13/06/2008

A 78 ans, l'inspecteur Eastwood ne renonce jamais

36e73c2552e52c93e97290e3919d8542.jpgA 78 ans, Clint Eastwood revient au Festival de Cannes soumettre son vingt-huitième long métrage en tant que réalisateur au jugement du jury présidé par Sean Penn. En 2003, son "Mystic river" n'avait pas eu l'honneur d'être remarqué par Patrice Chéreau. On en connaît beaucoup qui auraient exigé de passer hors compétition. Mais pas lui. "Vous savez, à un certain moment le film vous échappe. Alors, que vous repartiez ou non avec un prix, n'a guère d'importance. J'ai été président du jury ici à Cannes (en 1997, ndlr). Le film qui a eu la Palme d'or n'était pas mon premier choix, mais c'était celui du jury. Il y a beaucoup de bons films qui ont reçu la Palme d'or et beaucoup de bons films qui ne l'ont pas reçue".Reste qu'hier matin, "L'échange", son dernier long métrage, a été applaudi, sans doute le premier à l'être depuis le début de la compétition. Dans ce film de 2 h 20, Angelina Jolie – ce qui la place en tête des candidates au prix d'interprétation – est au centre d'un drame qui a agité Los Angeles à la fin des années 20. La disparition d'un enfant de 9 ans et son retour presque miraculeux. Sa mère, Christine Collins, déclarera qu'il ne s'agit pas de son petit Walter, mais d'un usurpateur, ce qui constituera l'un des scandales qui éclabousseront une police corrompue et un maire qui à la suite ne sera pas réélu.
"Dans ce film, la réalité dépasse la fiction", déclarait hier matin Clint Eastwood qui s'est appuyé sur le travail de J. Michaël Straczynski. Ce reporter devenu scénariste, n'a eu qu'à puiser dans les archives de la ville de Los Angeles pour nous entraîner dans ce drame qui révolte chaque spectateur. Christine Collins, la maman du petit Walter vraisemblblament assassiné, ne cessera de demander à la police ce qu'est devenu son fils, alors qu'on lui en a trouvé un parfait, de substitution, et cette obstination, cette ténacité, lui vaudra d'être internée en psychiatrie, dans la section 12 réservée aux "protégés" de la police.
Dans "L'échange", trois films s'entrecroisent. L'un politique, dénonce la corruption dans « une période noire », souligne Clint Eastwood. Le second est un polar, ce qui amène un inspecteur à s'intéresser aux dires d'un enfant, qui avoue avoir participé, avec un serial killer à l'assassinat d'une vingtaine d'autres enfants, dans un ranch isolé. Le troisième est un mélo, mais un mélo mis en scène avec élégance comme dans "Sur la route de Madison". Angelina Jolie est le pivot de l'ensemble. "C'était un rôle difficile pour elle, souligne Clint Eastwood. Elle a vécu beaucoup d'émotions". "Bien sûr le fait d'être mère me permet de mieux la comprendre, répond Angelina Jolie. Mais il a fallu que j'aille puiser ailleurs. J'ai perdu ma propre mère quelques mois avant le tournage. C'était une femme très douce, mais lorsqu'il s'agissait de ses enfants, elle pouvait se transformer en lionne. Je m'en suis souvenue... Clint Eastwood est quelqu'un de très aimable qui respecte chaque personne sur le plateau. C'est un honneur pour nous tous". "Quand j'ai débuté dans la réalisation, il y a 37 ans, je me suis dit que je ferais ça pendant quelques années, et de fil en aiguille j'ai continué", ajoute ce dernier. Ce conteur d'histoires s'attaquera en juillet à son 39e film, "Gran Torino" et en janvier 2009 à son 40e, avec un sujet autour de Mandela et la participation des Springboks à la Coupe du monde de rugby en 1995.
De notre envoyé spécial à Cannes, Richard Pevny

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