25/11/2009

"Frost/Nixon" de Ron Howard

frost.jpgDans Frost/Nixon, un film qui emprunte tout à l'Histoire, le réalisateur américain Ron Howard ("Apollo 13", "DaVinci code") raconte comment l'ex-président Richard Nixon en est venu publiquement à présenter ses excuses à la nation américaine, lors d'un face à face en 1977, avec un animateur de télévision britannique, devant 45 millions d'Américains. Tout le film de Ron Howard raconte la préparation de ces interviews et ce qui en fut le point d'orgue, l'affaire du Watergate et les fameux enregistrements réalisés dans le bureau ovale dont 18 minutes furent effacées "par erreur". Nixon fut poursuivi pour abus de pouvoir et menacé de destitution par le Congrès, démissionna en août 1974, L'acteur Frank Langella joue un Nixon manipulateur à qui il emprunte les attitudes, au point que l'équipe ne l'appelait plus que "monsieur le président". Nixon qui avait toujours nié finira par lâcher : "C'était ma faute", lâchera-t-il dans la quatrième interview. "Une petite confession", dit Langella, comparée à la présidence calamiteuse de George W. Bush. "J'ai trahi notre système de gouvernement, dit-il. Et je devrai porter ce fardeau pour le restant de ma vie", avoue en 1977 Richard Nixon. En gros plan, Ron Howard montre un Nixon / Langella bouffi, ravagé par la solitude et sans doute le dégoût. Le plus ahurissant dans cette histoire est la réponse qu'il fait à l'animateur qui le questionne sur ses abus : "Je dis que quand le Président le fait, ce n'est pas illégal".

"Frost/Nixon" est un "Rocky pour intellectuels", selon Ron Howard, dans lequel tous les coups sont permis. Lassé d'être souvent envoyé dans les cordes, Nixon finit par jeter l'éponge. En bonus, nous sont proposées sept minutes de la véritable entrevue entre Frost et Nixon, ainsi qu'un sujet sur la Nixon library à Yorba Linda, lieu de naissance de l'ex-président, preuve que les Américains ont pardonné à Richard Nixon sa forfaiture en lui reconnaissant d'autres mérites.

Studio Canal. 19,99 euros.

 

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"Welcome" de Philippe Lioret

welcome.jpgJusque-là Simon était plutôt indifférent aux injustices qui frappaient les autres. Mais sa femme, bénévole dans une association qui vient en aide aux sans-papiers candidats à la traversée de la Manche, vient de le quitter. Simon partageait si peu son engagement. Et Simon se retrouve seul face au grand bassin de la piscine de Calais où cet ancien champion est maître nageur. Et voilà qu'arrive Bilal, réfugié kurde irakien. Il a parcouru 4 000 km à pied et veut apprendre à franchir les trente derniers kilomètres du bras de mer de cette nouvelle frontière mexicaine qui sépare la France de l'Angleterre. Une folie ! Simon n'est pas sourd à la détresse de Bilal mû par son désir de rejoindre à Londres sa petite amie, peut-être parce que lui-même veut par ce moyen reconquérir sa femme. Aussi, va-t-il jusqu'à héberger chez lui Bilal, tombant sous le coup du "délit de secours" pour aide aux sans-papiers, dénoncé par son propre voisin. "Welcome" de Philippe Lioret ("Je vais bien ne t'en fais pas" en 2007) évoque certains alinéas noirs de notre législation, comme si une loi pouvait stopper ce mouvement naturel qui conduit des hommes chassés de chez eux par la guerre, des régimes dictatoriaux ou la nécessité de nourrir leur famille, vers cet eldorado que sont nos sociétés d'abondance.

Reste que "Welcome", passé son aspect documentaire, est d'abord la rencontre entre un Français jusque-là sans histoire et un jeune réfugié, histoire d'une adoption qui ne dit pas son nom dans laquelle notre maître nageur trouvera une forme de paix avec lui-même.

Sa réussite, "Welcome" le doit surtout au jeu de Vincent Lindon, l'un des grands acteurs français de sa génération. Un acteur engagé qui fait de chaque rôle un pur moment de cinéma. Face à lui, Firat Ayverdi, qui n'était pas comédien, a apporté "une vérité et une intensité qui ont fait la différence", dit Philippe Lioret. En bonus, making of (26 mn), entretien avec Vincent Lindon, présentation du film au Festival de Berlin (4 mn), commentaire audio de Philippe Lioret.

R. P.

 

 

DVD et Blu-ray (Warner).

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"Joueuse" de Caroline Bottaro

echecs.jpgLa terrasse d'un hôtel de charme quelque part sur la côte corse. Un couple d'Américains, elle, très légèrement vêtue, jouent aux échecs face au soleil levant. Dans la chambre, en retrait, Hélène, femme de chambre, les observe, envie leur passion l'un pour l'autre, fascinée par ces gestes empreints de sensualité qu'ils ont l'un envers l'autre, l'un contre l'autre face à l'échiquier. Hélène croise le regard de la jeune femme, et capte dans ses yeux son désir, le désir du jeu. Cette Américaine, c'est Jennifer Beals, connue des cinéphiles autant pour "Flashdance", que parce que Nanni Moretti passait une bonne partie de son film "Journal intime" à la chercher dans une Rome estivale. Dès ce jour, la vie d'Hélène, jusque-là discrète, presque effacée, faite de jours qui se ressemblent entre le réveil aux aurores, son parcours à vélo sur les petites routes départementales jusqu'à l'hôtel où elle travaille, et de l'hôtel au domicile de Kröger (Kevin Kline), un Américain grincheux et misanthrope -, Hélène bascule dès lors dans une autre dimension. Là voilà qui force son employeur à lui apprendre à jouer aux échecs, après une tentative un peu malheureuse auprès de son mari, Ange, un ouvrier amateur de jacquet. Pour elle, c'est comme si la découverte des échecs était ce qui manquait à sa vie, qui allait lui donner un nouveau sens, elle qui s'est oubliée dans son travail, s'est occupée de sa fille, de son mari, de sa modeste maison. Elle a désormais quelque chose de propre à elle, un jardin secret, quitte à passer ses nuits devant le jeu électronique qu'elle a offert à Ange, et le jour de confondre la terrasse de l'hôtel au dallage noir et blanc avec un échiquier, passant aux yeux de tous pour la folle des échecs. "Pour moi, c'est pire que si tu me trompais...", lui dit son mari. "Joueuse" est le premier long métrage de Caroline Bottaro qui a adapté le roman "La joueuse d'échecs" de Bertina Heinrichs, que cette dernière, qui était sa voisine de palier, lui avait fait lire à l'état de manuscrit. Mais c'est l'envie de tourner avec Sandrine Bonnaire qu'elle avait connue sur le tournage de "C'est la vie" de Jean-Pierre Améris dont elle était la scénariste, qui a été le plus fort. Une rencontre plutôt réussie.

 

R. P.

 

 

22:07 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

Le bel âge des Ciné-Rencontres de Prades

prades.jpg Sur l'une des premières photos (Claude Nourric) de cette époque, on voit au balcon du cinéma le Lido, le violoncelliste Pablo Casals assis à côté du cinéaste René Clair. A Prades en 1959, un seul festival avait pignon sur rue, initié par le musicien catalan qui avait fait de l'abbaye Saint-Michel de Cuixà un îlot de résistance symbolique face à la dictature franquiste. D'entrée, ce qui ne s'appelait encore que les Journées de Prades, fut honoré de la présence de cet homme. Les soirées étant remplies par la musique, c'est entre 10 h et 19 h que le ciné-club local occupait le loisir de festivaliers venus essentiellement jusqu'à Prades pour y entendre Beethoven, Schubert ou Bach. Reste que ladite photo n'a pas été prise en 1959, mais en 1960. Cette année-là, la Rencontre de Prades, présidée par Pablo Casals et René Clair, se déroulait entre le 28 juillet et le 3 août, le festival prenant le relais le 4, proclamait un prospectus. Jusqu'en 1969, il n'y eut pas d'affiche officielle. En 1959 donc, un dépliant-programme, du genre ronéotypé, nous apprend que le vendredi 17 juillet 1959 serait présenté "Les Quatre-cents coups" de François Truffaut, qui venait d'obtenir au festival de Cannes, qui l'en avait banni l'année précédente pour mauvais esprit critique, un Prix de la mise en scène qui avait presque valeur de Palme d'or – qu'il avait semble-t-il ratée d'une voix -, et que les Journées de Prades présenteraient : "Avec l'aimable autorisation de MM. Font, directeurs du "Castillet" et du "Nouveau théâtre" à Perpignan". Du passage de Truffaut à Prades il ne reste qu'un article de l'Indépendant "retrouvé miraculeusement" et son autographe sur un programme. C'était il y a cinquante ans. Un album raconte cet âge d'or des ciné-clubs, l'histoire, parfois chaotique, de l'un des plus anciens festivals de cinéma de l'Hexagone, ces Rencontres de Prades qui prirent selon les années le vocable d'internationales. On y célébra dans la même ferveur cinéphilique Orson Welles et Samuel Fuller, Renoir et Kazan, Kurosawa et Milos Forman. On y vit Polanski, Bertoclucci, Joseph Losey, Marguerite Duras, Michel Deville, Louis Malle, Pierre Etaix, Bertrand Tavernier, Michel Piccoli ou Robert Guédiguian devenu l'un de ses plus fervents soutiens.

Lorsqu'on remonte le temps, c'est moins la mémoire de chacun des acteurs de cette aventure qui fait défaut, que les archives, trimbalées durant ces années héroïques d'un lieu à l'autre, quand un café faisait parfois office de permanence. Les greniers ou les caves ont cet avantage sur les garages, c'est que l'on peut y oublier indéfiniment les marques du passé, jusqu'à ce que quelqu'un vous sollicite parce qu'il serait souhaitable qu'un livre raconte la passionnante aventure d'un festival qui en oubliant de (se) gonfler exagérément, a gardé sa fraîcheur, cet esprit ciné-club qui a disparu ailleurs. Imaginez qu'à l'origine, un "jour de repos cinématographique" était décrété dans le programme, histoire d'aller saucissonner au chalet des Cortalets, puis d'en redescendre en lacets (!), un peu comme dans le Cannes d'avant le "bunker", journalistes et membres du jury allaient aux îles de Leirins banqueter et pétanquer, sans état d'âme pour le chef-d'oeuvre oublié qui au même moment était peut-être projeté salle Miramar.

A Prades, il y eu des débats enflammés, on s'y déchira pour un film, un réalisateur, la politique quelquefois. Il y eut des coups de chaleur l'année de "Au feu les pompiers". Les Ciné-Rencontres vont mieux, ses archives sont désormais déposées à la médiathèque dans un espace dédié à celui qui en fut des années durant le président, Robert Cortes. A Prades, on respire toujours la même convivialité sous les tilleuls de l'Hostalrich. Ce plaisir du cinéma y demeure.

 

R. P.

 

 

"Le festival de Prades 50 ans de passion" de Jeanne Labellie-Nicaise, Paule Nouvel, Jean-Paul Frère et Alain Rouzot. Alter ego éditions. 35 euros.

 

22:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

Michael Moore l'anticapitaliste

moore.jpgC'est l'image étonnante d'un Michael Moore – son imposante stature ne risquant pas de passer inaperçue à Wall Street – entourant le bâtiment de la bourse new-yorkaise d'un de ces rubans jaune que l'on utilise sur les scènes de crime, et mégaphone en main, exhortant les financiers de la place boursière à se rendre.

Il est fort Michael Moore, parfois d'une mauvaise fois évidente lorsqu'il part récupérer les 700 milliards de dollars "prêtés" par le contribuable américain aux banques. Reste que son rôle de trublion qui n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat et le nez des dirigeants dans le caca, est presque devenu d'utilité publique. La crise actuelle est d'abord celle du capitalisme longtemps synonyme de rêve américain. Mais il y a belle lurette que pour Michael Moore, l'enfant de Flint, la ville de General Motors, ce rêve s'est brisé. Il y a même puisé la matière de son premier documentaire, "Roger et moi". Dans "Capitalisme : a love story", Michael Moore dénonce tous ceux "qui ont détourné notre économie et ont joué avec comme au casino". L'envers du capitalisme étant le communisme, tous les Américains vouent encore au capitalisme, producteur de richesses à l'infini, un amour sans borne. Et comme au Casino, ils espèrent un jour se refaire.

Mais quand le pays du billet vert sur lequel est gravé "In God we trust" (en Dieu nous croyons), perd jusqu'à 14 000 emplois par jour, le rêve américain prend alors des airs de déroute et des milliers de familles à revenus modestes se retrouvent à la rue ("Une famille est expulsée toutes les sept secondes et demi", affirme par ailleurs le cinéaste), leurs maisons vendues au profit des banques parce qu'elles ne peuvent plus faire face aux taux d'intérêt galopants. Et l'on a cet expulsé qui devant Michael Moore exprime sa colère : "Un jour, les gens qui n'ont rien se réveilleront et se retourneront contre ceux qui ont tout". Reste que le système se nourrit lui-même de la crise : les maisons saisies sont revendues par des vautours de l'immobilier au prix fort, des banques contractent sur leurs employés des assurances vie qui leur permettent, lorsque ceux-ci décèdent, de toucher gros. C'est immoral, pas illégal. L'anticapitalisme Michael Moore réussit son objectif : nous mettre en colère. On a même droit à une "Internationale", mais dans une version jazzy, plus Sinatra que Choeur de l'Armée rouge. Pas encore bolchevique le Michael, rassurez-vous !

R. P.

 

 

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"Un prophète" de Jacques Audiard : un Grand prix qui a valeur de Palme d'or

audiard.jpgSi pour "les fils de" le plus dur est de se faire un prénom histoire d'exister par eux-mêmes, il y a longtemps (cinq longs métrages majeurs), que Jacques Audiard n'est plus (seulement) le fils de Michel Audiard, même si indubitablement il l'est jusqu'au plus profond de son être. C'est dire qu'il y a des Grand prix à Cannes qui ont valeur de Palme d'or. C'est le cas de "Un prophète" Ce film parle de pouvoir, de filiation, de transmission et qui sait de rédemption. "Un prophète" évoque certes le milieu carcéral dans ce qu'il a de brutal, un monde clos sans humanité à la violence extrême, très loin de la mythologie du film de truand propre à un José Giovanni ou à un Jean-Pierre Melville. "Un prophète" se situe plus du côté de "Mesrine" (avec un scénariste commun aux deux). Orphelin et analphabète, Malik, 19 ans, est envoyé en Centrale pour y purger six années de cabane. Sans ami, sans protection, il tombe très vite sous la coupe du clan corse dominé par la gueule haute en couleur de César Lucciani – interprétation magistrale de Niels Arestrup. Les Corses ont besoin de Malik pour éliminer un témoin gênant en attente de procès. Ce sera son initiation. Dès lors, Malik accomplit pour Lucciano un certain nombre de "missions", lui servant aussi de bonne à tout faire, dans une prison aux mains des Corses, tant du côté des taulards que de celui des matons, par lâcheté ou par cupidité. Le jeune homme fait son chemin, comme ont fait ses humanités, dans le monde des truands. Il apprend à lire, à écouter ses voix intérieures, à créer son propre réseau, et quand les Corses deviennent minoritaires, il se rapproche des barbus désormais les plus nombreux. Entré en prison quasi vierge, il en ressortira en vrai malfrat, après une traversée du désert, 40 jours et 40 nuits au mitard. .

 

R. P.

 

 

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Pour "A l'origine", Xavier Giannoli a fait construire 2 km d'autoroute

al'origine.jpg

C'est l'histoire d'un escroc multirécidiviste, voulant profiter de la générosité d'une petite ville à qui il promet la réouverture d'un chantier d'autoroute, fermé sur décision administrative, qui donnerait du travail à tout le monde. La maire du coin (interprétée par Emmanuelle Devos) y croit au point d'entraîner l'ensemble de sa commune dans cet irréalisable projet. Dans sa première version, celle qui a été montrée en compétition au Festival de Cannes, et cet été à Prades, "A l'origine" approchait les 150 minutes. Quand on le lui fait remarquer, Xavier Giannoli l'explique par les rebondissements, le nombre élevé de personnages. « Je suis producteur de mes propres films, j'en prends le risque parce que je crois que ce risque en vaut la peine », nous disait-il alors, avant de prendre ses ciseaux et de trancher dans le gras, couper une bonne vingtaine de minutes, alléger tout le début, et finalement constater que l'histoire s'en ressent beaucoup mieux.

Il est vrai que le tournage de ce film est un peu à l'image de son sujet, car il a fallu à Xavier Giannoli construire lui aussi son bout d'autoroute. Ce ne fut pas toujours une partie de plaisir, notamment quand le réalisateur s'est retrouvé en panne de gros oeuvre. La société pressentie pour édifier le "décor", s'était désistée. Xavier Giannoli part alors à la recherche d'un remplaçant et tombe sur Raymond Legrand, un gros du BTP au pays des Ch'tis. "Je vais te la construire ton autoroute", lui assure ce dernier. Avec ses engins et son personnel. « J'avais envie de tourner dans le nord pour ses paysages de western, des paysages épiques », nous dit le cinéaste attablé place de la République à Prades durant le 50e Festival des Ciné-rencontres, dont il était mi-juillet l'un des invités. Un paysage dans lequel il n'était pas « techniquement difficile de construire deux kilomètres d'autoroute », ajoute-t-il.

 

C'est dans le Nouvel Observateur sous la plume de son ami Jean-Paul Dubois, que Xavier Giannoli a découvert l'histoire de ce type qui monte dans la Sarthe un faux chantier d'autoroute, redonnant espoir, même faux, à toute une ville économiquement sinistrée, et dépassé par son escroquerie se démène pour en assurer la finition.

« J'ai appelé à Dijon le juge – Laurent Lèguevaque – qui avait instruit cette affaire. Il me donne les autorisations pour que je rencontre l'escroc en prison. On s'est vu plusieurs fois. Mais très vite quelque chose s'arrête, le dialogue avec cet homme ne me suffit pas. Pour faire exister cette histoire il va falloir que je trouve une trame romanesque qui va exprimer la vérité du personnage. Je commence à écrire, le juge me servant de repère, lui-même acceptant de jouer dans le film son propre rôle ». Aussi, le tournage lui-même commence à ressembler à l'histoire qu'il est censé mettre en scène, une entreprise pharaonique. « On a vraiment construit cette autoroute ! », lâche presque fier Xavier Giannoli. Un péplum dans lequel les gros engins de chantier remplaceraient les hordes d'ouvriers égyptiens empilant les blocs de pierre de la pyramide de Kheops. « Tourner un péplum, j'adorerais ça », confie le cinéaste qui fut assistant de Tinto Brass sur l'un de ses films à Cinecitta. Dans les dernières scènes, Philippe Miller – un nom assez commun dans les romans de Jean-Paul Dubois -, à qui François Cluzet prête sa fragilité, trouve sa propre humanité, et rend compte aux siens qu'il n'est pas juste un pauvre type. « Pour la première fois de ma vie, j'étais quelqu'un », dira le vrai protagoniste au juge en guise de confession.

"A l'origine" est le quatrième long métrage de Xavier Giannoli sous la bannière des Films du Carrosse fondés par François Truffaut, dont les bureaux, rappelle-t-il, donnent sur la maison de Jean Renoir. Mais Xavier Giannoli n'a pas pour autant installé son propre bureau dans la pièce qu'occupait le réalisateur de "La nuit américaine". N'empêche, le souvenir de Renoir, un lieu habité par la présence de Truffaut, cela participe de sa réflexion sur le cinéma. Lui-même a été un peu critique, « très gentil, très positif », écrit plusieurs courts métrages avant d'obtenir en 1998 la Palme du court pour "L'interview" – un journaliste se rend à Londres pour tenter d'interviewer Ava Gardner – sous la présidence de Martin Scorsese.

Un dernier mot pour Gérard Depardieu, celui qui dans "Quand j'étais chanteur", lançait : "Je suis le Massif Central", et qui, à Xavier Giannoli dans ses moments de doute, martèle : "Ne lâche rien". « Il était prêt à conduire l'un de ces camions, ça me changera disait-il. Il est disponible, enthousiaste. Avec lui, passe quelque chose de la mythologie du cinéma. J'ai tout fait pour lui donner la chance d'exprimer ce qu'il y a de plus grand en lui ». A la fin, quand les voitures de police et de gendarmerie cernent nuitamment le chantier, alors que Philippe Miller s'est réfugié tout en haut d'un échafaudage, alors le romanesque l'emporte sur le fait divers, le cinéma des grands espaces sur le cadre étriqué de l'information télévisuelle. « Je ne filme pas des camions, je filme des sentiments », nous dit Xavier Giannoli. Regarder les gens à hauteur d'homme, c'est ce qu'il y a dans mon cinéma ».

 

R. P.

 

 

21:54 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

Marceau - Lambert : un couple dans la vie et à l'écran

marceau.jpgIls sont déjà un couple mais ne le savent pas, contrairement à nous les spectateurs qui voyons l'un donner la becquée – jambon purée – à l'autre, pousser le fauteuil roulant sur la terrasse ou la prendre dans ses bras jusqu'au bord de l'océan, nous qui savons que les interprètes de ces deux exilés des sentiments à l'autre bout du monde, forment le couple d'acteurs le plus célèbre du moment. A l'écran, elle est paralysée après un accident de voiture qui l'a définitivement clouée dans le lit de sa chambre à Carthagène, d'où elle ne sort jamais. On y sent à tout moment la chaleur que ces murs transpirent, la moiteur qui perle en gouttes de sueur sur la peau au grain délicat, attirant de Muriel. Lui est Léo, un ancien champion de boxe qui s'est clochardisé dans l'alcool, engagé pour la servir, lui faire la lecture. Elle n'est pas une personne facile, comme si, de son infirmité, elle en voulait au monde entier; elle le passe en mots très durs sur les personnes qui l'entourent. Léo va affronter ce rempart, abolir ses dernières défenses, révéler ses vrais sentiments, ses émotions cachées. Au bout d'1 h 33, ils ne feront plus qu'un, comme le couple Sophie-Christophe qui les incarne si bien.  "L'homme de chevet" d'Alain Monne, adapté d'un roman d'Eric Holder, n'est peut-être pas un grand film, mais c'est leur film, le premier après l'échec de "La disparue de Deauville" (réalisé par Sophie Marceau) qui a scellé leur couple. C'est un film un peu osé, la rencontre d'une tétraplégique et d'un alcoolique. L'essentiel se déroule à l'intérieur d'une vaste demeure, un îlot de tranquillité au coeur d'une ville exotique, bruyante et colorée. Le film est à petit budget, porté par une actrice que l'on dit rassurante et qui squatte, via les sondages, les premières places dans le coeur des Français. 

La quarantaine sied bien à mademoiselle Marceau qui n'a jamais paru aussi belle, et ce n'est pas juste une question de photos retouchées pour les unes de "Elle" ou de "Psychologie magazine". Pour l'avoir vue vingt minutes en interview dans un palace parisien où les journalistes attendaient leur tour dans un hall transformé en salle d'attente, il y a quelque chose de solaire dans son regard, son beau sourire qui vous accompagne. Et c'est ce qu'elle apporte à "L'homme de chevet" dont elle a lu le scénario dans un avion au-dessus de l'Atlantique et qui l'a transportée. "Tu feras ce que tu voudras", a-t-elle dit ensuite à son compagnon Christophe Lambert. "Je n'ai pas eu la stupidité de refuser", nous confie ce dernier. "Je suis conscient de mon bonheur", nous dit-il encore entre deux louanges à sa bien-aimée. Les scénarios qui tenteront d'exploiter ce couple très glamour, vont pleuvoir sur leurs têtes, mais "L'homme de chevet" restera à part, comme un temps arrêté dans leur vie de couple, durant lequel ils seront devenus Muriel et Léo. Mais c'est pour Sophie et Christophe que l'on ira les voir.

 

R. P.