21/03/2010

Ensemble c'est trop

ensemble.jpgC'est l'anniversaire d'Henriette, sa belle-mère. Tout le monde est là : sa femme Marie-France (Nathalie Baye), Sébastien son fils (Jocelyn Quivrin) et son épouse, une beauté noire prénommée Clémentine, (Aïssa Maïga), leurs fillettes, deux pétillantes fausses jumelles, Roger (Jacques Weber) le cousin de Marie-France, un sexagénaire bon vivant qui ne crache pas sur un joint à l'occasion, et son compagnon Hervé (Laurent Lafitte), un homo Prince-de-Galles, chic mais sans ostentation.

Henriette souffle les bougies de son gâteau, déballe ses cadeaux, essuie une larme, quand Henri cherche dans la poche de son imper un mouchoir, en sort une petite culotte devant toute la famille effarée. Pitoyable, il tente de faire croire à "Mariechou", qu'il a ramassé la petite pièce de lingerie sur le trottoir. C'est un bobard de trop que Marie-France ne peut laisser passer. Le soir même, elle emménage chez sa belle-fille, malgré le peu d'atomes crochus entre les deux femmes. Parce qu'elle a tout sacrifié pour Henri, Marie-France ne peut se contenter de ce qui ne semble pas être juste une passade. Elle va tout faire pour récupérer son volage de mari, non sans s'accorder une pause dans les bras d'un plus jeune, quitte à scandaliser son propre fils. Car manque sur la photo d'anniversaire deux personnages importants : Charlène (Olivia Cote), la jeune femme à la culotte, la trentaine, superficielle et bouddhiste, qui donne à Henri l'illusion de retrouver une jeunesse perdue. Quant à Gérard, l'amant passager de Marie-France, il est à l'image d'Eric Cantona, un colosse romantique, dur et doux. "Ensemble c'est trop" – non ce n'est pas du Gavalda – est un film choral tout ce qu'il y a de sympathique, que la réalisatrice Léa Fazer a écrit en pensant très fortement à Nathalie Baye et Pierre Arditi, " sans bien être sûre que l'une et l'autreNathalie Baye s'était dite " moyennement convaincue " par le scénario. Trop confus. Léa Fazer est revenue la voir un mois plus tard avec un texte plus travaillé, plus construit. " Une comédie pour moi, c'est une mécanique implacable, dit l'actrice. Cette femme qui veut tout gérer au final emmerde tout le monde. Elle est victime de sa propre éducation ". La comédie naît de cette constatation. " Vivre trente ans avec le même homme ou la même femme et garder un désir absolu, cela me paraît relever de la science fiction ", ajoute Nathalie Baye dont le personnage va aller se consoler dans les bras d'Eric Cantona. " J'ai été très étonné par son professionnalisme, ses qualités d'acteur, sa gentillesse. Il n'a aucune vanité. Il aborde le métier avec humilité. Et c'est un bosseur ". Elle lit le scénario une bonne trentaine de fois, " ensuite, je le relis non stop. Vous savez, jouer une comédie c'est assez jubilatoire et épuisant en même temps, car cela demande une très grande concentration ". Si Nathalie Baye a besoin de calme sur le plateau, Pierre Arditi trouve sa concentration dans le jeu, l'amusement, la vanne ("L'heure tourne, elle est bien la seule", lançait-il sur le plateau à la réalisatrice). accepteraient ".

Sur le personnage, il a sa propre théorie : " Les hommes, sans doute parce qu'ils sont plus fragiles, ont besoin de se rassurer auprès des femmes. Ils en deviennent enfantins ou, pire, infantiles. Les hommes veulent le beurre et l'argent du beurre. J'ai une certaine tendresse pour ce personnage dans lequel je m'engouffre avec jubilation. C'est un vieux petit garçon. Ce qu'il lui arrive, quelque part il l'a voulu ".

"Ensemble c'est trop", se donne des airs de comédie à l'italienne avec ses gags à répétition, ses enchaînements, sauf que passé celui de la petite culotte, on a l'impression de se retrouver, fourchette en main, devant un soufflé qui n'aurait pas tenu toutes ses promesses.

Il y reste le souvenir d'un acteur, Jocelyn Quivrin, disparu en novembre dernier dans un tragique accident de voiture. " Jocelyn, j'avais déjà écrit pour lui "Notre univers impitoyable", dit la réalisatrice qui est la marraine de son fils. " Jocelyn était un acteur d'une finesse sans aucun a priori. Avec ce film, on peut encore parler de lui au présent, cela fait partie de cette mystérieuse chose qu'est le cinéma ".

 

 Richard Pevny

 

 

18:32 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.