08/08/2010

Mick rock et Jagger roll en direct live

Mick Jagger à Cannes c'eut été une montée des marches un peu inhabituelle, mais le documentaire dont les Stones sont l'objet, c'est à la Quinzaine des réalisateurs au Palais Stéphanie qu'il fallait le voir. Sur l'écran, la nostalgie avec les "Stones in exile", sur scène, la légende avec Mick Jagger.
L'année de la mort des Beatles. "Nous étions jeunes, beaux et stupides. Maintenant nous ne sommes que stupides", a déclaré, hier Mick Jagger en préambule de la présentation cannoise du documentaire "Stones in exile" (1). En 1971, les Beatles étaient riches et célèbres, les Stones étaient célèbres et presque fauchés, au bord de la faillite. Au point de ne pouvoir payer au fisc de coûteux arriérés d'impôts. Le "phénomène socio-sexuel" de l'Angleterre quitta donc la Grande-Bretagne pour le continent, au sud de la Loire dans une villa de Villefranche-sur-Mer qui avait appartenu à l'amiral Bird.
En 1971, Nixon était à la Maison Blanche, le Vietnam était en guerre, Eddy Merckx venait de gagner le Tour de France. En 1971, les Stones enregistraient dans le sous-sol de la Villa Nellcote leur disque "Exile on Main Street". Presque quarante ans après -Mick Jagger avait 28 ans -, il reste un son, comme si avec eux, le rock'n'roll était devenu un langage commun. Il était leur langage. "On croyait que la musique allait changer le monde", dit l'un des interviewés. Ils ne mettaient pas des morceaux en boîte selon un rythme métronomique, ils glissaient un peu de leur âme sur les cordes de leur Fender, le tempo de la batterie. Les nuits de cet été-là, on les entendait jusqu'au coeur de Villefranche.
Longtemps après, quelqu'un s'est demandé comment ils avaient pu arriver au bout de cet album, avec tout ce qu'ils s'envoyaient dans les narines et qui leur vaudra d'être plus ou moins priés de décamper. A l'arrivée, après un passage par Los Angeles où ils mixaient tous leurs albums, "Exile on Main Street" fut considéré comme "très brut, très dur". Très pur dans cette langue du rock'n'roll qu'ils ont continué à peaufiner encore quatre décennies.
On ne les reverra peut-être plus jamais sur scène, ensemble, il restera ces petits bijoux de leur vie commune, ces films, "One + One" de Jean-Luc Godard à la fin des années soixante, ou le récent "Shine a light" de Martin Scorsese, désormais ce "Stones in exile" monté par Stephen Kijak – il avait deux ans à l'époque -, un documentariste américain.
Hier à l'heure des deux projections de "Stones in exile", la rue perpendiculaire à la Croisette qui borde le Palais Stéphanie, était en effervescence. Il fallut s'armer de patience, jouer gentiment des coudes pour accéder aux premiers rangs, être à quatre mètres de la rock star lors de l'échange avec le public. Mick Jagger, en producteur exécutif avisé, s'est prêté de bonne grâce aux questions. Sur cette musique-là, sur cette époque-là, il fit la réponse que nous voulions tous entendre : "great time". Ils étaient jeunes, beaux et prirent du bon temps, donnèrent leur meilleur feeling. Quel que soit l'endroit où nous étions cet été 71, nous récoltons aujourd'hui, les images, les sons de cet exil fiscal.
Finalement, ce n'était pas un exil si terrible que ça !
Richard Pevny

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