23/05/2009

Cannes : Jacques Audiard, c'est du brutal !

Ce film parle de pouvoir, de filiation, de transmission. "Un prophète" du réalisateur français Jacques Audiard, évoque en 2 h 30 le milieu carcéral dans ce qu'il a de plus brutal. Ce n'est pas un hasard si l'un de ses scénaristes, Abdel Raouf Dafri, est aussi l'un de ceux qui ont écrit le diptyque "Mesrine". Jacques Audiard est le fils du légendaire réalisateur et scénariste Michel Audiard qui a offert entre autre au cinéma policier des dialogues que les cinéphiles aiment citer entre eux comme l'on dirait quatre vers de Verlaine. Jacques Becker et José Giovanni ont évoqué avant lui cet univers carcéral avec la même acuité. Orphelin et analphabète, Malik, 19 ans, est envoyé en Centrale pour purger six ans de prison. Sans ami, sans protection, il tombe sous la coupe des Corses, le clan le plus nombreux derrière les barreaux, qui vont l'utiliser pour éliminer un témoin gênant en attente de procès. Dès lors, Malik accomplit pour Lucciani leur parrain -extraordinaire composition de Niels Arestrup- plusieurs missions. La prison est aux mains des Corses, tant du côté des taulards que des matons, ce que va apprendre Malik. Le jeune homme fait son chemin, comme l'on prépare son entrée dans le monde ; pour lui, ce sera le monde des truands. Il apprend à lire, créé ses propres réseaux, organise des trafics, troque sa protection auprès des Corses contre celle des barbus désormais les plus nombreux. Entré quasi vierge, il en sortira n'en doutons pas caïd. "Ce qu'il peut apprendre à l'intérieur lui servira à l'extérieur", souligne Jacques Audiard qui traite la prison "comme une métaphore de la société".

 

Reste que le cinéaste ne nous livre pas une étude sociologique de l'univers carcéral, ne s'abîme pas dans le fait de société. "Aujourd'hui, si l'on aborde un film sur la prison, on a soit le documentaire, soit l'image que renvoient de la prison les séries américaines avec des stéréotypes qui ne nous appartiennent pas", dit le réalisateur. L'histoire oppose "un milieu constitué mais vieillissant, dont les structures sont vermoulues", dit le réalisateur, à un autre milieu lui aussi fermé et qui lui aussi a sa propre langue, sa propre culture, et "qui annonce un nouveau prototype de criminels", ajoute-t-il. Quand on évoque devant lui le cinéma américain et son influence, le réalisateur de "Regarde les hommes tomber" et "De battre mon coeur s'est arrêté", dit que l'on peut aussi voir "Un prophète" comme un western, "un Liberty Valance mais sans John Wayne".

 

Dans "Un prophète", Tahar Rahim dans le rôle de Malik fait des pas plutôt prometteurs sur grand écran. Cet ancien élève de l'Université Paul Valéry à Montpellier section cinéma, Jacques Audiard l'a découvert dans la série télévisée "La Commune". "Il était à l'arrière d'une voiture que je conduisais. Je le regardais certain à ce moment-là qu'on travaillerait ensemble". Le film se déroulant en très grande partie en prison, Jacques Audiard en a visité plusieurs, "le modèle Giovanni", dit-il. Trop, anciennes. Et comme il lui était impossible de tourner dans des maisons d'arrêt en activité, la production en a fait construire le décor d'une, non pas modulable comme cela se fait, mais en dur. Dur comme l'est devenu Malik à la fin, après une traversée quasi biblique du désert 40 jours et 40 nuits au mitard. On peut alors y voir un acte rédempteur.

Richard Pevny

 

 

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