15/04/2009

Dans la brume électrique

"La Nouvelle Orléans est une morgue". Cette phrase souligne bien le caractère désespéré du dernier film de Bertrand Tavernier filmé dans une Louisiane marquée par l'ouragan Katrina. D'entrée, la caméra du chef opérateur Bruno de Kayser nous en montre la cicatrice dans un long travelling poignant. "Dans la brume électrique" est un polar, adapté d'un roman de James Lee Burke ("Dans la brume électrique avec les morts confédérés"), mettant en scène un flic obstiné à la recherche d'un serial killer. A New Iberia, de jeunes femmes sont assassinées dans des circonstances particulièrement sordides. L'inspecteur David Robicheaux est sur la piste du tueur, croit le tenir en la personne du mafieux Julius Balboni. Ce dernier, quand il ne détourne pas l'aide fédérale aux sinistrés de Katrina, finance le tournage d'un film avec la star Elrod Sykes. L'acteur a fait la découverte d'ossements humains enchaînés qui renvoie le flic à son lointain passé, quand le sud de son enfance était une terre de lynchage.
La violence brute imprègne "Dans la brume électrique", colle à la peau de tous les personnages marqués par la honte et la culpabilité. C'est la violence des armes à feu, du climat, des superstitions locales... Robicheaux est un flic intègre, un homme de coeur même. Un flic en colère, d'une colère sourde, n'hésitant pas à trafiquer les preuves pour accélérer l'enquête dans ce qu'il croit être le sens de la vérité. "C'est le film sur la Louisiane que les Américains n'ont jamais su faire", a dit Alain Corneau à Tavernier (1). Excepté un, peut-être, Clint Eastwood, dont le réalisateur de "Autour de minuit" et "Mississippi blues" aime citer l'ample mise en scène. Bertrand Tavernier nous offre l'image d'un sud crépusculaire et gangrené, hanté par les fantômes non apaisés de l'esclavage et de la guerre de Sécession.

R. P.

(1) Lire l'interview de Bertrand Tavernier en rubrique Travellings.

16:00 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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