01/01/2010

Nicolas Vanier avec les loups de Sibérie

vanier.jpgNicolas Vanier court depuis près d'un quart de siècle le Grand Nord. Il court après l'exploit, les livres d'images, les romans et les documentaires. Il aurait voulu être Jack London ou Kerouac que ça ne nous étonnerait pas. Il est devenu Vanier, ce n'est pas si mal pour un type qui un jour, a embarqué avec son sac à dos gare du... Nord pour la Laponie. Et déjà l'amour des grands espaces au-delà du cercle polaire arctique. Nicolas Vanier côtoie les Indiens Montagnais du détroit de l'Hudson, plus haut les Inuits, en Sibérie orientale les Evenes. Il y a chez lui un peu de Jean Malaurie, cet ethnologue qui fut le premier à avoir poussé jusqu'au pôle géomagnétique son traîneau à chiens. Il a même renoué avec le voyage familial dans l'esprit d'Albert Mahuzier. Il y rajoute la quête de l'exploit, 7 000 km avec vingt-quatre chiens de traîneau du Wyoming au détroit de Béring, Odyssée Blanche de l'Alaska au Québec, Odyssée Sibérienne du lac Baïkal à Moscou avec arrivée spectaculaire sur la Place Rouge. Son film "Le dernier trappeur" en 2004, ne donnait pas seulement le vertige des grands espaces nordiques, il les faisait aimer. Avec "Loup" (1) Nicolas Vanier tente de nous sensibiliser au problème des Evènes, ces éleveurs de rennes nomades des montagnes de Sibérie orientale, menacés par le réchauffement climatique et le recul de la toundra, leur alpage naturel. Pour Nicolas Vanier, les Evenes risquent de devoir abandonner bientôt la vie qu'ils mènent depuis des temps immémoriaux. « Devant la demande pressante de nos pays occidentaux en pâte à papier, on assiste à des abattages massifs à blanc de centaines de milliers d'hectares de forêt », s'insurge Nicolas Vanier. Ce qu'il en reste, « un désert qui mettra des millénaires à redevenir une forêt ».

« C'est manger la poule au lieu de manger l'oeuf », ajoute le cinéaste, le contraire de ce que font les Evenes qui ne prélèvent pas « plus que de raison ». Il les a donc convaincus d'être les figurants de son film "Loup"en partie pour porter témoignage d'une vie nomade en harmonie avec la nature qui demain peut-être aura disparu. « Ils ont conscience que le film est un témoignage de ce qu'ils sont ». ,

 

Les Evenes ont longtemps vécu dans un pays protégé par la géographie (à 8 000 km de Moscou et 800 km de toute habitation en dur) et un système politique. Le communisme a disparu et leurs territoires devenus plus accessibles aux braconneurs. « Ils ont aujourd'hui parfaitement conscience du monde qui les entoure », souligne le cinéaste. Beaucoup de jeunes vont étudier à Moscou, d'autres partis exercer un autre métier à la ville, « une majorité d'entre eux reviennent à la harde », poursuit-il Tourner dans un endroit inaccessible « est une incohérence pour nous », dit le cinéaste qui a filmé son (mélo) drame par moins 55°. Il fallait réchauffer en permanence les caméras pour que la pellicule ne casse pas, se souvient-il. Le scénario n'étant pas le point fort du film, reste les paysages grandioses baignés d'une lumière incomparable. « L'origine de ce film remonte à 1990 lors de ma traversée de la Sibérie. J'ai vécu avec un petit clan d'éleveurs de rennes ». La harde de Nicolaï comptait près de 3 000 bêtes. Nicolaï trouve naturellement sa place comme personnage dans "Loup", histoire d'une initiation dans laquelle le loup n'est plus l'ennemi héréditaire face à d'autres dangers plus insidieux. « Nous avions deux équipes de tournage, dont une attendait que les loups veuillent bien faire quelque chose qui se rapproche de l'histoire, explique Nicolas Vanier. Avec les loups, il faut faire preuve de patience. Or, la patience n'est pas compatible avec un plan de travail. On ne dresse pas les loups, mais ils acceptent la présence de l'homme, donc d'une équipe. Ils sont excessivement observateurs et l'on doit les habituer à toute nouvelle personne. Tout blocage est irréversible chez les loups ».

Il faut l'entendre évoquer sa première rencontre avec un loup : « J'attendais ce moment depuis longtemps. Ce fut très bref, il m'a fixé de ce regard très profond, puis il est parti d'une démarche noble. J'avais envie de lui courir après et crier : "attends-moi !"».

 

Richard Pevny

 

 

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Paranormal activity

para.jpgC'est un petit film de rien du tout, 11 000 dollars, une paille au pays où les budgets de tournages se chiffrent en millions de dollars. Reste que ce ne sont pas les films les plus chers qui font les meilleures recettes, ou des recettes supérieures à leurs coûts faramineux. C'est dire que si "Paranormal activity" a coûté une paille, il n'en a pas moins d'ores et déjà rapporté un gros paquet à ses concepteurs. Normal, au départ, ce film n'était pas destiné à une exploitation commerciale à grande échelle. Oren Peli, scénariste et réalisateur de la "chose" – le terme n'est pas complètement inapproprié -, a fabriqué son jackpot chez lui, dans la banlieue de San Diego, en sept jours, avec l'aide de sa petite amie Toni et son pote Amir, tous deux bombardés coproducteurs.

Leur nouvelle maison dans un quartier plutôt calme, s'est révélée être pleine de bruits nocturnes qui ne s'expliquaient pas tous, du moins d'un point de vue rationnel. Pas de quoi paniquer, même si Toni commençait à se sentir "hantée" à l'image du personnage de Katie. Et c'est là qu'Oren Poli a eu la bonne idée d'installer des caméras vidéo qui fonctionneraient durant leur sommeil. Et si les images se révélaient être bonnes, on pourrait en faire un long métrage habillé en faux film d'amateur, le genre "Projet Blair Witch". "Paranormal activity" est l'histoire d'un jeune couple qui suspecte leur maison d'être hantée. Après avoir consulté un spécialiste en démonologie qui leur conseille de foutre le camp, Katie et Micah décident d'installer une vidéo surveillance durant la nuit. Tout le film est une alternance de scènes de jour, où l'on voit nos deux présumés amoureux vaquant à leurs tâches quotidiennes, et de scènes nocturnes durant lesquelles il ne se passe rien ou presque rien. Enfin, pas tout à fait rien... Ou si peu, et c'est ce peu qui fait tout le sel de "Paranormal activity"On l'a compris, moins il se passe des choses – pourtant si l'on y regarde bien, des choses passent devant la caméra vidéo -, plus l'on est censé avoir peur. Steven Spielberg qui a acheté le film pour en faire un remake, puis s'est ravisé en se disant que l'original se suffisait à lui-même, aurait été terrorisé, au point de ne plus pouvoir rester seul dans une pièce. Hitchcockien. .

Le problème, c'est que pendant 86 minutes le spectateur se demande pourquoi il est venu voir ou entendre des portes qui claquent, des ombres qui passent et des empreintes laissées dans la farine placée à l'entrée de la chambre. Mais c'est après, une fois le spectateur rentré chez lui, que ce film d'horreur produit ses méfaits...

 

R. P.

 

 

17:48 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

Festival de Sarlat

sarlat.jpgDernièrement, pour sa dix-huitième édition, le festival du film de Sarlat réunissait une programmation qui ferait envie à beaucoup de manifestations hexagonales consacrées au 7e Art. Réunir sur le papier une trentaine de longs métrages (dont l'avant-première de "Paranormal activity"), et une vingtaine de courts métrages, est déjà un petit exploit. Mais il est vrai que dans la capitale on parle de plus en plus de ce "petit" festival qui en novembre, semble avoir fait sa place dans le calendrier touffu de quelques quatre à cinq cents festivals en France, au point que les distributeurs n'hésitent plus à faire un crochet par ce coin du Périgord entre Lascaux (pas mal hors saison) et Gourdon. Bien entendu, réalisateurs et acteurs ne font pas halte à Sarlat juste pour leurs courses de Noël, encore que l'on peut concilier les deux. Sarlat est un festival tout ce qu'il y a de sérieux, où les journalistes viennent aussi faire leurs courses de... films et d'interviews.

Son succès, tout comme sa longévité, ce festival le doit aussi grandement au millier de lycéens des classes L qui envahissent une semaine durant les rues de la petite cité des inséparables Montaigne et La Boétie. Car Sarlat porte en elle un décor de cinéma, souvent utilisé dans les films de cape et d'épée. Avec les lycéens des classes terminales, elle se transforme en Cinecitta à ciel ouvert que sillonnent de petites équipes d'apprentis cinéastes conseillés par des références, tels que Frédéric Schoendoerffer, Claude Pinoteau, Yves Boisset, Bon Swain ou Philippe Muyl, sous la haute présidence d'un "tonton" octogénaire pas du tout flingueur, Georges Lautner. Le bonheur de la présidente Joëlle Bellon est total quand l'un de ces stagiaires revient un jour avec un film sous le bras. C'est ainsi que fonctionne le Festival du film de Sarlat, avec beaucoup d'amour pour le cinéma et le bénévolat de dizaines de gens, qui une fois la caravane des artistes passée, retourneront pour certains à leurs conserves de cèpes et de confits.

 

R. P.

 

Louis-Do de Lencquesaing "Le père de mes enfants"

lepere.jpgIl a tourné dans une cinquantaine de films sous la direction de Chabrol, Godard, Desplechin, Laetitia Masson, Michael Aneke, Benoît Jacquot, Jacques Doillon ou Olivier Assayas chez qui il a rencontré Mia Hansen-Love qui partage la vie du réalisateur des "Destinées sentimentales". Louis-Do de Lencquesaing n'est donc pas tout à fait un inconnu, pas même pour les amateurs de "Louis la brocante" ou "Avocats et associés", ne serait-ce que pour son physique à la B-HL. Cela le fait sourire, sa fille aussi. Car Louis-Do partage avec sa fille Alice l'affiche du "Père de mes enfants", le deuxième long métrage, après "Tout est pardonné" en 2006, de Mia Hansen-Love. Dans "Le père de mes enfants", la jeune réalisatrice de 28 ans évoque en filigrane la figure du producteur de Youssef Chahine et de James Ivory, Humbert Balsan, qui en 2005 s'est suicidé criblé de dettes. Grégoire Canvel est donc ce producteur, toujours en mouvement, fume beaucoup, téléphone au volant, que tout le monde admire mais que personne n'aide, qui donne vie à des films que personne ne voudrait financer, un producteur au bord de la faillite, au catalogue hypothéqué, confronté à l'ego de cinéastes "exigeants" et d'acteurs dépressifs. Par ailleurs, cet homme a une famille merveilleuse, deux petites filles adorables et une épouse italienne aimante. Le film est construit en deux parties autour de la disparition de cet être charmeur, généreux et séduisant. Le talent de la cinéaste est de faire de cette absence, dans la seconde partie, une présence, dans les lettres qu'il a laissées, les films qu'il a financés, le souvenir de promenades dominicales jusqu'aux ruines d'une ancienne commanderie templière.

Humbert Balsan, Louis-Do de Lencquesaing l'a rencontré à deux ou trois reprises, "la dernière fois, j'ai dîné à côté de lui, trois semaines avant sa mort. Il me connaissait, on vient du même milieu". Louis-Dominique de Lencquesaing, un nom plutôt difficile à retenir pour un acteur. "Une fois qu'on l'a, on ne l'oublie pas, disait mon père". Le père de Louis-Do était banquier. "Je n'ai jamais eu de problème avec l'argent", dit son fils. "Dans la famille on est doué pour beaucoup de choses", dit Louis-Do. La mère d'Alice est une directrice de la photographie célèbre dans le métier, sa marraine est l'actrice Nicole Garcia. "C'est émouvant pour un, père et sa fille de partager autre chose que la vie quotidienne". Père et fille – elle avait sept ans – ont joué ensemble au théâtre et le père a dirigé sa fille dans un court métrage "Même pas en rêves". Pourtant Alice ne ressent pas d'envie profonde pour ce métier. "Je l'ai fait parce que mon père jouait dedans. Ça m'a beaucoup aidée".

 

R. P.

 

 

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James Cameron roi du monde virtuel

avatar.jpgImaginez un paysage de montagnes flottantes reliées entre elles par un entrelacs de grosses lianes ; des chutes de Niagara, des plantes phosphorescentes, et des arbres de plus de trois cents mètres de haut qui se transforment la nuit venue en sapins de Noël. Il y a l'Arbre-Maison et l'Arbre des Ames. Un monde dans lequel les êtres vivent en harmonie avec la nature. Un monde pour lequel James Cameron a dû concevoir tout un vocabulaire. Côté ménagerie, il y a le Thanator à côté de qui le T-Rex fait figure d'hamster ; le Hammerhead Titanother, cent fois plus gros qu'un rhinocéros avec une gueule de requin marteau ; quant au Leonoptérix et ses ailes sang et or, sujets au vertige s'abstenir de le chevaucher. Beaucoup plus inoffensif, le Woodsprite, est une sorte de mini méduse nocturne translucide, graine de l'Arbre des Voix et porteuse de l'âme de la forêt.

Quand il parle de Pendora, James Cameron donne l'impression d'y avoir été lui-même. Mais Pendora n'existe que dans l'imagination de ce cinéaste de 55 ans, un touche-à-tout, ce qui l'a amené aux portes de la Nasa dont il est l'un des consultants. Depuis "Piranha 2" en 1981, son premier long métrage, à "Terminator", "Aliens le retour" et bien entendu "Titanic", onze oscars, 1,8 milliard de dollars de recettes mondiales, James Cameron s'est initié à tous les genres, même au western au travers de "Avatar", son dernier gadget technologique. Il est vrai que le cinéaste-producteur a créé des caméras 3 D capables de filmer l'épave du Titanic, les entrailles du Vésuve et les créatures des fonds abyssaux. Sa dernière quête en 2007, le tombeau présumé de Jésus à Talpiot un quartier de Jérusalem, qui aurait renfermé les restes de Jésus, mais aussi de sa compagne et de leur fils, Judas. Plus fort que Dan Brown !

Enfant, James Cameron passait des heures – "une heure et demi de trajet par jour", en bus dit-il – à lire des récits de science fiction. "En lisant ces histoires d'autres planètes, de mondes extraterrestres, j'essayais d'interpréter en images ce que je lisais" . Cet imaginaire-là se retrouve aujourd'hui dans "Avatar" sans doute le film de genre le plus abouti. "Fasciné par la technologie", James Cameron réussit à nous bluffer au point qu'entre les prises de vue réelles et les images de synthèse, le spectateur ne sait plus faire la part entre le vrai et le virtuel. Chez James Cameron, le cinéma – si l'on devait paraphraser Godard -, c'est devenu le mensonge vingt-quatre fois par seconde. Reste que la technologie n'est pas tout, même si elle réussit à nous faire prendre des Na'vis pour des acteurs, Zoë Saldana gardant sa voix et ses gestes filmés en "motion capture" sur un fond bleu, mais perdant son joli minois. "Avatar" pourrait donc être au cinéma des années 2010 ce que "Star Wars" fut aux années 80, un laboratoire. Mais sera-ce encore du cinéma ? "Je crois que "Avatar" c'est encore du cinéma. Il y aura toujours des avancées technologiques, cela ne change en rien à la manière de raconter des histoires".

 

Et dans "Avatar", le message est clair : ce film "nous donne à réfléchir sur la manière de préserver les dernières cultures indigènes, sur la manière de préserver la biodiversité qui reste sur cette planète", ajoute James Cameron. Car la technologie ne serait rien, sans l'émotion. "Avatar" baigne dans une atmosphère d'émotion. Pas vraiment hostile.

 

Richard Pevny

"Avatar" a son livre, un format large pour plonger dans l'univers de Pendora et de James Cameron (l'Archipel, 108 p., 19,95 euros).

17:39 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

"Les chats persans" de Bhaman Ghobadi

chats.jpgA Cannes, en mai dernier, où son film faisait l'ouverture de la section "Un certain regard", le réalisateur iranien Bhaman Ghobadi avait pensé un moment que Roxana Saberi, sa compagne et coscénariste des "Chats persans" pourrait l'accompagner pour donner un coup de projecteur à son cinquième long métrage, mais la journaliste américano-iranienne, tout juste libérée de prison, y avait renoncé par sécurité pour sa propre famille. Or, depuis, c'est l'Iran elle-même qui a rendu le film de Bhaman Ghobadi d'une brûlante actualité. Car "Les chats persans" ne montrent pas autre chose que la jeunesse iranienne en quête de liberté, quand nos journaux télévisés ne nous renvoient de l'Iran que des images de mollahs et de milices au service du pouvoir politico-religieux, les tristement célèbres "gardiens de la révolution". ,

Certes, Bahman Ghobadi n'est pas tout à fait un inconnu en Occident : son premier film, "Un temps pour l'ivresse des chevaux" avait obtenu à Cannes en 2000 la caméra d'or, et en 2002 le festival à inscrit "Les chants du pays de ma mère" dans sa sélection. Le réalisateur a la musique chevillée au corps. "Si je n'étais pas devenu cinéaste, je serais musicien ou chanteur", aime-t-il dire. Lui-même préparait cette année son premier album, sans autorisation, car la musique en Iran est considérée comme impure. Et depuis la dernière élection présidentielle, la répression contre les groupes rocks est encore plus dure. Mais les Iraniens osent de plus en plus braver le pouvoir des barbus. On peut espérer qu'à Téhéran, comme il y a vingt ans à Bucarest, la foule débordera un de ces jours la dictature. "Les chats persans" est une plongée dans l'underground musical de la capitale iranienne. C'est une fiction, aux allures de documentaire, dans laquelle tout ce qui est montré ou vécu est assez conforme à la réalité. Le tournage extérieur s'est fait lui-même à la sauvette avec une caméra numérique, dans une voiture ou sur des motos, et dans l'urgence pour ne pas se faire repérer par la police. Le montage haché en porte d'ailleurs la marque. On y voit des groupes répétant dans des étables au milieu des vaches, dans des caves à l'isolation incertaine, des parkings ou dans les étages d'immeubles en construction. Ils sont à l'image des chats iraniens obligés de se cacher. La plupart comme les deux héros, Negar et Ashkan sont à la recherche de passeports ou de visas pour aller jouer à l'étranger, et ceux qui restent interpellent l'autorité suprême : "Dieu réveille-toi, j'ai à te parler". Un blasphème au pays des mollahs.

Il est probable que ce film ne verra jamais le jour en Iran, ou alors distribué sous cet imper noir qui recouvre les jeans des jeunes iraniennes.

 

R. P.

 

 

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"Tetro" de Francis Ford Coppola

tetro.jpgForce est de constater que nous nous trouvons devant une oeuvre magnifique, en noir et blanc et couleur et en scope, une oeuvre majeure dans la filmographie du réalisateur américain. "Tetro" est le premier scénario écrit par Francis Ford Coppola depuis "Conversation secrète" en 1974. Dans "Tetro", Coppola nous dévoile un terrible secret de famille. Benjamin, un adolescent de 17 ans, serveur sur un paquebot de croisière débarque à Buenos Aires dans une nuit de cinéma, une belle nuit, pleine de contraste et magnifiquement éclairée. Benjamin vient retrouver son frère Angelo (Vincent Gallo), parti un jour de la maison, où il n'est jamais revenu, contrairement à ce qu'il avait promis à son cadet. Angelo voulait être écrivain, mais son père, grand musicien classique, tyrannique et mégalo, lui avait dit un jour qu'il ne pouvait y avoir qu'un génie par famille ; et la place était déjà prise. Angelo coupa les ponts avec sa famille, pour finir par atterrir dans un asile psychiatrique de Buenos Aires. On appelait Tetro ce type qui ne communiquait plus, serrant sur sa poitrine un paquet de feuilles volantes remplies d'une écriture indéchiffrable où il avait couché une histoire qui pouvait être la sienne, une histoire sans fin, sans chute.

Le récit principal est dans un noir et blanc beau et profond, les flash-back, souvenirs psychiatriques d'Angelo, et les représentations scéniques, sont en couleur. La vie, nous dit Coppola parfois d'une manière théâtrale, est une illusion. Comme le cinéma. Chez lui, les deux se rejoignent intimement pour former une oeuvre incomparable.

Tetro", Francis Ford Coppola l'a écrit à ses heures perdues pendant le montage de "L'homme sans âge", son film précédent. Il ne s'est jamais senti autant auteur que pendant cette écriture-là, sans doute parce que "l'essentiel du travail est dans l'écriture", déclarait-il à Cannes où "Tetro" avait fait l'ouverture de la Quinzaine des réalisateurs, après avoir été boudé par la sélection officielle. Il y a mis beaucoup, sinon de lui-même, d'éléments qui concernent sa propre famille italienne, comme le fait que son père Carmine et son oncle étaient tous deux des musiciens. "Aucun des faits relatés dans le film n'est réel, mais ils sont tous vrais", soulignait, sibyllin, le père de Sofia. Car contrairement au personnage du chef d'orchestre interprété par l'acteur allemand Klaus Maria Brandauer, Roman et Sofia ont été assez tôt associés au travail de leur père, prouvant ainsi que plusieurs génies pouvaient cohabiter sous un même nom, aussi dur fut-il à porter.

 

Richard Pevny

 

 

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