23/05/2009

Cannes : Jane Campion brillante étoile

Jane Campion est une enfant du Festival de Cannes. En 1986, elle obtient sur la Croisette une Palme d'or pour "Peel", l'un de ses trois premiers courts métrages. En 1989, son premier long métrage, "Sweetie" est en complétion, le suivant, "Un ange à ma table" recevra sept prix à la Mostra vénitienne, et ce n'est qu'en 1993 que la réalisatrice néo-zélandaise revient à Cannes avec "La leçon de piano" qui se voit décerner la Palme d'or, la première à une femme. On ne pouvait la rater sur la photo du soixantième anniversaire, en 2007, seule femme Palme d'or au centre d'un aréopage masculin. Autant dire que cette année dans un jury majoritairement féminin, Jane Campion ne manque pas d'atouts, avec un film qui relate quelques mois dans la vie du poète anglais John Keats. Son dernier amour à Hampstead, un faubourg de Londres, entre 1819 et 1820, pour la jeune Fanny Brawne qui lui inspirera dans la réalité ses plus belles lettres d'amour, les dernières puisque le poète malade de tuberculose et sans argent, envoyé par ses amis se requinquer en Italie, décédera à Rome en février 1821. Il n'avait que 25 ans et ne connut la gloire qu'après sa mort. Le titre même du film de Jane Campion, "Bright Star" ("Brillante étoile") est emprunté à un poème que composa Keats pour sa bien-aimée. Voilà une magnifique mais tragique histoire d'amour à la Roméo et Juliette, quoique sans Capulet ni Montaigu. Une histoire belle, chaste et pure, sans sexe, ni voyeurisme. Juste de la passion et une retenue toute victorienne.

L'histoire qui se déroule en grande partie dans la maison d'Hampstead, est une ode à la poésie de John Keats, dont les vers sont comme une deuxième BO, agissent comme une musique envoûtante, inspiratrice pour le spectateur d'émotions. Les mots les plus passionnés ne sont-ils d'ailleurs pas échangés durant la séparation du couple, ce qui fait écrire à Fanny : "Nous ne pouvons pas avoir été créés pour supporter une telle souffrance". Et lui répond : "N'êtes-vous pas cruelle de m'avoir ainsi envoûté". On est dans la langueur, pas dans la longueur.

Parce qu'elle trouve les films historiques "un peu guindés", Jane Campion a choisi deux acteurs "intensément vivants". L'acteur britannique Ben Whishaw qui avait tenu le rôle de Jean-Baptiste Grenouille, le héros du "Parfum, histoire d'un meurtrier" de Tom Tykwer, n'avait pas juste le physique agréable, mais une diction à la hauteur du texte pour interpréter le rôle de John Keats, et nous rendre son trouble non pas distant et éthéré mais proche et communicatif. Quant à l'Australienne Abbie Cornish, déjà détentrice d'un joli palmarès dans son pays, elle a apporté sa fraîcheur, sa légèreté et de cette profondeur que l'on déniait aux femmes dans la société bien pensante de cette époque-là.

 

Richard Pevny

 

 

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