05/08/2008

Wall.iiiiiii !

685ae013903e412c36851ceaa6d46501.jpgIl est le dernier de sa corporation encore en état de marche. 700 ans plus tôt, l'humanité s'est embarquée dans l'espace infini pour un exil qu'elle savait définitif, abandonnant un tas d'immondices à l'échelle de la planète et une armée de robots nettoyeurs aujourd'hui de plus d'aucune utilité. Tous, sauf un. En partant, visiblement quelqu'un n'a pas pris la peine de désactiver le dernier robot encore en état de marche. Wall.E – Waste Allocation Load Liifter Earth-Class – continue donc ce pourquoi il a été programmé, élevant des tours de Babel, que personne ne gravira, d'ordures broyées et compactées à la manière des sculptures de César (Un César que "Wall.E" serait en droit de mériter). Wall.E a développé une intelligence. Il trie ses ordures, met de côté ce qui lui paraît atypique, une ampoule, un Rubik's Cube, un briquet... archive ses trouvailles à l'intérieur d'un camion-atelier-refuge-magasin-de-pièces-détachées. Wall.E n'est pas le dernier être vivant – si l'on peut parler ainsi d'un robot – sur cette fichue planète. Wall.E a un compagnon, Hal le cafard. Hal, comme Hal Roach le découvreur de Harold Lloyd et du tandem Laurel et Hardy, ou bien Hal comme l'ordinateur central du vaisseau Discovery.
La vie ainsi pourrait continuer indéfiniment, quand atterrit un vaisseau venu de l'espace, libérant un robot tout blanc, tout mignon, destiné à trouver d'éventuelles traces de vie. Wall.E tombe immédiatement amoureux de la lumineuse Eve (Extra-Terrestrial Vegetation Evaluator). Avec un prénom pareil, le frêle robot aurait tout à craindre de cet être ovoïde super caréné, mais sûrement pas d'être bouté hors d'un paradis qui n'existe d'ailleurs plus. Certes, cette beauté sidérale est un peu chatouilleuse et a la regrettable habitude de faire feu au moindre mouvement dans son environnement visuel, mais Wall.E est prêt à tout pour conquérir le coeur de sa Dolly. N'est-elle pas à l'image de ce vieux "musical" hollywoodien qu'il ne cesse de regarder en boucle, et dans lequel une femme d'apparence humaine embrasse un homme, lui tient la main, avec en fond sonore la voix ensorceleuse de Louis Armstrong.
Aussi, quand le même vaisseau spatial vient récupérer son droïde-sonde, Wall.E ne fait ni une ni deux et s'agrippant à l'astronef, il suit son aimée au bout de l'univers, à la rencontre d'une humanité obèse de surconsommation qui survie quelque part dans l'espace, assistée par un ordinateur central.
Il fallait être gonflé. Mais après neuf grands succès, dont un, "Ratatouille", Oscar du meilleur film d'animation, Pixar qui ne recule devant aucun défi visuel ou scénaristique, n'a pas hésité à créer un film d'animation économe en dialogues, quand ce genre est habituellement extrêmement bavard. Une bonne partie du film est quasiment muette, avant qu'un premier son ne soit émis. Et quel son: Wall.iiiiiii ! Si ça ne vous rappelle pas "Star Wars"... Normal, puisque c'est Ben Burtt, le créateur de la "voix" de R2-D2, qui a imaginé l'univers sonore de "Wall.E". Par ailleurs, l'une des grandes références utilisées par le réalisateur Andrew Stanton ("Le monde de Némo"), est bien entendu "2001, l'odyssée de l'espace" de Stanley Kubrick, la musique de Richard Strauss comprise.
"Wall.E" peut être vu comme une comédie romantique entre deux êtres qui montrent beaucoup de sentiments l'un envers l'autre, pour des machines. On peut y voir aussi un film de science-fiction avec des références explicites à "Alien" - dans la version originale, Sigourney Weaver prête sa voix à Eve -, "Rencontres du troisième type" ou "E.T.". Enfin, on ne peut écarter la fable écologique : la Terre s'est déshumanisée et c'est un robot aux circuits obsolètes qui va lui rendre cette humanité perdue.
On ne peut qu'espérer que ce petit robot bancal sur ses chenillettes séduira petits (mais pas trop non plus) et grands, à l'instar du héros pourtant pas très ragoûtant de "Ratatouille" du même studio Pixar.
Richard Pevny

20:25 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)