08/08/2010

Oliver Stone met en scène les "dents de la mer" à Wall Street

Oliver Stone connaît bien le monde de Wall Street. En 1987, il y a tourné son film éponyme, l'histoire d'un golden boy, interprété par Charlie Sheen, à qui un investisseur, Gordon Gekko (Michael Douglas), faisait franchir la ligne rouge. Stone, fils d'un agent de change new-yorkais à qui il dédicaça "Wall Street", voulait que ce film-là soit perçu comme un conte moral. Or, "Wall Street" a plus fait pour Wall Street qu'aucun autre film, au point que, raconte Oliver Stone, beaucoup de jeunes goldens boys ont fait carrière dans la finance après avoir vu son film. Un film qui a fait aimer l'argent, alors qu'il était censé dénoncer les années fric, les années Reagan. Les jeunes traders ont même adopté le look Gordon Gekko, ses cheveux « lissés en arrière », ses bretelles sur des chemises rayées bleu à col blanc, ses cigares, son credo : " L'avidité, c'est bien'. On pourrait y ajouter, son cynisme, son ego " de la taille de l'Antarctique ", son amour de l'argent "cette garce qui ne dort jamais ", avant même l'amour de ses proches.
En 1987, Wall Street n'était pas seulement une bulle, mais un autre monde quasi interdit au commun des mortels. Aussi pour le tournage de "Wall Street", il avait fallu reconstituer en studio une salle des marchés, car il était impensable de tourner en décors naturels. Or, vingt-deux ans après, Oliver Stone a reçu un accueil de star dans ses repérages. Le tournage de "Wall Street 2" s'est donc fait dans de vraies salles des marchés, le week-end, avec la collaboration de vrais traders, tous fans de "Wall Street".
Au début de "Wall Street : l'argent ne dort jamais", Gordon Gekko est libéré après huit ans de prison pour délit d'initié, fraude fiscale, blanchiment d'argent, racket. Sa femme l'a quitté, son fils est mort gangrené par la drogue, sa fille, Winnie, lui a tourné le dos. Il est mal rasé, ses cheveux ont blanchi, il n'a plus un sou, pourtant il va rebondir en publiant un best-seller dans lequel il annonce une catastrophe à venir. Car avec ou sans Gordon Gekko, le monde de la finance ne s'est pas arrêté. On pourrait dire qu'il est même de plus en plus fou, les chiffres de plus en plus astronomiques, les faillites et les suicides de plus en plus nombreux. Le credo de Gordon Gekko, "l'avidité c'est bien" est devenu celui de tous. En 2008, les ordinateurs sont devenus fous, on a appelé cela la crise des subprimes, une arnaque qui paraissait bien ficelée, trop même, qui a conduit un certain Bernard Madoff derrière les barreaux. Il n'est pas dit que la justice lui donne l'occasion d'un come-back à la Gordon Gekko. Et Wall Street a entendu siffler à ses oreilles le boulet du big krach, comme en 1929. Fort heureusement, le Congrès toutes tendances confondues, ce qui aurait été impensable il y a quelques années, est venu au secours des banques, socialisme ou pas. En Europe, même, les Etats se sont crus obligés de puiser dans la caisse pour permettre aux banques de se refaire et continuer à verser des primes à leurs traders. Car l'argent ne dort jamais. C'est même le sujet principal du film d'Oliver Stone. Terrible et tout aussi fascinant, c'est tout le paradoxe.
Richard Pevny




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