25/11/2009

"Joueuse" de Caroline Bottaro

echecs.jpgLa terrasse d'un hôtel de charme quelque part sur la côte corse. Un couple d'Américains, elle, très légèrement vêtue, jouent aux échecs face au soleil levant. Dans la chambre, en retrait, Hélène, femme de chambre, les observe, envie leur passion l'un pour l'autre, fascinée par ces gestes empreints de sensualité qu'ils ont l'un envers l'autre, l'un contre l'autre face à l'échiquier. Hélène croise le regard de la jeune femme, et capte dans ses yeux son désir, le désir du jeu. Cette Américaine, c'est Jennifer Beals, connue des cinéphiles autant pour "Flashdance", que parce que Nanni Moretti passait une bonne partie de son film "Journal intime" à la chercher dans une Rome estivale. Dès ce jour, la vie d'Hélène, jusque-là discrète, presque effacée, faite de jours qui se ressemblent entre le réveil aux aurores, son parcours à vélo sur les petites routes départementales jusqu'à l'hôtel où elle travaille, et de l'hôtel au domicile de Kröger (Kevin Kline), un Américain grincheux et misanthrope -, Hélène bascule dès lors dans une autre dimension. Là voilà qui force son employeur à lui apprendre à jouer aux échecs, après une tentative un peu malheureuse auprès de son mari, Ange, un ouvrier amateur de jacquet. Pour elle, c'est comme si la découverte des échecs était ce qui manquait à sa vie, qui allait lui donner un nouveau sens, elle qui s'est oubliée dans son travail, s'est occupée de sa fille, de son mari, de sa modeste maison. Elle a désormais quelque chose de propre à elle, un jardin secret, quitte à passer ses nuits devant le jeu électronique qu'elle a offert à Ange, et le jour de confondre la terrasse de l'hôtel au dallage noir et blanc avec un échiquier, passant aux yeux de tous pour la folle des échecs. "Pour moi, c'est pire que si tu me trompais...", lui dit son mari. "Joueuse" est le premier long métrage de Caroline Bottaro qui a adapté le roman "La joueuse d'échecs" de Bertina Heinrichs, que cette dernière, qui était sa voisine de palier, lui avait fait lire à l'état de manuscrit. Mais c'est l'envie de tourner avec Sandrine Bonnaire qu'elle avait connue sur le tournage de "C'est la vie" de Jean-Pierre Améris dont elle était la scénariste, qui a été le plus fort. Une rencontre plutôt réussie.

 

R. P.

 

 

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