21/03/2010

The ghost writer

1_low.jpgDans une vaste demeure à l'architecture épurée, battue par le vent et les vagues, posée sur une île désolée au large du Connecticut, un "nègre" littéraire (Ewan McGregor) finit de défaire ses bagages. Il a été engagé à prix d'or pour reprendre le volumineux manuscrit – enfermé dans un coffre-fort – des mémoires d'un ancien Premier ministre britannique, Adam Lang (Pierce Brosnan). Son prédécesseur à cette tâche est mort noyé en tombant malencontreusement (?) du ferry qui le ramenait un soir du continent. Notre homme s'en inquiète, enfourche un vélo un après-midi pluvieux, parcours la lande déserte, fait des rencontres inattendues, celle d'un éminent professeur d'université chez qui le GPS du 4x4 de son prédécesseur l'a conduit, ou l'apparition surprise d'un vieux "truand" leonien de 95 ans (Eli Wallach) au sourire inquiétant.

Or, voilà que cette retraite dorée est perturbée par un emballement médiatique, dû à une éventuelle inculpation pour crimes de guerre dudit Premier ministre, durant son engagement aux côtés des Etats-Unis dans la guerre contre l'Irak. Menacé d'arrestation, voire d'extradition, Adam Lang se retrouve quasiment prisonnier dans sa propre villa. Le bruit sourd de l'océan est désormais rompu par le ballet des pâles des hélicoptères des networks américains au-dessus d'eux. On ne peut pas ne pas penser à la situation personnelle de Roman Polanski assigné à résidence dans son chalet suisse de Gstaad cerné par les paparazzi et les policiers qui entendent s'assurer de sa personne. Or, c'est dans ce chalet que le cinéaste a finalisé le montage de ce dernier film. Avec "The ghost-writer", jamais une oeuvre de fiction n'aura à ce point imité la vie. Mais ce n'est pas tant que le personnage du politicien, interprété par Pierce Brosnan, rejoint quelque part, d'une manière inattendue, la situation personnelle du réalisateur du "Pianiste" dans son enfermement, qui est intéressant, que la construction elle-même de ce thriller qui renvoie au meilleur du cinéma hitchcockien et à certains de ses propres films ("Répulsion", "Frantic", "La jeune fille et la mort"...). Roman Polanski se plaît à tirer les fils de ce théâtre de l'absurde, donc quelque part kafkaïen, dans un film sur la manipulation, la paranoïa et le mensonge. Le film de tous les autres films, comme une référence désormais. Et son chef-d'oeuvre.

 

Richard Pevny

 

 

18:34 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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