29/04/2009

Cécile de France prend le voile pour ressusciter "Soeur Sourire"

soeur.jpgC'est une chanson assez banale, très cucul même, qui au début des années soixante a pris d'assaut les antennes de la radio, s'est immiscée dans les hit-parades, à fait un moment vaciller les fondations du twist, donné quelques sueurs froides à Johnny Stark l'agent de l'idole des jeunes, et vendu plus que le King de Memphis. Entre Elvis et les Beatles, un disque au titre énigmatique est venu jouer les trublions dans les bacs des disquaires. Au Golf Drouot, dans les vapeurs de marijuana, cet ange aux doigts longs et fins pinçant les cordes d'une guitare, eut fait un tabac. Un 45 tours au titre gainsbourgien (le type qui avait écrit pour France Gall "Annie aime les sucettes...", que cette dernière mit du temps à décrypter), mit en émoi le show-biz. "Dominique nique nique" fut ce tube qui rapporta pas mal de royalties au monastère de Fichermont près de Waterloo d'où la voix de soeur Luc-Gabriel s'était élevée au-dessus de la clôture, via le studio d'enregistrement de la firme Philips.
La comète était lancée, les paparazzi campaient devant la porte du monastère, le sourire de Soeur Sourire s'étalait à la une de Paris Match et de Life célébrant la "singing nun". La jeune fille qui était entrée en religion comme on entre en rébellion, rêvant de mission en Afrique, quand il ne s'agissait que de fuite en avant, finit par ne plus supporter ce lieu où elle avait trouvé un certain réconfort, rendit son voile, prit sa guitare et s'en alla, croyait-elle, conquérir le monde avec ses chansons. Mais ce que les gens aimaient chez Soeur Sourire, c'était autant l'habit que la voix. Privé de l'uniforme qui lui ôtait toute candeur, la voix de Jeannine Deckers se révéla somme toute ordinaire, quand on l'avait qualifiée de cristal. D'autant qu'elle tenta de s'engager dans un courant quasi révolutionnaire, entonnant des airs beaucoup moins innocents, dont l'un était une apologie de la contraception. Pour la hiérarchie catholique et les bien-pensants, la pilule se révélait amère. L'ex-religieuse se retrouva à chanter dans des bars miteux remplis de bouseux ivres de whisky lors d'une déplorable tournée canadienne. Elle touchait le fond, elle qui avait côtoyé les étoiles.
Au regard de notre époque, c'était il y a presque une éternité. Le film de Stijn Coninx, belge comme Soeur Sourire et Cécile de France, doit beaucoup à cette dernière. La comédienne, révélée en 2002 par "L'auberge espagnole" de Cédric Klapisch, a fait depuis un sacré chemin. Le réalisateur, présent aux Rencontres du cinéma de Gérardmer, en parle avec chaleur. « Je lui dois beaucoup », dit-il. Car ce "biopic" – contraction anglaise pour biographie filmée – faillit ne pas se faire. Cécile de France prit des cours de chant et de guitare – c'est même sa voix que l'on entend -, alors que la production n'était pas certaine. Il est vrai que derrière le voile de la dominicaine, il y a une jeune fille à la sexualité refoulée, qui doute, se cherche, fuyant un monde qui lui paraît mesquin pour le cloître, puis le cloître pour ce qu'elle croit être le bonheur sans la règle. Mais rejetée par le monastère, attaquée par le fisc, poursuivie par la presse qui révèle son homosexualité, l'histoire de "Soeur Sourire" se termine dans un trip façon "Thelma et Louise".
« C'est juste l'histoire d'une jeune fille en manque d'amour, souligne Stijn Coninx. Aujourd'hui, elle partirait oeuvrer avec Médecins sans Frontière », ajoute-t-il. A l'époque, la hiérarchie catholique ne fut pas très élégante envers la jeune Jeannine, lui interdisant d'utiliser la marque "Soeur Sourire", refusant de l'aider financièrement à un moment où le fisc lui réclamait des impôts. D'abord octroyée, l'autorisation de tourner dans un monastère près de Namur fut retirée au réalisateur, quand l'évêque apprit qu'il y serait mention de l'homosexualité de l'ex-religieuse. « J'ai dit à l'évêque que si je voulais tourner un film sur deux soeurs lesbiennes, je ferais un porno, ce serait beaucoup moins cher et très rentable ». L'évêque se rangea et le film put se tourner comme prévu. « Soeur Sourire n'avait pas de problème avec l'Eglise, elle avait un problème avec elle-même », ajoute Stijn Coninx. Après sept ans de travail, il est ravi que le film existe, même si, dit-il, « on ne fait pas un film pour changer le monde ».
Richard Pevny

15/04/2009

Dans la brume électrique

"La Nouvelle Orléans est une morgue". Cette phrase souligne bien le caractère désespéré du dernier film de Bertrand Tavernier filmé dans une Louisiane marquée par l'ouragan Katrina. D'entrée, la caméra du chef opérateur Bruno de Kayser nous en montre la cicatrice dans un long travelling poignant. "Dans la brume électrique" est un polar, adapté d'un roman de James Lee Burke ("Dans la brume électrique avec les morts confédérés"), mettant en scène un flic obstiné à la recherche d'un serial killer. A New Iberia, de jeunes femmes sont assassinées dans des circonstances particulièrement sordides. L'inspecteur David Robicheaux est sur la piste du tueur, croit le tenir en la personne du mafieux Julius Balboni. Ce dernier, quand il ne détourne pas l'aide fédérale aux sinistrés de Katrina, finance le tournage d'un film avec la star Elrod Sykes. L'acteur a fait la découverte d'ossements humains enchaînés qui renvoie le flic à son lointain passé, quand le sud de son enfance était une terre de lynchage.
La violence brute imprègne "Dans la brume électrique", colle à la peau de tous les personnages marqués par la honte et la culpabilité. C'est la violence des armes à feu, du climat, des superstitions locales... Robicheaux est un flic intègre, un homme de coeur même. Un flic en colère, d'une colère sourde, n'hésitant pas à trafiquer les preuves pour accélérer l'enquête dans ce qu'il croit être le sens de la vérité. "C'est le film sur la Louisiane que les Américains n'ont jamais su faire", a dit Alain Corneau à Tavernier (1). Excepté un, peut-être, Clint Eastwood, dont le réalisateur de "Autour de minuit" et "Mississippi blues" aime citer l'ample mise en scène. Bertrand Tavernier nous offre l'image d'un sud crépusculaire et gangrené, hanté par les fantômes non apaisés de l'esclavage et de la guerre de Sécession.

R. P.

(1) Lire l'interview de Bertrand Tavernier en rubrique Travellings.

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Bertrand Tavernier : "J'avais envie d'un vrai polar, et quitte à aller tourner en Louisiane, je ne voulais pas faire le millième polar américain"

taver.jpg
Est-ce le roman de James Lee Burke ou le fait qu'il se déroule en Louisiane qui a été pour vous l'élément primordial?
C'est le roman de Burke qui m'adonné envie de découvrir ce monde que je ne connaissais pas, en dehors de La Nouvelle Orléans. J'ai toujours fait des films avec l'envie d'explorer des territoires inconnus. Une partie de mon excitation consiste à essayer de découvrir, d'apprendre, de regarder. J'ai été ébloui par ces lieux et j'ai essayé d'en restituer la beauté, la magie. Et puis j'avais envie d'un vrai polar, d'un polar qui ne soit pas conventionnel, et quitte à aller faire un film là-bas, je ne voulais pas faire le millième polar américain.

"Dans la brume électrique" est un sujet complexe. Quelle a été la principale difficulté de l'adaptation?
Le roman est complexe, certes, mais souvent ce thème de la double enquête, on le trouve dans beaucoup de romans noirs, à commencer par Chandler. S'ajoutaient beaucoup de personnages très haut en couleur qu'il ne faut pas trahir. On a fait des choix, décidé d'éliminer toute la partie judiciaire. On a essayé de retenir dans certaines parties du livre ce qui nous touchait le plus. En le relisant ces jours derniers, je trouve que l'on a fait un travail d'adaptation absolument formidable, avec l'aide Tommy Lee Jones, quelquefois de Burke. On retenait de scènes qui faisaient cinq pages, les vingt répliques au cœur du sujet. Il y a eu quatorze versions du scénario.

Très vite, on a ce travelling impressionnant dans un quartier totalement ruiné par l'ouragan Katrina. Il était évident pour vous que cette catastrophe devait être intégrée au scénario?
Ecoutez, vous ne pouvez pas venir à La Nouvelle Orléans et ignorer Katrina. Même par rapport aux gens qui nous aidaient pour le tournage, cela aurait d'une arrogance incroyable de leur dire après tout ce qu'ils avaient vécu: votre histoire ne nous intéresse pas. En plus, je trouve que Katrina donnait au film une force supplémentaire. Et James Lee Burke a trouvé l'idée excellente. On comprenait encore mieux la rage de Robicheaux (le flic interprété par Tommy Lee Jones, ndlr), la colère qu'il a, comme le dit le général, contre des gens stupides et malfaisants qui détruisent le pays dans lequel vous êtes né.

Le mafieux Balboni dit à un moment: "La Nouvelle Orléans est une morgue"…
En même temps il y contribue. Il fait partie de ces gens qui pillent La Nouvelle Orléans. Moi, cela m'intéressait beaucoup plus de filmer ces décors que de faire comme dans le roman, et aller dans le quartier français montrer Dave Robicheaux rencontrant un indic dans une boîte à strip-tease. Les boîtes à strip-tease dans le quartier français, j'ai l'impression de les avoir toutes vues dans des films tournés à La Nouvelle Orléans. En revanche, une église abandonnée dans lequel un mec fait du trafic dont on ne sait quoi, ça m'intéresse plus. Cela correspond à une réalité sociale et économique de maintenant. Un quart de l'aide fédérale a été détourné entre les politiciens corrompus, la police et la mafia. Ce qu'on apprend dans les livres de Burke c'est que la mafia, que l'on croyait reléguée à la Floride et New York, est extrêmement puissante à La Nouvelle Orléans. Peut-être même que c'est de La Nouvelle Orléans que la mafia a télécommandé l'assassinat de Kennedy. C'est ce que pense Burke.

Tommy Lee Jones m'a semblé assez proche du personnage qu'il interprète dans "No country for old men" des frères Coen. Un type qui va jusqu'au bout de ce qu'il pense être la vérité, quitte à falsifier les preuves pour accélérer les événements?
Je le trouve génial dans le film des Coen, mais il a perdu ses illusions. Ici, il continue à se battre, il n'abandonne pas. En revanche, il y a des moments où il est perdu, fragile. Il n'a pas beaucoup donné ce genre de couleurs et là il le fait de manière sublime. Je pense que c'est l'un des plus grands acteurs avec qui j'ai travaillé. C'est quelqu'un de complètement surprenant. Il réussit à contrôler son jeu, à le réduire à presque rien, mais avec ce minimum il apporte des nuances incroyables. Il me fait penser à ces très grands musiciens de jazz, tel Milles Davis, qui pouvaient avec deux notes transformer une mélodie. C'est le grand génie de Tommy Lee Jones. Il a un niveau de professionnalisme qui oblige ses partenaires à se hisser à sa hauteur. Remarquez ils étaient tous remarquables et lui était très admiratif d'eux.

Et vous l'étiez de lui?
Moi, j'étais admiratif de voir Tommy soit avec John Goodman, soit avec Mary Steenburgen, soit avec Peter Sarsgaard. Quand on aime les acteurs, c'est un bonheur. Vous auriez envie de faire quinze prises, mais vous n'en avez besoin que de deux ou trois. Ils sont immédiatement bons, tout de suite. Ils vous touchent, vous émeuvent. Avec Peter Sarsgaard, la manière dont ils se parlent tous les deux, dont Peter réagit à ses phrases… Dieu sait si j'ai été gâté avec des comédiens en France.

A quel moment avez-vous pensé à Tommy Lee Jones?
Tout de suite. Je ne voyais pas qui pourrait le jouer en dehors de lui.

Et lui?
Il a mis du temps. Ce sont les stars américaines. On rentre dans un autre monde. Celui des agents, de l'argent qu'il faut déposer en attendant une réponse. Je me suis endetté à cause d'une réponse qui devait venir dans une semaine et qui est venue que trois mois après. En attendant, je payais des intérêts.

Et le tournage lui-même avec des équipes américaines?
J'ai été obligé de devenir membre du syndicat des réalisateurs pour 53000dollars.

Pour rester dans ce domaine, il y aura je crois deux versions, l'une montée en France, l'autre montée aux Etats-Unis?
Je n'en pouvais plus de travailler avec le monteur américain. J'étouffais. Je suis donc revenu en France où j'ai donc fait la version que je voulais avec un monteur français. Aux Etats-Unis, il y a une version qui selon les termes du producteur convient au goût du public américain.

L'avez-vous vue?
Je n'ai pas le droit d'en parler. Et je n'ai pas le droit de dire que je n'ai pas le droit d'en parler. Ce sont les accords d'avocats américains. Vous, vous pouvez la voir, elle est disponible sur le net, vous avez le droit de la commenter, moi je n'en ai pas le droit, juste de dire qu'il y a une autre version.

Que vous reste-t-il de cette expérience?
Des rencontres avec beaucoup de gens formidables dans beaucoup de postes, le musicien Marco Beltrami. On va d'ailleurs créer un CD à télécharger de la musique du film. Rencontres aussi avec les gens du son, la décoratrice, tous les acteurs et enfin la rencontre avec James Lee Burke. C'est un type d'une drôlerie, d'une chaleur, d'un humanisme, d'une combativité…

Nous n'avons pas évoqué le climat qui joue un rôle significatif ?
Deux, trois fois, on a dû abandonner des lieux de tournage parce qu'un cyclone arrivait. Je suis entrain de terminer mon journal de tournage et je relisais qu'un soir le premier assistant est venu me dire: Bertrand, il faut qu'on arrête, je sais qu'il reste cinq plans à faire, mais si on reste une heure de plus, on ne pourra pas revenir.

Plus tard, que voudriez-vous qu'on dise: que "Dans la brume électrique" est un film américain de Bertrand Tavernier ou un film de Bertrand Tavernier tourné aux Etats-Unis?
C'est un film de moi! Peut-être que c'est un film de moi tourné aux Etats-Unis. Je ne sais pas s'il est américain ou français. J'ai eu les deux sons de cloche. Alain Corneau m'a dit que c'est le film sur la Louisiane que les Américains n'ont jamais su faire. Ils n'ont jamais réussi à avoir cette liberté de ton et puis cette connaissance de la culture de la Louisiane, que peut-être nous, les Français, on a. Je parle de cette Louisiane du sud, rurale, provinciale qui est aussi éloignée de La Nouvelle Orléans que peut l'être le territoire décrit par Faulkner de grandes villes comme Atlanta ou Huston. On est dans un autre monde, dans un autre accent, des gens qui parlent avec un autre vocabulaire, qui se réfèrent à d'autres codes linguistiques. Je pense que c'est un des films dont je suis vraiment fier. J'aime bien le fait que ce soit le compagnon de "Coup de torchon". Je les verrais bien tous les deux dans un même DVD. Comme par hasard ce sont deux auteurs de polar du sud (1). Pourquoi ai-je été spécialement attiré par deux auteurs du sud? Je pense que c'est un territoire vierge que je ne connaissais pas, alors que certaines villes américaines, j'ai l'impression de les connaître à travers le cinéma américain. Comment est-ce que je peux filmer New York aussi bien que Sydney Lumet qui y a fait cinquante-deux films…

A propos de votre livre "Amis américains", de ces cinéastes qui vous ont nourri, inspiré…
Ils m'ont inspiré tout le temps, mais pas pendant le tournage. Pendant le tournage, je ne suis pas cinéphile. Noiret m'avait dit quelques semaines après le début du tournage de "L'horloger de Saint-Paul", que la seule chose qui lui avait fait peur c'est que la connaissance que j'avais du cinéma soit un frein. Il m'avait dit: à partir des deux premiers jours, j'ai été rassuré. Jamais dans "L'horloger de saint-Paul" je n'ai fait allusion à un autre film, à un autre plan. Seuls comptaient les sentiments du personnage. Et "Dans la brume électrique",c'est pareil. Ce que je regardais un peu quand j'avais un moment, c'est "La grande illusion", "La bête humaine", "La règle du jeu", "Le corbeau", "Touchez pas au grisby"… essentiellement des films français. D'abord ça me donnait du courage, et puis de voir comment Renoir dirigeait ses acteurs, tout d'un coup ça m'inspirait. Si j'ai pensé à un moment à un cinéaste, en me disant j'espère retrouver ce style de mise en scène un peu ample, un peu vaste, c'est peut-être à Clint Eastwood dans ses derniers films. Vous avez l'impression que ses plans englobent les personnages, mais englobent aussi le monde qui entoure les personnages. Chez beaucoup de cinéastes actuels, contrairement aux cinéastes qui sont dans "Amis américains", je ne sens pas l'Amérique. Je sentais l'Amérique chez Ford, chez Huston, chez Wellmman, chez Hataway. Je sentais une vision de l'Amérique, je sentais respirer une certaine époque de l'Amérique, l'âme du pays, le climat du pays. Il y a beaucoup de cinéastes aujourd'hui dont je ne saurais dire s'ils sont républicains ou démocrates, alors qu'on le sentait pourtant chez des gens qui faisaient des films de studios.

Vous allez vous attaquer à une adaptation de "La Princesse de Montpensier" de Madame de La Fayette. Rien à voir avec ce qu'a dit Nicolas Sarkozy à ce propos?
Ce qu'a dit Sarkozy, vous le balayez en deux phrases, mais vous ne passez pas deux ans de votre vie sur un projet pour répondre à une imbécillité. C'est une phrase qui dénote une inculture qui me dérange. Si je fais un film, c'est parce qu'il y a des personnages qui me touchent, un style qui me touche, une histoire d'amour qui m'émeut. Maintenant, je ne suis pas sûr de trouver l'argent et qu'en France les gens ont envie d'un cinéma en costumes qui se passe au XVIesiècle et n'est pas une comédie avec Eric et Ramzit.

Cela reste toujours aussi difficile de financer un film?
C'est toujours très difficile. Pensez, que l'on s'est fait blackbouler par Canal Plus à cause du rapport d'un lecteur qui disait qu'il fallait supprimer le général, c'est-à-dire la raison d'être du film. Je veux bien, mais en même temps, que c'est homme donne des leçons de littérature à James Lee Burke, lui explique comment on écrit un livre…

Vous faites toujours des films pour apprendre, pour paraphraser Michael Powell que vous aimez bien citer?
Toujours et là j'ai appris beaucoup de choses. Je suis devenu le spécialiste du boudin louisianais, de l’étouffé d'écrevisses et de la musique cajun qui est une musique formidable.

Interview recueillie par Richard Pevny

(1) "Coup de torchon" est adapté de "1275 âmes" de Jim Thompson.

13/04/2009

Villa Amalia

villa.jpgCela commence dans une nuit de polar. Une voiture en suit une autre dans une rue pavillonnaire de la banlieue parisienne. Sur le perron d'une maison, un couple s'embrasse. Derrière la grille, Ann, pianiste concertiste, assiste à la trahison de son compagnon. Un homme la surprend dans cette attitude de voyeuse. Georges (Jean-Hugues Anglade dont les trop rares apparitions sont des moments de grâce qui comptent dans le cinéma français), est un ami de jeunesse perdu de vue. Coupant les ponts avec Thomas le compagnon à la double vie, Ann s'ancre chez Georges qui accepte de lui ménager une retraite bien à elle au fond de son jardin, le temps de faire le vide dans son autre vie. Tout y passe, l'appartement spacieux, les vêtements, photos, souvenirs, jusqu'au piano de concert, le seul être on imagine qui manquera désormais à sa vie. Ann n'a plus qu'une envie : partir, très loin. C'est une vie d'errance qu'elle mène désormais, de train en train, de chambre d'hôtel en chambre d'hôtel, sans autre bagage que les vêtements qu'elle porte, les abandonnant pour d'autres selon les saisons et les climats locaux.
C'est dans le sud de l'Italie, dans une maisonnette au confort spartiate, suspendue au-dessus de la Méditerranée, qu'Ann se pose en posant son regard sur un océan de silence salvateur. Ann s'abandonne enfin au vide. Alors peut se faire entendre la belle voix du contre-ténor Gérard Lesne dans un air du Purcell. Logique, "Villa Amalia" est adapté par Benoît Jacquot ("La fausse suivante", "Tosca", "Adolphe"...)du roman éponyme de Pascal Quignard ("Tous les matins du monde", "La leçon de musique"...), grand amateur de musique baroque. C'est la cinquième fois que le réalisateur des "Ailes de la colombe" et Isabelle Huppert travaillent ensemble, et chacun de leurs films est un mouvement d'une même partition. De cette musique, Isabelle Huppert plus magnifique que jamais, en est la soliste. Elle est ici dans le plus total abandon, hormis les quelques scènes où elle libère son énergie dans la natation; et lorsqu'elle retrouve son père, au cimetière d'une bourgade bretonne où l'on enterre sa mère. Son père qui l'a abandonnée petite, pour poursuivre une carrière prestigieuse de chef d'orchestre en Allemagne. Il n'y a plus de non-dits, de rancoeurs, de colère rentré, juste la dernière déclaration d'amour d'un père à sa fille.
R.P.

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