11/03/2009

Marie Bunel : "Chabrol, c'est mon papa au cinéma"

Vous connaissez Chabrol ? C'est un homme qui a un regard sur la vie intelligent. Marie Bunel est fière de son dernier Chabrol. Elle vient de voir le film, « Je suis terriblement excitée », dit-elle avec jubilation. « Si je devais le qualifier ? Amour et humanité. Et humour aussi. On pense ce que les personnages pensent. Rien n'est dit. C'est décalé par moments. C'est très simple. Arriver à entrer dans la tête des gens, ce n'est pas évident au cinéma ». Claude Chabrol, elle connaît. Elle a tourné dans quatre de ses films, le dernier en 2007, "La fille coupée en deux". Les deux premiers, "Le sang des autres" en 1984 et "Une affaire de femmes" en 1988. « Il m'a découvert dans un truc merdique à la télévision. "Vous étiez très bien", m'a-t-il dit». Pour "Une affaire de femmes", « j'étais enceinte, j'en pleurais au téléphone. "Pas de problème ma petite, on va te cadrer au-dessus», m'a-t-il dit. «Ma fille est née à la fin du tournage ». On s'étonne qu'il ne lui ait pas donné plus tôt ce genre de premier rôle. « Parce que je n'étais pas "banckable". Vous savez, il a fallu convaincre la production. Je ne suis pas une star, c'est lui qui le dit». La seule comédienne française qui ne soit pas refaite, assure-t-il. Et d'ajouter qu'elle incarne « le genre de femme qu'on aimerait avoir à la maison ». Marie Bunel, qui me rappellera ses attaches en Roussillon (« Ma mère avait épousé un Catalan »), a fait beaucoup de télé ("La crim", "Une femme d'honneur", "Louis Page"...), et du théâtre. «En ce moment, je répète Tchekhov aux Bouffes du Nord», précise-t-elle. Au cinéma, des films d'auteurs (Coline Serreau, Christophe Honoré, Anne-Marie Miéville, Christian Vincent...), d'autres pas. Elle me rappelle que "La femme à abattre" en 1992 n'est resté à l'affiche qu'une petite semaine. « Chabrol, c'est mon papa au cinéma ». A-t-il changé ? « Je ne m'en rends pas compte. Je ne trouve pas même si j'ai un peu plus de distance. Sur le plateau, il ne dit pas grand-chose, il est à l'écoute de toutes les propositions. Il, fait deux prises qui partent au montage. Si on n'est pas bon, tant pis. Il a déjà tout le film monté dans sa tête. Il ne rassure jamais, ne dit jamais "c'est bien". Toute à l'heure, il m'a dit : "tu étais superbe". Mais le film est fini ».
« Qu'est-ce que c'est bien quand c'est écrit », lance-t-elle encore. Quand on a parlé de mon personnage, j'ai compris qu'il s'agissait de son propre couple. Claude et sa femme sont comme ça. On sent un amour tendre dans le sens intellectuel. Dans le film, on sait qu'ils ont traversé des choses compliquées et ont décidé de rester dans l'amour ». Marie Bunel est la femme du commissaire et le commissaire c'est Gérard Depardieu. « C'est quelqu'un qui prend énormément de place. Il était très respectueux envers moi. Il avait dit : "Je ne veux pas d'une starlette". Quand il se met à jouer, c'est une bête de jeu. Moi, je suis une comédienne, lui est une star ».
R.P.

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