08/08/2010

Michael Douglas : "Wall Street n'est pas une condamnation du capitalisme, il en explore les excès"

Tous trois – le réalisateur Oliver Stone et les acteurs Michael Douglas et Shia LaBeouf – résident au prestigieux Carlton, mais c'est presque en voisins qu'au Palais Stéphanie, hôtel de luxe né sur les décombres de l'ancien Palais des Festivals, ils ont leurs quartiers pour rencontrer la presse. Il y a du retard dans le planning de l'attachée de la presse de la Twentieth Century Fox, le studio hollywoodien qui a coproduit "Wall Street : l'argent ne dort jamais" et en distribuera la version française le 29 septembre prochain. Dans une suite au premier étage, les journalistes, en individuels ou par petits groupes, se succèdent par tranches de quinze à vingt minutes. Par les baies vitrées, un vent d'est agite les palmiers de la Croisette. Le drapeau rouge flotte sur la plage dont on a réduit dans la nuit l'accès à cause d'un petit coup de mer. Les premières fêtes nocturnes s'en sont trouvées amputées d'un grand nombre d'invités. Au loin, une flottille de bateaux de luxe, dont un trois-mâts, se balancent en cadence sur les flots bleus, près d'un paquebot de croisière qui les domine de ses quatre ou cinq étages de cabines.
Nos hôtes n'ont guère le temps de s'abîmer dans le paysage de la French Riviera. Il leur reste moins de trois heures avant la montée des marches, pour dire une fois de plus tout le bien qu'ils pensent de la crise financière.
Oliver Stone, qui peut à l'occasion s'exprimer dans un français impeccable – sa mère, une Française rencontra son père sur les Champs-Elysées – ne mâche pas ses mots. "Nous sommes dans un désordre systémique, les banques contrôlent tout, l'énergie dont le pétrole, les assurances donc la santé. Ces gens-là pillent l'économie, prennent l'argent et nous payons. Nous socialisons les pertes et capitalisons les gains. Les banques nous ont baisés." Michael Douglas tempère ses propos : "Le film n'est pas une condamnation totale du capitalisme, il en explore les excès. Oliver Stone montre les failles de ce système"."Le festival de Cannes a ouvert avec "Robin Hood" qui volait aux riches pour donner aux pauvres et se poursuit avec "Wall Street" dont le sujet est quasiment l'inverse ", s'amuse Oliver Stone.
Nous lui demandons ce qu'il pense du personnage de Gordon Gekko, interprété par Michael Douglas, qui est quasiment devenu une icône à Wall Street. "Cela montre bien ce que sont devenues les valeurs de l'Amérique..." dit le cinéaste. "En 1987, le héros du film c'était Charlie Sheen. Michael n'apparaissait que pendant vingt-six minutes dans le rôle de Gordon Gekko. Et c'est ce charmant voyou qui a conquis le coeur du public ! Que l'Amérique en ait fait un héros, c'est presque une honte ".R. P.

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