29/05/2009

Cannes : pas "Prophète" en son pays

"Je pense que l'on va me remettre quelque chose, mais je ne sais pas quoi", disait, hier soir, sur les marches à Cannes le Français Jacques Audiard, réalisateur du film le plus plébiscité par la presse internationale ces jours derniers. Mais d'excellentes critiques ne font pas le palmarès, encore moins une Palme d'or, alors que des rumeurs circulaient sur un jury disait-on divisé. En bref, entre la présidente Isabelle Huppert et le cinéaste américain James Gray c'était loin d'être "Two lovers", pour rappeler le titre du dernier film de James Gray. Reste que contrairement à l'an dernier, la Palme d'or n'a pas été remise "à l'unanimité"; c'est peut-être un signe.

Pour le reste, on pourra toujours regretter que Jacques Audiard soit resté à une marche de la Palme, mais "Un prophète", n'en doutons pas, aura en salles cet été le succès qu'il mérite. Il y avait certes un tas de bonnes raisons à primer le film de Michael Haneke. La presse, elle, n'en trouvait qu'une moins bonne : le cinéaste autrichien était celui qui avait permis à Isabelle Huppert de remporter le prix d'interprétation féminine en 2001 pour "La pianiste". Lui-même avait obtenu en 2005 le Prix de la mise en scène pour "Caché", qui lui avait aussi valu le César du meilleur réalisateur. D'un autre côté, on n'allait pas lui refuser la Palme d'or qu'il méritait, sous prétexte que la présidente du jury... etc.

Mais un palmarès à Cannes est surtout fait de grands absents, à commencer par Pedro Almodovar dont "Etreintes brisées" n'a pas séduit la part féminine du jury (5 contre 4). Almodovar qui n'y croyait pas (tout en espérant sans doute comme tous). Autre séducteur éconduit, Eric Cantona dans le Ken Loach, "Looking for Eric", le film sans doute le plus optimiste et au final le moins dépressif du festival, comparé à "Antichrist" de Lars von Trier primé à travers l'interprétation "intense, douloureuse et excitante" de Charlotte Gainsbourg, "Nuits d'ivresse printanière" du Chinois Lou Ye (Prix du scénario), ou "Kinatay" du Philippin Brilante Mendoza (Prix de la mise en scène). Que sont devenus Jane Campion et son poétique "Bright star", Marco Bellochio, Ang Lee et sa balade nostalgique du côté de Woodstock, le Palestinien Elia Suleiman, Tarantino, Johnnie To... on ne saurait saluer plus brillante que cette 62e sélection. Mais un palmarès se résume à sept prix, et ils étaient vingt.

Enfin, a dû se poser le problème de ne pas laisser Alain Resnais, qui avait accepté que son dernier film "Les herbes folles" participe à la compétition, s'en retourner sans que le festival lui rende un hommage à la hauteur de son "expérience dans le cambouis" . D'où ce Prix spécial du 62e Festival de Cannes pour l'ensemble de son oeuvre, y compris ce film. Une "catégorie tout à fait surprenante" pour l'octogénaire réalisateur qui a dit sa surprise et son émotion. Un exemple pour tous ceux qui laissent "pousser leurs films comme des herbes folles".

 

Richard Pevny

 

Les commentaires sont fermés.