08/08/2010

Deux road movies pour démarrer la compet'

La compétition a débuté hier avec deux road movies : "En tournée" du Français Mathieu Amalric, errance d'un producteur déchu à la tête d'une troupe de showgirls, et "Chongqing blues", le retour d'un marin sur les décombres de son ancienne vie.
Côté scène, la vie est une éternelle fantaisie. Strass, paillettes, plumes d'autruches roses, faux cils, mascara et rouge à lèvre à outrance, les shows des strip-teaseuses "New Burlesque" se suivent de villes en villes devant des salles conquises par leur talent, leur humour, leur nudité, leur sensualité, leurs appétissantes rondeurs, leurs bras tatoués et leur sourire qui convie à la jubilation. Côté coulisses, la vie n'est pas toujours aussi rose, idyllique ou juste idéale. Joachim en sait quelque chose. Il y a longtemps, il a été un roi du spectacle et de la télévision, a compté dans le milieu du show-biz parisien. Il a fait et défait des carrières, en a beaucoup joui, a surtout laissé derrière lui quelques inimitiés, une ex-épouse et deux garçons dont il a oublié jusqu'aux dates de naissance. Joachim entrepreneur des "New Burlesque" qu'il est allé dénicher aux States, est en quête de rédemption. Mais celle-ci ne viendra pas comme il avait prévu, par son retour dans la capitale en prince. Aussi, sa troupe entreprend-elle la conquête de la France par le littoral : Le Havre, Nantes, La Rochelle, Toulon... et l'île d'Aix où il trouvera dans un hôtel quasi abandonné une forme de paix, de sérénité, presque d'aboutissement. Celui qui se veut un grand seigneur, n'est en fait qu'un ringard qui d'hôtel en hôtel remplit ses poches de bonbons, stylos et pochettes d'allumettes mis à la disposition des clients. Ses show girls voulaient voir la France profonde, elles en auront un condensé qui ne manque pas de sel. On ne citera que cette caissière de supermarché qui entend faire la démonstration sur le champ, à un Joachim embarrassé, de ses talents de strip-teaseuse en même temps que montrer ses atouts cachés.
Mathieu Amalric, dont c'est la quatrième réalisation, lauréat de trois César en tant que comédien, joue à merveille ce personnage désenchanté, mélancolique, disloqué, fragile et ô combien attachant. Les girls du "New Burlesque" existent ailleurs que dans le film "En tournée". Elles reprennent une tradition du music-hall américain des années 20 et 30. Mimi Le Meaux, Dirty Martini, Kitten on the Keys, Julie Atlas Muz, Evie Lovelle et Roky Roulette – l'homme de la bande – ont monté hier soir les marches du Palais des Festivals dans des tenues de soirées... coquines. On n'ose formuler au jury l'idée d'un prix collectif d'interprétation. Au pire, il sera celui du public.
A l'autre bout du globe, dans la chinoise Chongqing, Lin un capitaine de bateau au long cours, revient sur les lieux de son ancienne vie où, pendant qu'il était en mer, son fils de 25 ans a été tué par un policier lors d'une dérisoire prise d'otage. Il culpabilise de ne pas avoir assez connu ce garçon qui méprisait un père qui l'avait abandonné et en même temps l'idolâtrait pour ce qu'il était, un coureur des mers. Réalisateur du remarqué "Beijin bicycle", Ours d'argent au Festival de Berlin en 2001, Wang Xiaqshuai n'est pas un étranger à Cannes où trois de ses neufs précédents longs métrages ont été présentés en sélection, dont "Shanghai dreams", en compétition en 2005, a obtenu le Prix du jury.
"Chongqing blues" est une ballade nostalgique dans une Chine qui se transforme à grande vitesse, une Chine de verre et de béton s'élevant vertigineusement sur les décombres de la Chine de Mao. Chongqing, cette ville dans la brume, fait pour peu de temps encore partie de ce monde ancien, comme Lin et son ami l'horloger, alors que leurs enfants sont d'un monde nouveau, le même qu'à Hong Kong, Taïwan, Séoul ou Tokyo.
Richard Pevny



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