08/08/2010

Meurtres au monastère cistercien

Une petite communauté monastique chrétienne au coeur de l'Algérie musulmane. Un îlot de paix alors que les combattants du GIA font régner la terreur, égorgent des adolescentes "impudiques" ou mènent des opérations de guérilla contre les militaires. C'est le lieu et l'époque racontés dans "Des hommes et des dieux" du réalisateur français Xavier Beauvois, qui avait remporté le Prix du Jury à Cannes en 1995 pour "N'oublie pas que tu vas mourir".
Le cinéaste est passé d'un univers urbain, celui du "Petit lieutenant" son précédent long métrage, à ce film totalement dépouillé où entre les sept offices religieux de la journée, ces trappistes mènent une existence simple faite de travail et de prière. Tourné dans de fabuleux paysages montagneux du Maroc, "Des hommes et des dieux" nous fait partager un moment d'oecuménisme entre huit Cisterciens français et une communauté villageoise algérienne, dans une totale harmonie. Le monastère est aussi un dispensaire où officie le frère Luc (Michael Lonsdale), un ancien médecin, sept jours sur sept pour les gens qui accourent de toute la région. Quand les rebelles s'approchent du monastère, les militaires deviennent nerveux, incitent les moines à partir, ne comprennent pas pourquoi frère Christian (Lambert Wilson), prieur du petit monastère, ne partage pas leur haine des combattants islamistes. Qui a tué les huit moines de Tibhirine ? Si Xavier Beauvois évite toute polémique sur la responsabilité réelle de l'enlèvement et du massacre des moines en 1996, l'on sent qu'en adoptant le point de vue de la communauté monastique, il ne va pas manquer d'irriter le gouvernement algérien. Surtout après les révélations, l'an dernier, d'un officier français à Alger pointant une bavure des militaires algériens. Les corps auraient été décapités, histoire ensuite de mouiller le GIA. "Les moines appelaient frères de la montagne les terroristes et frères de la plaine les militaires", rappelle le scénariste Etienne Comar qui a pu bénéficier l'été dernier de documents français déclassifiés, alors qu'une action judiciaire est ouverte depuis 2003.
R. P.




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