03/11/2008

L'ascension et la chute de George W. Bush

bush.jpgComment ce type a-t-il pu devenir le 43e président des Etats-Unis ? Ce n'est pas juste Oliver Stone, le réalisateur de "JFK" et de "Nixon" entre autres biopic (1), mais nous tous qui nous posons cette question à l'issue de ces deux heures, il est vrai pas totalement à charge. Car Oliver Stone qui s'attaque ici à quelqu'un de vivant et de surcroît encore aux affaires, n'en noircit pas exagérément le portrait. Certes, George W. Bush tout au long de son parcours, qui débute à la fraternité de son université, passe pour un pauvre type, mais pas un mauvais type. « C'est un bon fils », assure Oliver Stone qui reçoit la presse à l'Hôtel Bristol à Paris au côté de l'acteur principal de son film, Josh Brolin, tous deux assis entre deux drapeaux américains. Un jour, nous raconte Oliver Stone, le président Bush, "W." donc, s'est confié ainsi à la reine Elizabeth : « Dans ma famille, je suis considéré comme le mouton noir. Et dans votre famille..., lui a-t-il demandé. Et la reine sans se démonter : "Ça ne vous regarde pas", a-t-elle répondu ». Car, il passe pour ses parents, son père surtout, pour un raté.
George Jr. s'est toujours considéré ainsi aux yeux de son père. Mais il l'avait un peu cherché. Fêtard, buveur, flambeur, il a, à peu près, tout raté, ses études et le reste, et s'il a été admis à Harvard, c'est sur un coup de pouce paternel qui siégeait alors au Congrès. Seul le base-ball le passionnait, bien que ne le pratiquant pas.
Copropriétaire des Texas Rangers, George W. Bush aurait sans doute fini comme président de la Ligue de base-ball. Mais, dit aussi, Oliver Stone, un autre job l'attendait. Or, il n'était pas promis à cette charge présidentielle-là. C'est son frère, l'actuel gouverneur de Floride que le père gardait en réserve pour la Maison Blanche, lui, le fils préféré, l'héritier. Mais Jeb rate la première marche, en 1994, le poste de gouverneur de Floride lui échappe, alors que son frère aîné se fait facilement élire au Texas. Coaché par son épouse Laura. « On vote pour celui avec qui on boirait une bière », fait dire Oliver Stone à "W." – une interprétation haut de gamme de l'acteur Josh Brolin. C'est que "junior" écluse pas mal. Mais comme dans la parabole de l'évangile, le fils prodige s'amende, se convertit au cocktail alcooliques anonymes et religion, devient vertueux. Et annonce : « Dieu veut que je brigue la présidence ». Il y croit, l'emporte de mois de cinq cents voix, est même réélu. Bigre. Il apprend vite, notamment ses discours, même s'il gardera des difficultés d'élocution, confondant en réunion dans le bureau ovale Guantanamo et Guantanamera.
Reste que si ce portrait est truffé de nombreuses critiques de la part d'Oliver Stone sur l'action de l'administration Bush justement en Irak, on y sent aussi de la compassion. « Je l'ai construit sans idée préconçue, professionnellement, se défend le réalisateur américain. Il est quand même la figure la plus importante depuis Kennedy, parce qu'il a changé l'Amérique ». Quand en 2003, les "faucons" de la Maison Blanche – une réunion les montre prêt à mettre la main sur le pétrole irakien – font plier le président du côté d'une intervention armée, en le manipulant à coups d'informations truquées sur le potentiel militaire de Saddam Hussein, son père, l'ex-président, fulmine. Plus tard devant les images de CNN montrant le déboulonnage de la statue géante du dictateur irakien, ce même père lui reconnaît du bon sens. A défaut d'intelligence politique, George W. a du nez. « Le film parle d'un être humain, d'une personne, bien dans sa tête. George W. Bush aime ce qu'il voit dans le miroir, ajoute Oliver Stone. Ce n'est pas pour autant un candide. Il est clair qu'il veut la guerre en Irak ». Quand on lui demande pourquoi sortir le film à trois mois de la fin du mandat présidentiel : « C'est un film simple, clair, c'est ce qu'il fallait pour un sujet aussi controversé, ajoute-t-il. Je pense qu'il y aura d'autres films sur Bush. Nous avons évoqué sa jeunesse, l'homme de la quarantaine et son élection à la présidence. J'ai voulu montrer les étapes qui ont forgé l'homme ». Le président a-t-il vu son film ? « Je pense qu'il n'acceptera jamais de voir le portrait de sa propre vie. C'est quelqu'un d'irascible. Je crois qu'il détesterait tout ce qui a trait à une relation psychanalytique père-fils. Il hurlerait probablement ». Quoique avec le temps... « Se tromper est humain, pardonner est divin. Je mettrai sans doute de nombreuses années à pardonner à George Bush ».
Richard Pevny

(1) Contraction de l'anglais "biographical picture", biographie filmée.

16:14 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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