11/03/2009

Mémoire de figuier

Pierre Pitiot a longtemps fréquenté les salles obscures. Une assurance sur l'imaginaire, le rêve. Il en a gardé une passion pour les actrices, ces Marguerite Moreno de sa jeunesse "carrée dans son fauteuil d'osier" – non pas celui d'Emmanuelle – tirant "de brèves bouffées de son fume-cigarette en ivoire". Tout ça, parce qu'un jour de l'année 1896, donc après l'invention du Cinématographe par messieurs Auguste et Louis Lumière, deux types bizarres étaient arrivés l'été prendre les eaux de mer à Paludes - un toponyme imaginaire -, station balnéaire à un rien à vol d'oiseau de Montpellier.
Ludovic Tavernoche et Eugène Promio exerçaient la toute jeune profession d'opérateur de prise de vue pour les deux industriels lyonnais. Ce même Promio devait inventer quelque temps plus tard le premier travelling de l'histoire du cinéma sur une gondole dans le Grand Canal à Venise. En ce mois de juillet chaud pour les estivants, mais pas plus que ça pour les indigènes, l'un des bagages de Tavernoche pouvait susciter la curiosité : une boîte en bois verni avec manivelle. Un appareil expérimental dont Ludovic comptait bien apprendre le maniement. On l'a compris, sous la plume de Pierre Pitiot venait de naître l'une des premières caméras Carpentier.
L'auteur dont l'imagination n'a pas de borne, nous ouvre son coeur de cinéphile et de Méditerranéen. S'il passe beaucoup d'heures dans les cinémas c'est pour mieux jouir ensuite de la lumière incomparable de sa Méditerranée. Et pour peu qu'elle soit au coeur de ce même cinéma, il s'en fait tout un festival. A Montpellier il préside même celui qu'il a contribué à initier. Aussi est-il devenu une mémoire du cinéma, du festival, une boîte à souvenirs dont les premiers remontent comme chacun sait à l'enfance. Il pourrait être un chêne dont l'écorce protège le vin des courants d'air ou cet olivier qui donne des envies d'escapade en Catalogne. Non, Pierre Pitiot a choisi pour parler en son nom, le figuier, l'arbre par lequel "Adam et Eve ont commis la première gaffe de leur toute récente existence". Il aime bien cette idée que son figuier ait été l'arbre du péché. On reconnaît bien là l'épicurien.
A Paludes, l'été 96, Ludovico s'embarquait régulièrement avec sa boîte magique dans la barque d'un pêcheur le long du canal. Un matin, Ludovico que la barque avait amené près de la voie ferrée, eut l'idée de filmer un train à l'arrêt "en se déplaçant sur toute la longueur". Malheureusement au retour, la bobine disparut en mer et l'on ne vit jamais sous les halles, les baraques foraines et les salles de cafés-concerts "l'entrée du train en gare de Paludes".
Quelque part un figuier "monte une garde solitaire" sur le rivage des souvenirs.

Richard Pevny
"Le figuier" de Pierre Pitiot chez Domens imprimeur-éditeur à Pézenas (www.domens.fr)

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