21/03/2010

L'autre Dumas

dumas.jpgC'est l'histoire d'une attraction mutuelle. L'histoire édifiante d'Alexandre Dumas et d'Auguste Maquet. Un portrait de Dumas vu par le prisme de son nègre. Dumas, c'est d'abord une entreprise. Peintre dans la Florence du XVe siècle, il aurait eu à sa disposition un atelier, tel un Raphaël ou un Léonard de Vinci, avec une pléthore d'aides et d'apprentis terminant pour lui telle vierge à l'enfant. C'est un génie à la production considérable qui crée avec une facilité déconcertante, dans le plaisir plutôt que dans la sueur. Une scène est à ce titre évocatrice : au bord de la Manche, Dumas sort pour Maquet un paquet de feuillets sur lesquels il a couché quelques chapitres du Vicomte de Bragelonne. Or, le vent capricieux emporte les précieux feuillets dans les dunes, que Dumas ne se précipite pas pour les ramasser. Auguste Maquet admire ce génie-là, au point de n'avoir aucun contrat le liant au grand écrivain et de se sentir in fine dépossédé de certains de ses personnages.

Seule sa tombe au Père Lachaise rend compte de ce travail souterrain, avec, gravé dans la pierre, Les trois mousquetaires, le Comte de Monte-Cristo, la reine Margot, des textes dont la justice elle-même lui a reconnu une forme de paternité, mais pas la signature, et qui rappellent ce que ces personnages lui doivent, quand Dumas dort du sommeil des grands hommes méritant de la patrie au Panthéon. Ainsi, que Maquet quitte Dumas et voilà ce dernier désemparé comme privé d'un bras droit indispensable au cheminement de sa pensée. Tout commence dans une auberge de Trouville où se retrouvent les deux hommes. L'un pour écrire, l'autre pour trousser quelque fille d'aubergiste. La chambre de Dumas ne lui plaît guère, il en change avec Maquet qui reçoit ainsi la visite de la fille d'un révolutionnaire emprisonné, venue solliciter l'aide du républicain Dumas. Elle croit être devant le légendaire écrivain, et Maquet que la beauté de Charlotte (Mélanie Thierry) trouble au plus haut point, ne dément pas, laisse faire, allant jusqu'à signer "Alexandre Dumas" sur la page de garde d'un roman qu'elle lui présente, entre masqué dans un jeu de faux semblant, avec la complicité de Céleste (Dominique Blanc), la fidèle à tout faire de Dumas. Pour un temps, le nègre devient aux yeux de cette admiratrice celui pour lequel il s'escrime dans l'ombre. Il n'est pas seulement Dumas, c'est un homme amoureux de Charlotte et de la révolution qui s'annonce, celle de 1848. Jusqu'à ce que le masque tombe un soir de bal masqué, Maquet allant jusqu'à se vêtir de la pourpre cardinalice de Mazarin. Par la suite, libéré de l'emprise de Dumas, Auguste Maquet découvre ses limites dans un roman qu'il écrit sous son propre nom.

Quand Gérard Depardieu ne fait pas du Depardieu, au point ailleurs d'en devenir insupportable – même à ses propres yeux -, on retrouve le grand acteur qu'il a été, qu'il sait être, simplement dans le plaisir du jeu, avec cette manière intuitive, instinctive, animale qu'il a de s'accaparer d'un texte et d'en faire quelque chose de sublime, forcément. Il apporte à Alexandre Dumas ce physique de jouisseur, truculent, quasi dumasien, jusque dans l'excès. Face à lui, Benoit Poelvoorde, est tenu par le texte, par le jeu, à l'austérité, au minimalisme. Cela rend encore plus tragique ses rapports d'amour et de haine qu'il entretient de l'intérieur avec Dumas.

 

 

18:25 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.