01/01/2010

"Les chats persans" de Bhaman Ghobadi

chats.jpgA Cannes, en mai dernier, où son film faisait l'ouverture de la section "Un certain regard", le réalisateur iranien Bhaman Ghobadi avait pensé un moment que Roxana Saberi, sa compagne et coscénariste des "Chats persans" pourrait l'accompagner pour donner un coup de projecteur à son cinquième long métrage, mais la journaliste américano-iranienne, tout juste libérée de prison, y avait renoncé par sécurité pour sa propre famille. Or, depuis, c'est l'Iran elle-même qui a rendu le film de Bhaman Ghobadi d'une brûlante actualité. Car "Les chats persans" ne montrent pas autre chose que la jeunesse iranienne en quête de liberté, quand nos journaux télévisés ne nous renvoient de l'Iran que des images de mollahs et de milices au service du pouvoir politico-religieux, les tristement célèbres "gardiens de la révolution". ,

Certes, Bahman Ghobadi n'est pas tout à fait un inconnu en Occident : son premier film, "Un temps pour l'ivresse des chevaux" avait obtenu à Cannes en 2000 la caméra d'or, et en 2002 le festival à inscrit "Les chants du pays de ma mère" dans sa sélection. Le réalisateur a la musique chevillée au corps. "Si je n'étais pas devenu cinéaste, je serais musicien ou chanteur", aime-t-il dire. Lui-même préparait cette année son premier album, sans autorisation, car la musique en Iran est considérée comme impure. Et depuis la dernière élection présidentielle, la répression contre les groupes rocks est encore plus dure. Mais les Iraniens osent de plus en plus braver le pouvoir des barbus. On peut espérer qu'à Téhéran, comme il y a vingt ans à Bucarest, la foule débordera un de ces jours la dictature. "Les chats persans" est une plongée dans l'underground musical de la capitale iranienne. C'est une fiction, aux allures de documentaire, dans laquelle tout ce qui est montré ou vécu est assez conforme à la réalité. Le tournage extérieur s'est fait lui-même à la sauvette avec une caméra numérique, dans une voiture ou sur des motos, et dans l'urgence pour ne pas se faire repérer par la police. Le montage haché en porte d'ailleurs la marque. On y voit des groupes répétant dans des étables au milieu des vaches, dans des caves à l'isolation incertaine, des parkings ou dans les étages d'immeubles en construction. Ils sont à l'image des chats iraniens obligés de se cacher. La plupart comme les deux héros, Negar et Ashkan sont à la recherche de passeports ou de visas pour aller jouer à l'étranger, et ceux qui restent interpellent l'autorité suprême : "Dieu réveille-toi, j'ai à te parler". Un blasphème au pays des mollahs.

Il est probable que ce film ne verra jamais le jour en Iran, ou alors distribué sous cet imper noir qui recouvre les jeans des jeunes iraniennes.

 

R. P.

 

 

17:36 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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