26/09/2008

Christophe Barratier : la classe ouvrière en chantant

027a323c67fa86275b38b1ec939676c3.jpgDans "Faubourg 36", Christophe Barratier, le réalisateur des "Choristes", reprend les ingrédients qui ont fait le succès de son premier film : musique, fraternité, solidarité, fidélité, avec en toile de fond la période du Front populaire.

Encore un film porté par la musique ?
Reinhardt Wagner, le compositeur, et Frank Thomas, le parolier, m'avaient contacté il y a presque dix ans avec une petite suite de chansons qui évoquaient un quartier de Paris, sans aucun fil conducteur. Après "Les Choristes", quand il s'est agit de trouver un nouveau sujet, je me suis dit que ce qui me touchait d'abord c'était la musique. J'ai commencé alors à repenser à ces chansons qui évoquent un Paris un peu stylisé. J'ai commencé à écrire le scénario de "Faubourg 36" en m'inspirant de ces chansons.

C'est quand même gonflé de construire un film autour des luttes sociales et du Front populaire ?
Peut-être, mais "Faubourg 36" n'est pas plus un film politique qu'un film social, et en même temps il est un peu de tout ça. Particulièrement de cette année qui a marqué durablement l'inconscient collectif des Français. Dès qu'on dit "36" tout le monde répond : les congés payés. Et puis c'est une période forte en conflits, en contrastes. Quand les Français fêtent les congés payés le 14 juillet 36, ils ne se rendent pas compte qu'ils sont en train de danser au bord du volcan. Mais je ne voudrais pas que l'on dise que c'est un film sur le Front populaire.

Pourtant, on ne manquera pas d'évoquer le réalisme poétique de Carné et les films de Duvivier notamment. Les avez-vous revus ?
Si on parle des grandes références, il fallait revoir Carné, Duvivier, Renoir et un peu Grémillon. On était vraiment dans ce réalisme poétique. D'ailleurs, sur le plan des décors on a décidé de réinventer Paris. Moi, je voulais qu'on dise le faubourg, mais sans vraiment le localiser, juste cette frontière entre Paris et la banlieue. De la même façon que Trauner (1) a inventé ses décors, j'ai dit à Jean Rabasse le chef décorateur : "Invente le quartier". C'est pour cela aussi que les chansons du film ne sont pas des chansons d'époque, mais des chansons originales. "Faubourg 36" est un film qui évoque une page de l'Histoire, certes, mais sans qu'on puisse l'étiqueter de rétro.

Un film sur Paris tourné en République Tchèque...
Si vous voulez faire un film sur le Paris haussmannien, vous avez de quoi. Mais prenez le Paris populaire, par exemple les photos de Doisneau et de Brassaï qui ont été prises à Belleville. Or, quand vous revenez à Ménilmontant, vous ne reconnaissez même pas la rue, tout a été détruit. Reste le Paris des quartiers du nord-est parisien et un petit peu Montmartre, que l'on a d'ailleurs utilisé principalement pour les scènes de nuit. Et pour le reste on a tout recréé. Ce n'était pas si mal, parce que le fait de tout recréer nous a permis de faire un Paris totalement à notre idée.


Qu'est-ce qu'a apporté Tom Stern le chef opérateur de Clint Eastwood ?
L'expérience des grands films en studio, une discipline et une capacité nécessaires à gérer une équipe de 200 personnes. J'aimais ses lumières de parti pris, très contrastées qu'on n'ose pas trop faire en France parce qu'on trouve cela trop appuyé.

Et bien sûr, il y a des mouvements de caméra que l'on ne voyait pas dans "Les Choristes"...
J'ai quand même un petit peu plus d'expérience. Le fait d'utiliser trois caméras, d'avoir une grue à ma disposition, un steddycam, ça libère la créativité. J'avais déjà cette ambition purement technique sur "Les Choristes", mais que je n'avais pas pu m'offrir.

Gérard Jugnot est encore ici le pivot de l'histoire...
Le film a été écrit pour lui. Je ne voulais pas faire les "Choristes 2". En même temps, poursuivre cette aventure humaine avec Gérard, cette aventure artistique, m'intéressait. J'aime bien l'idée de famille dans le cinéma. J'aime cette notion d'esprit d'équipe, d'ailleurs très présente dans "Faubourg 36".

Vous sentez-vous aujourd'hui plus réalisateur que musicien ?
J'ai fait de la musique à un haut niveau pendant quinze ans, mais c'est sur ces deux films que je l'ai surtout vécue. Je dirige artistiquement les enregistrements, je donne des avis sur les arrangements des musiciens. On a tout de même vendu presque 3 millions d'albums des Choristes, c'est monumental. Aujourd'hui, je me sens à ma place. Après "Les Choristes", j'ai refusé à peu près tout ce qu'on m'a proposé. Je savais qu'il fallait que je fasse quelque chose de personnel, c'était une question de salut. Un film, j'ai besoin de le rendre personnel.

Recueilli par Richard Pevny

(1) Décorateur notamment de Marcel Carné.

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