25/11/2009

Le bel âge des Ciné-Rencontres de Prades

prades.jpg Sur l'une des premières photos (Claude Nourric) de cette époque, on voit au balcon du cinéma le Lido, le violoncelliste Pablo Casals assis à côté du cinéaste René Clair. A Prades en 1959, un seul festival avait pignon sur rue, initié par le musicien catalan qui avait fait de l'abbaye Saint-Michel de Cuixà un îlot de résistance symbolique face à la dictature franquiste. D'entrée, ce qui ne s'appelait encore que les Journées de Prades, fut honoré de la présence de cet homme. Les soirées étant remplies par la musique, c'est entre 10 h et 19 h que le ciné-club local occupait le loisir de festivaliers venus essentiellement jusqu'à Prades pour y entendre Beethoven, Schubert ou Bach. Reste que ladite photo n'a pas été prise en 1959, mais en 1960. Cette année-là, la Rencontre de Prades, présidée par Pablo Casals et René Clair, se déroulait entre le 28 juillet et le 3 août, le festival prenant le relais le 4, proclamait un prospectus. Jusqu'en 1969, il n'y eut pas d'affiche officielle. En 1959 donc, un dépliant-programme, du genre ronéotypé, nous apprend que le vendredi 17 juillet 1959 serait présenté "Les Quatre-cents coups" de François Truffaut, qui venait d'obtenir au festival de Cannes, qui l'en avait banni l'année précédente pour mauvais esprit critique, un Prix de la mise en scène qui avait presque valeur de Palme d'or – qu'il avait semble-t-il ratée d'une voix -, et que les Journées de Prades présenteraient : "Avec l'aimable autorisation de MM. Font, directeurs du "Castillet" et du "Nouveau théâtre" à Perpignan". Du passage de Truffaut à Prades il ne reste qu'un article de l'Indépendant "retrouvé miraculeusement" et son autographe sur un programme. C'était il y a cinquante ans. Un album raconte cet âge d'or des ciné-clubs, l'histoire, parfois chaotique, de l'un des plus anciens festivals de cinéma de l'Hexagone, ces Rencontres de Prades qui prirent selon les années le vocable d'internationales. On y célébra dans la même ferveur cinéphilique Orson Welles et Samuel Fuller, Renoir et Kazan, Kurosawa et Milos Forman. On y vit Polanski, Bertoclucci, Joseph Losey, Marguerite Duras, Michel Deville, Louis Malle, Pierre Etaix, Bertrand Tavernier, Michel Piccoli ou Robert Guédiguian devenu l'un de ses plus fervents soutiens.

Lorsqu'on remonte le temps, c'est moins la mémoire de chacun des acteurs de cette aventure qui fait défaut, que les archives, trimbalées durant ces années héroïques d'un lieu à l'autre, quand un café faisait parfois office de permanence. Les greniers ou les caves ont cet avantage sur les garages, c'est que l'on peut y oublier indéfiniment les marques du passé, jusqu'à ce que quelqu'un vous sollicite parce qu'il serait souhaitable qu'un livre raconte la passionnante aventure d'un festival qui en oubliant de (se) gonfler exagérément, a gardé sa fraîcheur, cet esprit ciné-club qui a disparu ailleurs. Imaginez qu'à l'origine, un "jour de repos cinématographique" était décrété dans le programme, histoire d'aller saucissonner au chalet des Cortalets, puis d'en redescendre en lacets (!), un peu comme dans le Cannes d'avant le "bunker", journalistes et membres du jury allaient aux îles de Leirins banqueter et pétanquer, sans état d'âme pour le chef-d'oeuvre oublié qui au même moment était peut-être projeté salle Miramar.

A Prades, il y eu des débats enflammés, on s'y déchira pour un film, un réalisateur, la politique quelquefois. Il y eut des coups de chaleur l'année de "Au feu les pompiers". Les Ciné-Rencontres vont mieux, ses archives sont désormais déposées à la médiathèque dans un espace dédié à celui qui en fut des années durant le président, Robert Cortes. A Prades, on respire toujours la même convivialité sous les tilleuls de l'Hostalrich. Ce plaisir du cinéma y demeure.

 

R. P.

 

 

"Le festival de Prades 50 ans de passion" de Jeanne Labellie-Nicaise, Paule Nouvel, Jean-Paul Frère et Alain Rouzot. Alter ego éditions. 35 euros.

 

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