13/06/2008

Santo Maradona qui es sur Terre...

61c21b62b6fd861efa7060e9fbf79eae.jpgSi Dieu existe, il joue au football. Son fils sur Terre, Diego Maradona, a sa propre église maradonienne. Cette église qui réunit plus de 100 000 fans, a ses jeunes vestales en mini shorts blanc qui officient sur le comptoir du Cocodrilo, un bordel dansant de Buenos Aires, la ville de La Bombonera, le stade où Diego Maradona s'est sacrifié pour le football. "Peu de gens sur terre ont eu la chance de connaître Dieu en chair et en os", dit Stribor Kustrurica. Stribor est le fils du cinéaste serbe Emir Kusturica. En 2005, le réalisateur, double Palme d'or à Cannes pour "Papa est en voyage d'affaires" en 1985 et "Underground" dix ans plus tard, se met en tête de consacrer un documentaire à Maradona, à qui il voue, disons-le, un véritable culte. Mais l'idole qu'il rencontre est un petit bonhomme "potelé qu'on aurait dit sorti d'un film de Sergio Leone", dira-t-il. Kusturica n'en est pas moins un grand fan de Maradona.
Plus âgé, son dieu aurait été Pelé. Plus jeune, c'est Zidane, encore un numéro 10, qui l'aurait emporté. Il y a vraiment un dieu pour le football. A Naples, où le van de Diego est cerné par les tiffozi, on joue le retour du Messie, le sud pauvre qui l'emporte grâce à lui sur le nord industriel et riche de la famille Agnelli.
"Maradona" par Kusturica est en quelque sorte un acte de canonisation. Non que Diego Maradona soit un saint. Comme Kusturica, Maradona est un être un peu rock'n'roll, excessif qui a d'ailleurs goûté à tous les excès. On peut l'expliquer par une enfance pauvre -c'est un euphémisme- dans les bidonvilles de Villa Fiorito à Buenos Aires. Diego Maradona n'a jamais quitté sa ville – sauf pour aller jouer à Barcelone ou Naples -, il a juste changé de quartier, même si pour Kusturica il revient sur les lieux de son enfance. Maradona n'a rien oublié, rien renié. "Mon frère est un martien", disait déjà le sien à leurs débuts chez les juniors. C'est "le Sex-Pistols de la planète foot", remarque le réalisateur serbe. Il est vrai que tous les deux ont un sens inné de la fête. A Madrid lors du concert du No Smoking orchestra, Diego monte sur scène pour danser avec Emir. Ce plan ouvre ce documentaire de 1 h 35 qui nous amène d'Argentine en Serbie, à Naples et dans le train pour Mar de Plata où ils iront protester contre la venue de Bush au Sommet des Amériques. On préfère à l'altermondialiste, certes sincère, mais qui se discrédite en s'affichant avec Chavez et Castro, le dieu du stade. Sincère et émouvant, quand il avoue être passé à côté de ses enfants, et ne pas les avoir vus grandir, trop aveuglé par la drogue. "Quel grand joueur j'aurais été, si je n'avais pas été cocaïnomane", ajoute-t-il devant la caméra. Eh, Diego, t'es encore le plus grand. Je te le dis ! Manu Chao, lui, te le chante sur un trottoir de Buenos Aires : "Si j'étais Maradona, je vivrais... à mille pour cent..." Hier, en conférence de presse, alors que tu disais que tu serais capable de te faire couper ta célèbre main gauche pour marcher au côté de Julia Roberts sur la Croisette, je me repassais tes buts, la plupart sont dans le film de Kusturica, ce but contre l'Angleterre au Mexique en 1986. Qu'est-ce que tu leur as mis, et de la main gauche, "la main de Dieu", as-tu dit ensuite. C'était ta revanche sur la guerre des Malouines. Alors, si tu étais Maradona, on ne changerait rien au portrait d'Emir Kusturica qui montre à la fois ta nature humaine – un être véritablement humain donc non sans défauts – et ta nature divine, mais ça, c'est plutôt une affaire de croyance, Santo Maradona.
Richard Pevny

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