08/08/2010

Kitano yakuza

Voilà un cinéaste qui ne déçoit pas.
Tous les dix ans ou à peu près, il nous réalise un bon, voire un excellent film de yakuzas. "Outrage", présenté en compétition, ne déroge pas à cette règle du film de genre.
Et de plus, on sent que Takeshi Kitano s'est beaucoup amusé à en interpréter l'un des dix yakuzas et pas des moindres, puisqu'il s'agit du préposé aux basses besognes.
Pactes, trahisons, excuses, vengeances, complots, sous la houlette du big boss qui monte ses hommes les uns contre les autres afin de s'emparer de leurs territoires, les clans s'affrontent avec une rare violence pour s'attirer les faveurs de "Monsieur le Président" et gravir plus vite les échelons de l'organisation criminelle. Une guerre impitoyable que le cinéaste, alias Otomo, un yakuza à l'ancienne, dont le raffinement en matière de violence est sans limite, orchestre entre douceur et fermeté. "J'ai travaillé dans les limites du genre, mais j'ai ajouté des ingrédients inattendus dans le scénario", dit Takeshi.
Les mafieux italo-américains utilisent la batte de base-ball pour éclater les crânes de leurs ennemis (De Niro dans "Les incorruptibles" de Palma, Joe Pesci dans "Les affranchis" de Scorsese), c'est dans l'hémoglobine que l'on reconnaît Kitano et son utilisation pour le moins originale (si l'on veut) de la roulette de dentiste.
Il n'est pas sûr que cette mise en scène de la violence séduise le jury, n'empêche, on salue le retour en compétition, sept ans après "ZaItoichi", d'un des maîtres contemporains du cinéma japonais. Au soir du palmarès, Beat Takeshi restera comme toujours impassible, le visage fermé, marqué par quelques blessures de la vie. Comme dans ce premier travelling de "Outrage" où la caméra le surprend au côté d'autres yakuzas dans un impressionnant alignement de limousines noires.
R. P.

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