23/05/2009

Johnny Hallyday "Samouraï" de Johnnie To

johnny.jpgIl porte l'imperméable comme Alain Delon dans "Le Samouraï" de Jean-Pierre Melville ; une façon pour le cinéaste hongkongais Johnnie To de rendre hommage au réalisateur français dont il veut réaliser depuis longtemps un remake du "Cercle rouge". D'ailleurs, Johnny Hallyday, puisqu'il s'agit de lui, ne porte pas seulement l'imper du "Samouraï" mais aussi le nom : Costello.

On ne sait pas grand-chose de lui, qu'il est restaurateur, qu'il a de l'argent, et qu'il y a longtemps, il a pris une balle dans la tête ; qu'il vit depuis avec la hantise de perdre un jour la mémoire. Alors, il prend des polaroïds des lieux, des gens, des trois tueurs du massacre de sa famille à Macao. Il est justement là pour venger sa fille (Sylvie Testud), l'unique rescapée de la tuerie. La vengeance fait partie du code d'honneur des gangsters. Il l'a sans doute été dans une autre vie. "Vengeance" est un polar noir, crépusculaire, à la manière de Johnnie To, c'est-à-dire expéditive. Les trois tueurs qu'engage Costello pour lui venir en aide, sont aussi les bras armés de George Fung le commanditaire du meurtre de son beau-fils et de ses deux petits-enfants. Mais chez ces gens-là on ne reprend pas la parole donnée, ou comme le dit Lee Van Clef avec son cynisme légendaire dans "Pour une poignée de dollars" ; "Je finis toujours le travail pour lequel on me paie". C'est vrai qu'il y a quelque chose de Sergio Leone dans ce film, notamment le duel final où nos justiciers au centre d'un cercle imaginaire affrontent la triade de Fung dans une décharge à ciel ouvert, chacun poussant des ballots de papiers à recycler comme boucliers. On pense à tous les duels des films de Leone sur ces petites places circulaires où Clint Eastwood construisait sa propre légende. Mais "Vengeance" peut aussi nous renvoyer au Sam Peckinpah de "La horde sauvage" dans ce jeu mortel de cache-cache avec la lune où l'on fait parler les armes dans de superbes ralentis.

Johnny Hallyday, figé, impalpable, un peu à la manière d'Eastwood, évolue dans un Hong Kong souvent nocturne, des rues grouillantes éclairées aux néons aux couloirs impersonnels d'hôtels à l'éclairage froid, clinique, jusqu'à la maison du massacre aux murs tachés de sang, où Costello improvise un déjeuner pour ses partenaires qui deviendront un peu ses amis, lorsque les yeux bandés il démonte et remonte un Beretta. Ils comprennent alors que ce Français est l'un des leurs. Que reste-t-il de la vengeance quand on a oublié jusqu'à son nom ? A la fin, Costello ne sait plus lequel est son ennemi et n'a pour le reconnaître que quelques indices visuels, qu'une bande d'enfants lui préparent comme les cailloux d'un Petit Poucet. Costello est un être neuf, sans passé, mais non plus sans famille. Pour Johnny Hallyday ce film pourrait être une renaissance dans le cinéma.

 

R.P.

 

16:34 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.