l'Indépendance en 1946 – comptez, cela fait 62 ans – dans le dispensaire d'un quartier new-yorkais appelé "la cuisine de l'enfer", d'un immigré sicilien, coiffeur de son état et d'une ancienne chorus girl aux ascendances françaises. De sa naissance, Sly gardera un tic facial qu'il transformera en rictus le moment venu. Il dira être devenu acteur par hasard, en jouant à l'université de Miami dans "Mort d'un commis voyageur".
De "Rambo", roman d'un ancien du Vietnam grand amateur de poésie rimbaldienne (Rimbaud se prononçant Ra (i) mbaud), personne n'en voulait à Hollywood, jusqu'à ce que deux petits producteurs étrangers, Mario Kassar et Andrew Vajna, avec l'argent d'un banquier français parrain du premier, ne s'y intéressent. Des acteurs, des réalisateurs avaient refusé le film, le rôle, "le projet portait la poisse" dira plus tard Mario Kassar qui propose alors à Stallone d'écrire lui-même le scénario, l'histoire d'un vétéran aux cheveux longs traumatisé par son expérience au Vietnam, qui parti à la recherche de ses ex-camarades de combat, ne trouve qu'incompréhension. Le type même du héros solitaire dans la grande tradition du western. "First Blood" réalisé par Ted Kotcheff en 1982, est sans doute le meilleur. Le film a été réalisé au Mexique à trente minutes des plages d'Acapulco où Stallone vient se reposer le week-end, le corps meurtri par le tournage de scènes très physiques. Pour le second, Ted Kotcheff qui veut réaliser "un film plus intelligent", est écarté, alors que le tandem Kassar-Vajna désire plutôt rester dans quelque chose de "haut en couleur" et "plus instinctif". En 1988, "Rambo 3" marquera les limites du genre. Après s'être débarrassé du couteau de Rambo – offert à un Planet Hollywood, la chaîne de restaurants qu'il a créée – et les gants de Rocky – au Museo del cinema de Gerone -, Stallone cachera dès lors son corps déformé par les anabolisants dans des costars Armani et son manque d'inspiration en s'autoparodiant.
Hollywood qui n'a pas beaucoup d'idées mais des dollars, a remis en scène ce vétéran du retour vers l'enfer. Une franchise qui fonctionne sous toutes les latitudes d'Afghanistan en Birmanie et sous tous les locataires de la Maison Blanche. Faire son Rambo est même passé dans le langage populaire, mais c'est encore Stallone qui le fait le mieux. Preuve, cet ultime épisode, en attendant un film sur la jeunesse du personnage, mais sans Sly, ou bien derrière la caméra...
Richard Pevny
(1)Vient de sortir la trilogie Rambo, 4 DVD. Stdio Canal. 19,99 euros.

Chronique parue dans l'Indépendant du 6 février 2008.

15:30 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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