09/03/2008

Trahison et corruption au pays de l'or noir

07b51ecf3a23f479b7416739b8e1b48d.jpgGold and God. Dieu et l'or (noir). Le pouvoir et la religion. La foi et le profit. Ces thèmes se télescopent dans "There will be blood" de Paul Thomas Anderson, le réalisateur de "Boogie nights" et de "Magnolia", qui est aussi une saga du pétrole en Amérique, une histoire de ses magnats, cette poignée de noms du gotha, les Rockfeller ou Getty, qui eurent assez de nez pour croire en l'or noir.
Daniel Plainview veut aussi y croire à sa bonne fortune. Lui aussi veut sa compagnie, sa Standard Oil, celle qui appartient à Rockfeller. Alors, il trime au milieu du désert californien, un endroit oublié même de Dieu. Et il creuse un trou dans lequel des hommes couverts de poussière, maculés de boue, descendent pour creuser encore plus loin vers cet océan noir qui les fera accéder au paradis après cet enfer. Des hommes taciturnes que l'espoir fait vivre. Tout le début du film est sans dialogue, juste la musique envoûtante de Jenny Greenwood (du groupe Radiohead). Parfois le pétrole jaillit, d'autres fois, cela explose.
Un jour, un jeune homme vient proposer à Daniel de venir creuser chez lui à Little Boston. On dit que la Standard Oil s'y intéresserait. Daniel Plainview achète tous les terrains disponibles, ce n'est pas difficile il ne pousse que des cailloux. Little Boston va y gagner en prospérité, ce qu'elle perdra en âme. Des gens se déchireront, trahiront, se corrompront au nom du pétrole.
Daniel Plainview trouve un redoutable adversaire sur place. Eli, le frère jumeau de Paul (tous deux joués par Paul Dano l'ado mutique de "Little me sunshine"), est pasteur. C'est un illuminé qui prétend guérir les corps et les âmes. Et celle de Daniel est bien noire croit-il. Il faut en extirper le diable. Daniel se soumet à l'exorcisme, mais gardera rancune contre le faux prophète qui s'est mis en travers de sa route. Daniel Plainview finit pas gagner la bataille de l'or noir mais perd l'affection de son fils, avouant que "les humains me répugnent".
Dans cette longue (2 h 38) fresque épique, au pays où tout est possible même le pire, Paul Thomas Anderson ne baisse jamais la garde de sa mise en scène époustouflante, jusqu'à cet ultime affrontement qui montre un Daniel Plainview ayant perdu contact avec le monde civilisé. « L'âme de Daniel Plainview n'existe plus depuis longtemps alors que son corps continue d'exister », dit Daniel Day Lewis qui, a ressenti cela « très profondément ». Sa source d'inspiration, le réalisateur est allé la chercher dans le volumineux (696 pages) roman d'Upton Sinclair contemporain de cette histoire du pétrole américain. C'est ce qui a aussi attiré Daniel Day Lewis qui dit de Daniel Plainview, « c'est un fou comme moi avec lequel j'avais envie de passer un moment ».
Richard Pevny
Chronique parue dans L'Indépendant du 27 février 2008.

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