19/07/2009

"No pasaran", un sud-ouestern en Ariège

275_low.jpgL'un est d'Oléron-Saintes-Marie, l'autre est toulousain, "né à Balma", précise-t-il. Eric Martin et Emmanuel Caussé viennent de réaliser "une comédie canard gras" en Ariège, un western paysan sans mort par balles, sinon politiques, dans l'air du temps (hier comme aujourd'hui) avec élus corrompus et paysans résistants. D'où le "No pasaran" gueulé par la plus fêlée de tous ces contestataires, Inès "éco-terroriste" interprétée par Rossy de Palma, actrice emblématique de Pedro Almodovar. Ajoutez-y un avocat américain (Murray Head) qui a fait son trou en Ariège et pourrait voir d'un mauvais oeil une autoroute passer dans son champ de vision, sa fille, Scarlett (Elodie Navarre), une artiste excentrique et au demeurant fort jolie, et vous avez les principaux acteurs (plus la participation involontaire d'Eddie Murphy) d'une tragi-comédie comme le cinéma les aime, pour peu que le scénario tienne la route. Il est vrai que dans le cas de "No pasaran", c'est plutôt une autoroute qui va défigurer le paysage et la ferme de Maxence (Cyril Lecombe), un éleveur de cochons aux jambons appréciés. Maxence doit se sacrifier pour le bien de son cousin concessionnaire de 4X4, c'est-à-dire au profit du désenclavement de la vallée. Sauf "qu'une route n'a jamais désenclavé une vallée", dit Eric Martin. Car rien dans "No pasaran" n'est invraisemblable. Question cicatrice, la vallée d'Aspe, que connaît bien Eric Martin, en a été dotée d'une belle, sans contre-partie, pas même économique. Combien d'automobilistes pressés quittent les autoroutes pour goûter aux produits des terroirs ? Pourquoi s'arrêteraient-ils en Ariège, pour quelques fromages de brebis, quand les attendent les rayons bien garnis de discounters andorrans...

Aussi, leurs 36 jours de tournage, nos deux réalisateurs sont allés les passer en Ariège, "mon jardin d'enfance", dit Emmanuel Caussé, où "tout était dans un périmètre raisonnable", ajoute Eric Martin. Ils y ont trouvé non seulement un décor, mais des personnages bien trempés, suffisamment pour remplir le stade lors du match de rugby. "Il y a des figures qui ne s'incarnent pas", dit Eric Martin. Jusqu'à Jeanne, 94 ans, la grand-mère de Maxence, qu'ils ont repérée au col de Port où elle regardait passer les coureurs cyclistes.

Ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'était l'intrusion du politique sur leur plateau. A peine arrivés en Ariège, "nous avons reçu un coup de fil des Renseignements Généraux nous demandant comment nous savions pour le projet d'autoroute". Quant au président du conseil général, il s'est à ce point reconnu dans le personnage du député-maire "qu'il nous a interdit de tourner sur «ses» routes", souligne Eric Martin. Et Emmanuel Caussé d'ajouter : "Même la gendarmerie officiellement nous a ignorés. Les gendarmes venaient de leur propre chef sécuriser le tournage". La fameuse autoroute ariégeoise, c'est le futur axe Amsterdam-Barcelone par la vallée d'Ax-les-Thermes. Autant dire que le film a réveillé la contestation et chauffé les esprits. "Le président du conseil général a les oreilles qui sifflent", dit Emmanuel Caussé, qui avec son compère est allé présenter "No pasaran" aux Ariégeois ravis. "On nous a même demandé une version catalane, histoire de fédérer l'autre côté", ajoute le réalisateur. Autre pomme de discorde, l'ours qui fait dans le film une sortie remarquée. C'est leur côté cynique à nos émules du professeur Choron. Leurs goûts, assurent-ils, viennent de la comédie italienne, leur référence absolue est Sergio Leone. En toute modestie. Reste qu'ils ont peaufiné quatorze versions de leur scénario, se sont battus pour imposer leur vision du film, leurs acteurs, leurs décors... "No pasaran", c'est pas de la gnognote.

 

Richard Pevny

 

 

21:14 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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