09/03/2008

"Bienvenue chez les Ch'tis" à Lille

Il ne pleut pas sur Lille. Face à la Vieille Bourse baignée par un soleil quasi printanier, les terrasses des cafés bondées débordent largement sur la Grand Place. La veille, Dany Boon a présenté "Bienvenue chez les Ch'tis" à Lille et Roubaix. Je suis "monté" de Perpignan pour bien vérifier que dans le Nord il pleut tout le temps. Ça se saurait s'il faisait chaud ! Et puis le soleil m'est tombé sur la tête. Je sortais ce mardi-là de l'Hermitage Gantois, un ancien hospice du XVIIe siècle, dont les anciennes cellules des soeurs hospitalières, transformées en chambres 4 étoiles luxe, feraient pâlir des touristes britanniques relégués dans des hôtels de la Côte d'Azur au papier mural défraîchi.
Mon Nord culturel se limitait alors aux films désespérants d'humanité de Bruno Dumont, au tournage de "Germinal" sous la pluie et dans la boue du côté de Valenciennes, aux chansons tristes comme-un-jour-sans-pain de Pierre Bachelet. "Au Nord, c'était les corons...", de celle-ci, les supporters du RC Lens ont fait un hymne, de ce refrain si peu entraînant un chant de victoire. Ça vous mettrait presque la larme à l'oeil. D'autant que le film de Dany Boon confirme le proverbe ch'ti qui assure qu'un étranger qui vient dans le Nord pleure deux fois, quand il arrive et quand il repart.
Et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir été prévenu qu'une douche froide l'attendrait. Même le brave Galabru, figé en grand oncle corse dont la figure patibulaire sortant de la pénombre avec des "Oh là là" apocalyptiques dans la voix, a été convoqué devant la caméra. "L'été, c'est des 0, éventuellement des 0,1", dit-il avec des trémolos. Le fonctionnaire des PTT qui rêvait de la direction de la poste de Cassis et obtint – mutation disciplinaire – celle de Bergues, n'avait plus qu'à s'équiper pour le Grand Nord, autant dire la planète Mars.
Bergues, le mot même sonne comme une relégation dans un bagne lointain. Enfin pas tout à fait. Dès qu'ils se sont entendus sur un minimum de mots compréhensibles aux deux parties, les Ch'Tis sont un peuple chaleureux et généreux pour notre directeur de la poste locale rapidement instruit des coutumes locales.
On l'a compris, à partir d'un catalogue de poncifs et de clichés sur le Nord morose et alcoolique, Dany Boon l'un de ses plus célèbres enfants, a écrit le scénario d'une joyeuse comédie basée sur l'inusable tandem mal assorti approuvé chez Gérard Oury ou Francis Veber. Et puis il y a Line Renaud, dite "Mademoiselle from Armentières", dans un rôle de mamma du Nord à qui on ne refuse rien. Chat, ch'est bien dit.
Richard Pevny

Chronique parue dans l'Indépendant du mercredi 27 février 2008.

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