08/08/2010

En Toscane, Abbas Kiarostami filme la radieuse Juliette Binoche

205_low.jpgDans une campagne toscane qui n'aurait guère bougé depuis le "Quattrocento", le cinéaste iranien orchestre la rencontre entre un écrivain anglais (première expérience d'acteur du baryton d'opéra William Shimell rencontré par Abbas Kiarostami au festival d'Aix-en-Provence où ce dernier assurait la mise en scène de Cosi fan tutte), érudit et raffiné, auteur d'un livre sur les relations entre une oeuvre originale et sa copie, et une galeriste française, l'irradiante Juliette Binoche, qui élève seule un jeune fils dissipé.
Elle se propose de lui faire découvrir le temps d'un dimanche ensoleillé, quelques endroits cachés qui pourront nourrir sa propre réflexion sur l'art et ses copies, dans une région où derrière chaque copie s'affiche un chef-d'oeuvre.
Une patronne de café les ayant pris pour mari et femme, peu à peu leur conversation glisse du vous au tu, comme si ces deux-là se connaissaient depuis toujours, et ce qui n'était semble-t-il qu'un jeu, vire au règlement de comptes du vieux couple fatigué, elle lui reprochant ses longues absences, même quand il est là, l'oubli de leur quinzième anniversaire de mariage, le fait qu'il ne la regarde plus avec ses yeux d'autrefois, qu'il la néglige. James Miller s'emporte, la trouve injuste, dit encore l'aimer. Se connaissent-ils vraiment et sont-ils déjà venus dans ce village où des couples tout fraîchement mariés font la queue pour se faire photographier près d'un arbre symbole de bonheur ? Ont-ils pris une chambre le soir de leurs noces sous les toits d'une pension, dont les oreillers de la chambre 9 ont gardé jusqu'à leur odeur ? En longs plans séquences, Abbas Kiarostami filme le dimanche des illusions perdues. Le cinéaste du "Goût de la cerise", Palme d'or en 1997, nous dit au passage que la valeur, pas seulement d'un objet d'art, mais aussi d'une personne, dépend du regard qu'on lui porte. Le regard qu'il porte sur le couple, sur Juliette Binoche femme et actrice, sur l'amour, ne plaira pas aux mollahs iraniens, c'est sûr. Et c'est presque tant mieux pour nous.
Richard Pevny


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