25/11/2009

Michael Moore l'anticapitaliste

moore.jpgC'est l'image étonnante d'un Michael Moore – son imposante stature ne risquant pas de passer inaperçue à Wall Street – entourant le bâtiment de la bourse new-yorkaise d'un de ces rubans jaune que l'on utilise sur les scènes de crime, et mégaphone en main, exhortant les financiers de la place boursière à se rendre.

Il est fort Michael Moore, parfois d'une mauvaise fois évidente lorsqu'il part récupérer les 700 milliards de dollars "prêtés" par le contribuable américain aux banques. Reste que son rôle de trublion qui n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat et le nez des dirigeants dans le caca, est presque devenu d'utilité publique. La crise actuelle est d'abord celle du capitalisme longtemps synonyme de rêve américain. Mais il y a belle lurette que pour Michael Moore, l'enfant de Flint, la ville de General Motors, ce rêve s'est brisé. Il y a même puisé la matière de son premier documentaire, "Roger et moi". Dans "Capitalisme : a love story", Michael Moore dénonce tous ceux "qui ont détourné notre économie et ont joué avec comme au casino". L'envers du capitalisme étant le communisme, tous les Américains vouent encore au capitalisme, producteur de richesses à l'infini, un amour sans borne. Et comme au Casino, ils espèrent un jour se refaire.

Mais quand le pays du billet vert sur lequel est gravé "In God we trust" (en Dieu nous croyons), perd jusqu'à 14 000 emplois par jour, le rêve américain prend alors des airs de déroute et des milliers de familles à revenus modestes se retrouvent à la rue ("Une famille est expulsée toutes les sept secondes et demi", affirme par ailleurs le cinéaste), leurs maisons vendues au profit des banques parce qu'elles ne peuvent plus faire face aux taux d'intérêt galopants. Et l'on a cet expulsé qui devant Michael Moore exprime sa colère : "Un jour, les gens qui n'ont rien se réveilleront et se retourneront contre ceux qui ont tout". Reste que le système se nourrit lui-même de la crise : les maisons saisies sont revendues par des vautours de l'immobilier au prix fort, des banques contractent sur leurs employés des assurances vie qui leur permettent, lorsque ceux-ci décèdent, de toucher gros. C'est immoral, pas illégal. L'anticapitalisme Michael Moore réussit son objectif : nous mettre en colère. On a même droit à une "Internationale", mais dans une version jazzy, plus Sinatra que Choeur de l'Armée rouge. Pas encore bolchevique le Michael, rassurez-vous !

R. P.

 

 

22:00 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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