11/03/2009

Les mammas de Gianni Di Gregorio

digregorio.jpgCe n'est pas un triste Gianni Di Gregorio ! Quand il vous raconte les années passées à s'occuper de sa mère, alors qu'il avait son propre foyer avec une épouse et des filles - qui avaient suivi leur instinct de survie et s'étaient "volatilisées" -, il vous entraîne dans son rire. C'est un fils unique Gianni. Longtemps très attaché à sa maman et vice versa. Cela n'a pas dû être gai tous les jours pour le pauvre fiston quinquagénaire. Reste que le traumatisme n'a pas dû être bien grand vu sa volubilité. Une nature heureuse, assez Italien en somme, ce Gianni, proche du personnage qu'il interprète dans ce premier long métrage : "Le déjeuner du 15 août", auquel on préfèrerait presque sa version originale : "Pranzo di Ferragosto". Quelle jolie appellation pour une journée très chaude d'août durant laquelle Rome se vide d'une grande partie de sa population. "Durant l'été 2000, le syndic de mon immeuble ma proposé de garder quelques jours sa mère, en tirant un trait sur mes dettes de copropriétaire. J'ai bien entendu refusé, mais je me suis demandé ce qui serait arrivé si j'avais accepté. L'idée du film a commencé à germer dans mon esprit", dit Gianni rencontré un jour d'octobre au Festival international du cinéma méditerranéen où son film était en compétition.
C'est en jouant Shakespeare à l'académie que Gianni Di Gregorio a été mis devant le fait accompli. "Quand je déclamais : "A qui sont ces mains pleines de sang", tout le monde s'écroulait de rire". Son film ne pouvait donc que s'inscrire dans la grande tradition de la comédie italienne. Aussi Gianni Di Gregorio en a-t-il rajouté dans la répétition, l'accumulation, l'excès. Un petit monstre (merci Risi) d'humour féroce avec ce qu'il faut de cynisme, de méchanceté, mais aussi d'amour, de tendresse partagée et d'un zeste de mélancolie in fine. Car non content de garder sa mère et celle du syndic, le Gianni du film doit se coltiner sa tante et la mère de son copain médecin qu'il a fait appeler à la suite d'un petit malaise qu'il a eu au retour de sa virée arrosée avec le Viking. Il est vrai que durant tout le film, Gianni calme son stress à coups de canons de Bourgogne blanc.
C'est Matteo Garrone, dont il a co-écrit le scénario de "Gomorra" et auprès duquel il officie comme assistant réalisateur, qui a produit "Le déjeuner du 15 août" pour 500 000 euros, une broutille. Avec des amis, le personnage du médecin dont c'est la vraie profession, le Viking qui est un copain d'enfance... "L'une des dames est ma tante âgée de 90 ans."Cela a toujours été mon rêve de devenir actrice de cinéma", m'a-t-elle dit. La dame qui joue ma mère est une amie de la famille. Quant aux autres, je les ai trouvées dans des maisons de retraite où j'avais mis des affiches. J'en ai auditionné une bonne centaine". Gianni a souvent dû s'adapter à leur propension à l'improvisation. "Elles inventaient ou réinventaient des scènes. On en était réduit à devoir les suivre caméra à l'épaule". Plusieurs scènes ont été ainsi tournées en caméra cachée. L'appartement romain lui-même n'était autre que celui de son réalisateur. "On l'a juste réaménagé avec des meubles anciens", dit-il.
Auprès de sa mère, Gianni Di Gregorio - comme on a pu l'expérimenter par ailleurs l'été mortel de la canicule -, avait découvert ce qu'est l'immense solitude des personnes dites âgées, alors qu'assure-t-il, "il y a chez elles de la richesse, de la passion, de la vie". Quand elles ne sont plus à vos côtés pour vous transmettre la mémoire et l'expérience, un grand vide se crée qu'aucun écran plat de télévision ne viendra combler. "Aujourd'hui, j'ai quatre mamans, s'amuse Gianni. "Tu ne fumes pas, tu ne bois pas trop...", me harcellent-elles au téléphone". Dans son quartier du Trastevere d'autres dames l'arrêtent : "Quand viendras-tu me garder ?"
Richard Pevny

17:09 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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