03/11/2008

Mesrine, l'instinct de mort

mesrine.jpg"A quel instant de ma vie suis-je devenu ce que je suis aujourd'hui ?" A la fin de son autobiographie, parue en 1977, Jacques Mesrine avoue avoir voulu changer, « rejoindre la société », rentrer dans le rang comme on dit à l'armée, lui qui avait porté l'uniforme en Algérie, et tué d'une manière tout à fait légale, « au son de La Marseillaise ». "Mesrine, l'instinct de mort" débute justement en Algérie sous la torture. Quand le jeune appelé rejoint Paris, il découvre une capitale insouciante ; on est en pleine vague twist. Un copain d'enfance, Paul (Gilles Lellouche), le présente à un ponte de l'OAS (Organisation de l'Armée Secrète dont les attentats répondent à ceux du FLN), Guido (Gérard Depardieu magnifique de sobriété). Le premier meurtre de Mesrine est celui d'un proxénète algérien qui a défiguré l'une de ses filles. Après l'avoir torturé, Guido et Mesrine l'enterrent vivant, dans la tradition du Scorsese des "Affranchis".
Attiré par l'argent facile, ricanant à l'offre de son paternel (Michel Duchaussoy), un commerçant qui a collaboré sous Vichy, d'occuper un emploi de commis, Jacques, avec son ami Paul, entament une carrière de gangsters. Arrêté, incarcéré, libéré, il tente une courte vie d'honnête homme – il est papa d'une petite fille – puis est rattrapé par ses vieux démons, une vie d'aventurier, sans perspective de lendemain, en compagnie de Jeanne Schneider (Cécile de France), une jeune femme rencontrée dans un bar avec qui il va former au Canada un nouveau couple de braqueurs à la Bonnie and Clyde. Vincent Cassel campe un Jacques Mesrine presque aussi vrai que nature. « C'était quelqu'un qui avait du panache et de la gouaille », souligne Jean-François Richet. Les matons lui donnent du "monsieur Jacques", les flics ont des regards admiratifs, il met ses avocates dans la poche, séduit les femmes par son intelligence, son côté animal, jouisseur de la vie. Le charme de l'acteur rend le personnage encore plus sympathique, malgré une violence rentrée, omniprésente. A sa propre violence, répond celle des QHS, ces quartiers en prison où l'on perd jusqu'à son humanité.
La mise en scène énergique de Jean-François Richet contribue à ce portrait d'un hors-la-loi des temps modernes qui, à l'image de ses grands prédécesseurs américains Jesse James ou Billy the Kid, ne dédaignait pas la presse quand elle le mettait en valeur. Portrait d'un gangster, anar et mégalo, "Mesrine, l'instinct de mort" est aussi un thriller qui plaira à un public plus jeune, friand d'icônes, pour peu qu'elles ne soient pas fréquentables.
Richard Pevny

16:20 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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