13/06/2008

La Barcelone sensuelle de Woody Allen

Un cinéaste fait-il toujours le même film, comme un peintre le même tableau ? C'est une question récurrente dans le cinéma de Woody Allen qui a le génie de ne pas donner à son vieux public fidèle depuis trente-sept ans, et quelques nouveaux venus, d'assister toujours à la même comédie. Avec ce 38e opus plus qu'avec aucun autre. Le titre même de "Vicky Cristina Barcelona" est déjà un hommage à la capitale catalane, ce qui confortera les gens de la Generalitat qui ont apporté leur part de financement – un peu plus de un million d'euros – dans le tournage, que cet argent a été bien placé, profite aujourd'hui grandement à la ville de Barcelone, dont le nom même se retrouve ce matin dans la presse mondiale via le Festival de Cannes. Bien entendu, ces questions d'argent sont étrangères à Woody Allen, et quand un confrère espagnol lui fait part de la jalousie qu'aurait suscité l'octroi de ce million d'euros, le réalisateur de "Prends l'oseille et tire-toi", coupe court à tout début de polémique. On l'a appelé. Le financement du film proposé ayant été accepté, il est venu. « Ma femme et mes enfants avaient envie de passer l'été à Barcelone. La température était assez agréable, l'équipe très professionnelle. J'ai apprécié le mois que j'ai passé à Barcelone. Si l'on m'avait appelé de Rome, de Venise ou de Dieu sait où, j'y serais allé », a-t-il souligné. Ce qui a mis sur la voie une journaliste d'Ouzbékistan, qui a demandé de but en blanc au cinéaste de "Guerre et paix", s'il serait d'accord pour un tournage en Russie. « Je vais vous raconter une anecdote, lui a-t-il répondu. Il y a plusieurs années de cela, j'ai visité la Russie en famille avec l'intention de me rendre à Leningrad. Vingt-quatre heures après mon arrivée, je suis allé voir l'agence de voyages de mon hôtel et demandé de me faire partir le plus vite possible de cette ville, dans n'importe quelle direction », suscitant dans la salle un grand éclat de rire. Il n'est pas certain que la représentante de la presse slave ait apprécié ce trait d'humour. Quoi qu'il en soit, le tournage du 39e film de Woody Allen qui n'y apparaîtra pas plus que dans celui-ci, aura lieu à New York.
Hier pour sa conférence de presse, entouré de Penélope Cruz et de Rebecca Hall, Woody Allen a excusé Scarlett Johansson, absente pour un problème de calendrier de tournage, et Javier Bardem « pour des problèmes de famille ».L'égérie de Pedro Almodovar a souligné sa fierté d'avoir travaillé avec Woody Allen, comme elle le souhaiterait de Claude Chabrol et Martin Scorsese. Elle a révélé que le cinéaste américain les avait laissées, elle et Javier Bardem, libres d'improviser de l'anglais à l'espagnol comme ils le souhaitaient. « On avait toute liberté d'exprimer ce que voulaient dire les personnages, a-t-elle dit. Woody était très respectueux des différentes méthodes de travail essayées par les acteurs ».
Quant au thème du film, Woody Allen a expliqué que "Vicky Cristina Barcelona" était un film sur deux jeunes femmes « qui voient peu à peu leur monde se désintégrer d'une façon complexe ». Dans la vie réelle, le "ménage à trois" aurait conduit l'un des personnages au meurtre. « Dans un film, les personnages sont au-delà de la vie », souligne le cinéaste dont le film aurait dû être l'événement du prochain festival de San Sebastien. Mais c'est Cannes qui l'a emporté, où Woody Allen a monté hier les marches du Palais des festivals et dans son sillage un peu de Barcelone.
Richard Pevny

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