23/05/2009

Cannes : "Les chats persans", l'underground iranien

Le réalisateur iranien Bhaman Ghobadi a pensé un moment que Roxana Saberi, la coscénariste des "Chats persans", et par ailleurs sa compagne, pourrait être à Cannes pour donner un coup de projecteur à son cinquième long métrage, mais la journaliste américano- iranienne, tout juste libérée de prison, y a renoncé par sécurité pour sa propre famille. Reste que Bahman Ghobadi n'est pas un inconnu sur la Croisette où son premier film, "Un temps pour l'ivresse des chevaux" y a obtenu en 2000 la caméra d'or, et où il a présenté en 2002 le suivant, "Les chants du pays de ma mère".

Le réalisateur a la musique chevillée au corps. "Si je n'étais pas devenu cinéaste, je serais musicien ou chanteur", aime-t-il dire. Lui-même prépare son premier album, sans autorisation, car la musique en Iran est considérée comme impure. "Les chats persans" est une plongée dans l'underground musical de la capitale iranienne. C'est une fiction dans laquelle tout ce qui est montré ou vécu est assez conforme à la réalité. Le tournage à l'extérieur s'est fait lui-même à la sauvette avec une caméra numérique, dans une voiture ou sur des motos, et dans l'urgence pour ne pas se faire repérer par la police, faute là encore d'autorisations. Le montage haché en porte d'ailleurs la marque.

Il est probable que ce film ne verra jamais le jour en Iran, ou alors en DVD distribué sous le manteau. On y voit des groupes d'Indie rock répétant dans des étables au milieu des vaches, des caves à l'isolation incertaine, des parkings ou dans les étages d'immeubles en construction. La plupart comme les deux héros, Negar et Ashkan sont à la recherche de passeports ou de visas pour aller jouer à l'étranger, et ceux qui restent interpellent l'autorité suprême : "Dieu réveille-toi, j'ai à te parler". Un blasphème au pays des mollahs.

R. P.

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