13/06/2008

Sylvie Testud, juste Sagan

e029a0699dc2fbec1bd5fffbababce30.jpgSagan. Juste son nom sur l'affiche et en dessous Sylvie Testud appuyée sur la carrosserie d'une voiture de sport. C'est dans la performance de l'actrice que le film de Diane Kurys – d'abord un téléfilm en deux parties pour France 2 –, trouve sa légitimité. Sylvie Testud dans la peau d'une Sagan vieillie et recluse dans sa maison près de Honfleur (achetée en 1958 grâce aux gains gagnés au casino de Deauville), est étonnante, jusque dans le phrasé, la voix saccadée. Après Marion Cotillard en Edith Piaf, Testud en Sagan se taille un rôle à César...
Quatre ans après le décès de l'écrivain, ruinée, poursuivie par le fisc pour des arriérés d'impôts et la justice pour usage fréquent de cocaïne – Mitterrand n'est alors plus là pour la protéger -, la petite musique de Sagan, qui n'a semble-t-il jamais cessé d'être lue, renaît pour une nouvelle génération de lecteurs qui découvre le côté rebelle de cette fille d'industriels propulsée à 18 ans à la une de la presse par la critique – qui lui reprochera plus tard sa petite musique lancinante – avec un roman écrit en six semaines et racontant l'éveil à l'amour d'une jeune adolescente. Que le pape des lettres François Mauriac s'enthousiasme, il n'en faut pas plus pour que les ventes de "Bonjour tristesse" explosent, «comme un coup de grisou» dira l'intéressée. Et voilà la frêle Sagan – un nom emprunté à "La recherche du temps perdu" – immergée dans la vie insouciante de Saint-Germain-des-Prés, des zazous, des existentialistes et des hussards. Jazz, whisky - elle détestait le champagne - et plus tard, après son accident de voiture d'où elle ressortira quasi miraculée, la prise régulière de cocaïne. Ses amis les plus proches s'appellent alors Florence Malraux, depuis le cours Hattemer, Jacques Chazot (Pierre Palmade), Bernard Franck (Lionel Abelanski), Peggy Roche (Jeanne Balibar) sa compagne.
La "Sagan" de Diane Kurys nous permet de l'approcher dans son intimité, de femme et d'écrivain. Il y a chez elle la marque d'une infinie solitude, malgré les amis et les pique-assiettes qui squattent sa maison normande, et cela jusque dans les mariages qui ne lui apportent pas le bonheur désiré, l'un avec l'éditeur Guy Schoeller (Denis Podalydès), l'autre avec Bob Westhoff avec lequel elle aura un fils, Denis par ailleurs conseiller du film. Un enfant qui a le désavantage de ne pas être à la hauteur de sa mère qui s'en lasse, au point de lui refuser l'accès de la chambre où elle agonise le 28 septembre 2004. «Sa disparition, après une vie et une oeuvre également bâclées ne fut un scandale que pour elle-même», écrit-elle en rédigeant son épitaphe pour sa tombe au cimetière de Seuzac près de Cajarc où elle était née en 1935.
A la fin, ce qu'il reste et qu'a bien rendu Diane Kurys, c'est l'histoire d'une petite fille qui ne voulait pas grandir, devenir adulte. «Voilà», aurait ajouté la vraie Sagan.
Richard Pevny

15:05 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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