13/04/2009

Villa Amalia

villa.jpgCela commence dans une nuit de polar. Une voiture en suit une autre dans une rue pavillonnaire de la banlieue parisienne. Sur le perron d'une maison, un couple s'embrasse. Derrière la grille, Ann, pianiste concertiste, assiste à la trahison de son compagnon. Un homme la surprend dans cette attitude de voyeuse. Georges (Jean-Hugues Anglade dont les trop rares apparitions sont des moments de grâce qui comptent dans le cinéma français), est un ami de jeunesse perdu de vue. Coupant les ponts avec Thomas le compagnon à la double vie, Ann s'ancre chez Georges qui accepte de lui ménager une retraite bien à elle au fond de son jardin, le temps de faire le vide dans son autre vie. Tout y passe, l'appartement spacieux, les vêtements, photos, souvenirs, jusqu'au piano de concert, le seul être on imagine qui manquera désormais à sa vie. Ann n'a plus qu'une envie : partir, très loin. C'est une vie d'errance qu'elle mène désormais, de train en train, de chambre d'hôtel en chambre d'hôtel, sans autre bagage que les vêtements qu'elle porte, les abandonnant pour d'autres selon les saisons et les climats locaux.
C'est dans le sud de l'Italie, dans une maisonnette au confort spartiate, suspendue au-dessus de la Méditerranée, qu'Ann se pose en posant son regard sur un océan de silence salvateur. Ann s'abandonne enfin au vide. Alors peut se faire entendre la belle voix du contre-ténor Gérard Lesne dans un air du Purcell. Logique, "Villa Amalia" est adapté par Benoît Jacquot ("La fausse suivante", "Tosca", "Adolphe"...)du roman éponyme de Pascal Quignard ("Tous les matins du monde", "La leçon de musique"...), grand amateur de musique baroque. C'est la cinquième fois que le réalisateur des "Ailes de la colombe" et Isabelle Huppert travaillent ensemble, et chacun de leurs films est un mouvement d'une même partition. De cette musique, Isabelle Huppert plus magnifique que jamais, en est la soliste. Elle est ici dans le plus total abandon, hormis les quelques scènes où elle libère son énergie dans la natation; et lorsqu'elle retrouve son père, au cimetière d'une bourgade bretonne où l'on enterre sa mère. Son père qui l'a abandonnée petite, pour poursuivre une carrière prestigieuse de chef d'orchestre en Allemagne. Il n'y a plus de non-dits, de rancoeurs, de colère rentré, juste la dernière déclaration d'amour d'un père à sa fille.
R.P.

16:14 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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